Enfance

Fille de Nicole et Pierre Rhéaume, les propriétaires d’une entreprise de construction près de la ville de Québec, Manon Rhéaume naît et grandit à Lac-Beauport, au Québec. Ses parents sont sportifs tous les deux; Pierre – amateur de hockey et cavalier, Nicole – nageuse et skieuse de descente. Manon Rhéaume est la deuxième de trois enfants avec son frère aîné Martin Rhéaume (né en 1970) et son petit frère Pascal Rhéaume (né en 1973). Pascal, lui aussi, devient un hockeyeur important qui participe à 318 matchs de la LNH.

Pendant cette période-là, Lac-Beauport est une communauté de glisse très fière, mais ne possède pas sa propre patinoire. Tout change quand Pierre Rhéaume en construit une extérieure de ses propres mains, avant même que son fils aîné – Martin – soit assez âgé pour y jouer. Il enseigne le patin à ses enfants avec un grand plaisir et plus tard devient l’entraîneur de hockey de la ville et l’organisateur de la ligue.

Martin commence à jouer au hockey à l’âge de sept ans. En tant qu’entraîneur, Pierre autorise aussi Pascal à rejoindre l’équipe, même s’il n’a que quatre ans à l’époque. Au début, puisqu’elle est une femme, Manon Rhéaume n’est pas autorisée à jouer, même si elle sait patiner depuis l’âge de trois ans et joue avec ses frères depuis deux ans. Pendant l’entraînement et les matchs de hockey de rue et dans la cave, les garçons la mettent au poste de gardienne de but. Elle avait déjà passé de longues heures à essayer d’arrêter les rondelles qu’ils lui lançaient.

Jouer avec des garçons

En tant qu’entraîneur, Pierre Rhéaume se concentre d’abord à enseigner aux joueurs l’art de patiner avant qu’ils maîtrisent la technique de maniement de la rondelle. Son appui principal porte sur la formation des habiletés au lieu des techniques de mêlée et par conséquent personne n’est formé pour être gardien de but. C’est pourquoi il manqué un gardien de but à l’équipe de Lac-Beauport au moment où elle commence à participer à des tournois. Manon Rhéaume, âgée de 5 ans, persuade son père de lui permettre de jouer. Seuls ses patins de patinage artistique blancs indiquent qu’il s’agit d’une gardienne de but et non pas d’un gardien.

À la fois talentueuse et rigoureuse, malgré l’opposition des autorités et de ses parents, Manon Rhéaume continue à jouer au hockey avec des garçons. Après avoir atteint le niveau atome, elle s’inscrit pour le camp d’été de hockey. Bien que le personnel du camp présume qu’elle veut s’inscrire à la ringuette, elle se tient debout, s’entraîne avec les garçons et finit par beaucoup améliorer ses habiletés. Au mépris de certains sceptiques (qui remettent en cause le caractère approprié de laisser une jeune fille jouer au hockey avec des garçons) elle est en général soutenue par son équipe. Grâce à ce soutien, Manon Rhéaume aide son équipe à remporter la victoire au championnat en 1983.

Après avoir fini le niveau atome, elle tente sa chance pour le niveau peewee AA, mais n’est pas admise. Manon Rhéaume et son père sont convaincus tous les deux que son sexe est la seule raison pour laquelle elle est refusée. Déterminée, elle joue alors à un niveau inférieur du hockey peewee, soit le CC, faisant preuve d’habiletés extraordinaires. Son équipe se classe première dans la région et conséquemment, Manon Rhéaume prend part à un événement de renommée mondiale, soit le Tournoi international de hockey Pee-Wee de Québec. Pour elle, c’est un rêve qui se réalise. De plus, elle devient la première fille à participer au tournoi depuis sa fondation il y a 25 ans.

En 1986, Manon Rhéaume joue au niveau bantam AA sous la direction de Pierre Brind’Amour, un ancien joueur des Nordiques de Québec. Dans sa première année, elle joue régulièrement, mais à partir de la deuxième, elle est de moins en moins présente sur la patinoire. À cause de la pression énorme de la part des autres parents (y compris le directeur de la ligue), l’entraîneur doit désormais prendre les garçons pour jouer à sa place. Beaucoup croyaient, qu’en la laissant jouer, l’entraîneur empêchait les garçons d’avancer au midget, junior ou aux ligues professionnelles.

