Communément appelés les Malécites par les Européens, les Wolastoqiyik — qui signifie « peuple de la belle rivière » — vivent depuis longtemps le long de la rivière Saint‑Jean au Nouveau‑Brunswick et au Maine, et du fleuve Saint‑Laurent au Québec.

Territoire ancestral

Les Wolastoqiyik habitent depuis toujours la vallée de la rivière Saint‑Jean au Nouveau‑Brunswick et au Maine, ainsi que la région au nord de celle‑ci jusqu’au fleuve Saint‑Laurent au Québec et la région à l’ouest jusqu’à l’actuel comté d’Aroostook, au Maine. Les terres et les ressources ancestrales des Wolastoqiyik sont délimitées par le territoire de leurs alliés : les Mi’kmaq à l’est, et les Passamaquoddy et les Penobscots à l’ouest.

L’arrivée des colons européens dans les années 1700 et 1800 réduit le territoire agricole des Wolastoqiyik en bordure de la rivière. Au XIXe siècle, le gouvernement colonial crée des réserves pour les Wolastoqiyik à Oromocto, à Fredericton, à Kingsclear, à Woodstock et à Tobique. Depuis, les bandes de Wolastoqiyik déposent de nombreuses revendications territoriales, dont certaines sont approuvées par les gouvernements fédéral et provinciaux, comme celle relative à la cession de 1892 présentée par la Première Nation de Tobique (réglée en septembre 2016) et celle relative à l’emprise du Canadien Pacifique présentée par les Malécites du Madawaska (réglée en 2008). (Voir Revendications territoriales des Autochtones.)

Vie ancestrale

Traditionnellement, les Wolastoqiyik sont des chasseurs et des pêcheurs, puis ils se mettent à cultiver le maïs, les haricots, la courge et le tabac. Les femmes complètent le régime alimentaire par la cueillette de noix, de baies et de fruits.

Avant la venue des Européens, les Wolastoqiyik vivent sous des wigwams situés dans des villages fortifiés et utilisent des produits naturels, comme le bois, la pierre et la céramique pour fabriquer leurs outils, canots, armes et ustensiles quotidiens.

Organisation sociopolitique

Toute bande wolastoqiyik est sous la gouverne d’au moins un chef qui siège au conseil tribal avec des représentants de chaque famille. À titre de communauté, les Wolastoqiyik sont aussi membres de la confédération de Wabanaki, qui regroupe les nations parlant algonquin. Ces dernières font front uni face à la confédération des Cinq‑Nations (puis Six‑Nations) (voir Haudenosaunee) qui menacent leur territoire et leur mode de vie. La confédération de Wabanaki est toujours active à ce jour (voir Abénaquis).

Langue

Le wolastoq (communément appelé le malécite) est une langue algonquienne de l’Est, comme celle des Mi’kmaq, des Abénaquis (au Québec), et celle des Passamaquoddy et des Penobscots (au Maine). Le wolastoq et le passamaquoddy sont très similaires, mis à part des différences mineures dans le vocabulaire, la prononciation et l’accentuation; conséquemment, ces langues sont souvent regroupées et appelées le malécite‑passamaquoddy. Selon Statistique Canada (2001), 825 Canadiens déclarent le wolastoq comme langue maternelle. Un programme actif de bourses d’études sur le malécite‑passamaquoddy est offert aux étudiants du Mi’kmaq-Wolastoqey Centre à l’Université du Nouveau‑Brunswick, études possibles grâce à la collaboration de locuteurs natifs.

Société et culture

Les Wolastoqiyik jouissent d’un riche patrimoine culturel, qui s’apparente à celui des Passamaquoddy, des Mi’kmaq et des Penobscots. Reconnus pour leur artisanat – notamment la sculpture, la décoration en piquants de porc‑épic, le perlage et la vannerie ­, les Wolastoqiyik ont conçu des objets inestimables qui expriment leur histoire, leur spiritualité et leur culture. Jouer du tambour est aussi très important dans leur culture : le rythme des tambours rallie la communauté lors d’une variété de cérémonies et de célébrations.

Kwa'nu'te'artistes micmacs et malécites, Catherine Anne Martin et Kimberlee McTaggart, Office national du film du Canada

Religion et spiritualité

Quoique des missionnaires chrétiens aient converti bon nombre de Wolastoqiyik aux XVIIe et XVIIIe siècles, le peuple conserve sa spiritualité autochtone. Parmi les coutumes religieuses et spirituelles traditionnelles, on compte la purification (action de brûler du foin d’odeur pour purger l’esprit), les rituels de guérison, les rites de passage, les cérémonies, entre autres.

L’histoire originelle des Wolastoqiyik raconte le récit de Gici Niwaskw, le « Grand Esprit » ou Créateur. Parfois appelé Weli-Niwesqit ou Woli-Niwesqit – ce qui signifie « Bon Esprit » en malécite‑passamaquoddy –, le Créateur est un être bienveillant et abstrait qui n’interagit pas directement avec les humains. Comme d’autres bandes algonquiennes, le Grand Esprit est rarement personnifié dans les contes wolastoqiyik, et les légendes orales n’attribuent pas de sexe au Créateur. Bien qu’on raconte que Gici Niwaskw ait créé le monde entier, la tâche de préserver et de transformer, ou d’adoucir, le paysage revient au héros Glooscap.

Glooscap est le protagoniste de nombreux contes wabanaki et wolastoqiyik. L’histoire varie selon la nation. D’après la plupart des récits wolastoqiyik, Glooscap n’est pas un dieu, mais un héros et un filou aux pouvoirs surnaturels lui servant à manipuler le monde pour améliorer son habitabilité pour les humains. Par exemple, il tamise les vents, apprivoise les animaux sauvages et contrôle les eaux. Dans les légendes wolastoqivik, il est parfois accompagné de son petit frère aîné, Mikumwesu dans ses aventures. Les légendes de Glooscap et d’autres personnages culturels, comme la grand‑mère et le jumeau maléfique du héros, sont transmises de génération en génération, et ce, souvent par tradition orale.

Histoire coloniale

Les premiers contacts des Wolastoqiyik avec les colons pêcheurs et commerçants de fourrures au début du XVIIe siècle se transforment en une relation stable qui dure près de 100 ans (voir Traite des fourrures). Le fort La Tour, construit sur la rivière Saint‑Jean au début des années 1600, est converti en un centre de commerce et d’échanges culturels. Malgré que les maladies européennes déciment leur population, les Wolastoqiyik conservent des sites côtiers et riverains pour la chasse, la pêche et la cueillette, et se concentrent dans les vallées de rivière pour le trappage.

Comme les hostilités entre les Français et les Anglais au Québec et à Port-Royal s’intensifient durant la deuxième moitié du XVIIe siècle, les combats et les raids sporadiques se multiplient dans la région de la vallée du Bas-Saint-Jean. Les conflits mettent fin au florissant commerce de la fourrure dans l’Est. Afin d’alléger le fardeau économique accru, les femmes wolastoqiyik s’adonnent à l’agriculture, qui n’est pratiquée jusqu’alors que dans le sud du territoire wolastoqiyik. Les hommes, quant à eux, chassent sans grand succès, mais ils s’avèrent des alliés utiles aux forces militaires des Français, qui s’opposent aux Anglais de la fin du XVIIe siècle au début du XVIIIe siècle (voir Guerres iroquoises). Les mariages mixtes entre Français et Wolastoqiyik renforcent cette alliance.

Pour améliorer sa relation avec les Wolastoqiyik, la Couronne britannique signe des traités de paix et d’amitié avec le peuple, de même qu’avec les Mi’kmaq et les Passamaquoddy, entre 1725 et 1779. Les accords garantissent aussi aux Autochtones leurs droits de faire du commerce sans entrave, de pêcher et de chasser selon leurs us et coutumes, et de recevoir un approvisionnement annuel de nourriture, de provisions et de munitions de la Couronne (voir Traités autochtones).

Lorsque les hostilités s’atténuent au premier quart du XVIIIe siècle et que les castors se font rares, un retour à la vie ancestrale est peu possible. L’agriculture autochtone traditionnelle sur les rives est resserrée par l’arrivée des colons européens : toutes les terres agricoles le long de la rivière Saint‑Jean, autrefois occupées par les Wolastoqiyik, sont saisies, ce qui force la relocalisation des Wolastoqiyik. Chassés de leur territoire ancestral pendant des années, les Wolastoqiyik sont rabattus, au XIXe siècle, dans des réserves à Oromocto, à Fredericton (Première Nation de St. Mary’s), à Kingsclear, à Woodstock et à Tobique.

Vie contemporaine

La Première Nation des Wolastoqiyik est composée de six collectivités maritimes au Canada : Madawaska, Kingsclear, Oromocto, St. Mary’s, Tobique et Woodstock. Elle en a aussi une au Maine : la bande de Houlton. Toutefois, aucune organisation unique ne représente les Wolastoqiyik sur le plan politique.

La Première Nation des Wolastoqiyik revendique activement des terres, gère l’affectation des ressources (en carburant, forestières, halieutiques et autres), participe aux activités d’organismes qui défendent des causes panautochtones et soutient les entreprises des réserves, comme les magasins de vente au détail, les centres de jeux, les stations d’essence et bien plus encore.