En 1988, Manon Rhéaume commence ainsi à jouer au niveau midget CC, mais se décourage rapidement, voyant ses coéquipiers montrer plus d’intérêt pour faire la fête que pour jouer au hockey. Ainsi, en février 1989, à l’âge de 17 ans, elle quitte le sport en disant « avoir perdu toute sa motivation ». Elle est convaincue de la fin définitive de sa carrière dans le hockey.

Jouer avec des femmes

Après avoir abandonné complètement le sport pendant une période d’un an, Manon Rhéaume est invitée à un camp de hockey pour femmes. Elle finit par joindre l’équipe de Sherbrooke, même si cela lui imposait un déplacement de deux heures et demie chaque jour pour l’entraînement et les matchs. À la fin de la saison 1990-1991, son équipe remporte le titre au championnat provincial et se classe deuxième au championnat national.

Cette même période est marquée par la discussion internationale portant sur la question du hockey féminin devenant une discipline officielle aux Jeux olympiques d’hiver. Manon Rhéaume retrouve sa motivation et a un nouvel objectif à poursuivre – représenter le Canada aux Jeux olympiques.

En 1992, l’équipe de Sherbrooke remporte encore une fois le championnat provincial et obtient une médaille de bronze au championnat national. Manon Rhéaume est aussi désignée pour jouer dans l’équipe nationale féminine canadienne en vue du Championnat du monde de 1992 en Finlande.

Championne mondiale de 1992

Ses débutsinternationaux sont marqués par sa participation auChampionnat du monde de hockey sur glace féminin organisé par l’IIHF (Fédération internationale de hockey sur glace), tenu en 1992à Tampere, en Finlande. Elle joue en alternance avec Marie-Claude Roy jusqu’aux demi-finales, où elle cesse de partager le filet avec sa coéquipière. Grâce à son jeu blanc, le Canada gagne 8 à 0 contre les États-Unis et décroche une médaille d’or. Nommée la meilleure gardienne de but du tournoi, en 1992 Manon Rhéaume est sélectionnée pour l’Équipe des étoiles de l’IIHF en compagnie des Canadiennes Angela James et Geraldine Heaney.

Première femme à jouer dans la LHJMQ

En 1991, Manon Rhéaume reprend l’entraînement et le jeu dans les ligues masculines et commence à jouer pour les Draveurs, une équipe de Trois-Rivières de la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ). Puisque son petit frère, Pascal, était également inscrit à Trois-Rivières cette année-là, l’entraîneur-chef, Gaston Drapeau, lui accorde également la possibilité de s’entraîner avec eux.

Avant le début de la saison 1991-1992, Manon Rhéaume est nommée gardienne de but à la fois pour les Jaguars de Louiseville dans la ligue Tier-2 (junior A) et aussi pour l’équipe de Trois-Rivières (sauf qu’ici elle ne sera qu’une troisième gardienne de but remplaçante). En novembre 1991, à cause de la blessure de Jean-François Labbé (premier gardien de but et futur joueur de la LNH), l’équipe des Draveurs de Trois-Rivières a besoin du gardien d’urgence. Manon Rhéaume passe les deux premiers matchs sur le banc alors que Jocelyn Thibault, un autre futur joueur de la LNH joue. Néanmoins, le 26 novembre 1991, dans la deuxième mi-temps elle le remplace puisqu’il fait preuve d’une mauvaise prestation. Elle laisse passer trois rondelles en 17 minutes et finit le jeu le visage coupé par une rondelle. Bien que cela soit sa première et sa seule apparition dans le hockey junior majeur, elle devient rapidement reconnue par les médias comme la première femme ayant joué pour la LHJMQ.

Première femme à jouer pour la LNH

Pendant l’été de 1992, après qu’elle ait remporté une médaille d’or au championnat mondial de hockey sur glace féminin de l’IIHF, Phil Esposito du Lightning de Tampa Bay l’invite à participer au camp d’entraînement avec huit autres gardiens de but tentant de se qualifier pour l’équipe. Comme le Lightning de Tampa Bay ne constitue qu’une nouvelle équipe d’expansion de la LNH dans un marché non traditionnel de hockey, la présence de Manon Rhéaume est largement considérée comme un simple coup de marketing.

Après la première série de réductions, Manon Rhéaume demeure dans l’équipe et joue pendant la première période du match présaison hors-concours contre les Blues de St. Louis. La première femme, qui à la fois, joue dans un match de la LNH et fait son apparition dans une des principales ligues sportives professionnelles en Amérique du Nord, laisse passer deux rondelles sur neuf.

Tout cela lui garantit une publicité importante qui entraîne plusieurs demandes de la part des médias internationaux. Elle a fait une apparition dans l’émission de télévision Late Night with David Letterman, et s’est vue offrir 50 000 $ pour une entrevue et une séance de photographie avec Playboy (qu’elle refuse).

Ligue professionnelle de hockey mineur

Manon Rhéaume est mise à pied par le Lightning de Tampa Bay, mais signe un contrat de trois ans avec leur club-école – Les Knights d’Atlanta de la Ligue internationale de hockey, comme troisième gardien de but et gardien de but d’urgence. Elle dispute deux matchs avec eux pendant cette saison-là. Dans le premier contre les Golden Eagles de Salt Lake City, le 13 décembre 1992, elle laisse passer une rondelle sur quatre pendant cinq minutes de jeu. Dans le deuxième contre les Cyclones de Cincinnati, le 10 avril 1993, Manon Rhéaume dispute le match complet et laisse passer 6 rondelles sur 31 coups (les Knights ont perdu 8 à 6 contre les Cyclones, y compris deux buts devant un filet désert).

Au cours de cinq saisons (1992-1997), Manon Rhéaume dispute 24 matchs dans les ligues masculines de hockey professionnel mineur, pour les Kinghts d’Atlanta (1992-1993), les Cherokees de Knoxville (1993-1994), les Knights de Nashville (1993-1994), les Aces de Las Vegas (1994-1995), les Tiger Sharks de Tallahassee (1994-1995), le Thunder de Las Vegas (1994-1995) et les Renegades de Reno (1996-1997).

Championne mondiale de 1994

En 1994, Manon Rhéaume est désignée encore une fois pour jouer dans l’équipe canadienne au Championnat du monde de hockey sur glace féminin de l’IIHF. Pour la troisième fois d’affilée, le Canada décroche une médaille d’or, battant les États-Unis 6 à 3 dans un match à Lake Placid, dans l’État de New York. Comme en 1992, Manon Rhéaume est nommée au sein de l’équipe des étoiles avec ses coéquipières canadiennes Danielle Goyette et Thérèse Brisson.

Médaillée olympique de 1998

Les Jeux olympiques d’hiver de 1998 ont été les premiers à inclure le hockey féminin comme discipline officielle. Malgré son statut de vedette d’affiche dans ce sport, Manon Rhéaume entre dans la saison sans aucune garantie à savoir si elle pourrait rejoindre l’équipe olympique. Elle partage le filet avec Lesley Reddon, et reste en rotation pendant le tournoi olympique. À la fin, sélectionnée par l’entraîneuse Shannon Miller, elle dispute le match pour la médaille d’or contre les États-Unis. Manon Rhéaume marque la première période par plusieurs arrêts clés, mais laisse passer une rondelle pendant la deuxième et la troisième période également. Il ne reste que 4 minutes avant la fin de la rencontre lorsque le Canada marque le but. Durant la dernière minute, les Canadiens pensent profiter de la présence d’un attaquant de plus et retirent leur gardien. Malheureusement, les Américains en profitent et marquent leur troisième but devant un filet désert et remportent le match 3 à 1. Manon Rhéaume et le reste de l’équipe rentrent chez eux avec une médaille d’argent, la première médaille olympique décrochée par l’équipe de hockey féminin du Canada.

Carrière de hockeyeuse depuis 1999

Après les Jeux olympiques de 1998, Manon Rhéaume prend un congé pour avoir son premier fils. Pendant la saison 1999-2000, elle est entraîneuse des gardiennes de but à l’Université du Minnesota. Elle tente de se qualifier pour l’Équipe Canada en 1999, mais n’est pas admise et annonce sa retraite de l’équipe nationale en 2000. Entre 2000 et 2001, elle joue à l’attaque pour le Wingstar de Montréal dans la Ligue nationale de hockey féminin (LNHF), avant d’accrocher finalement ses patins (la ligue canadienne de la LNHF opère entre 1999 et 2007, à ne pas confondre avec LNHF américaine fondée en 2015.)

Manon Rhéaume sort de sa retraite en 2008 pour jouer avec les Whitecaps du Minnesota de la Ligue féminine de hockey de l’Ouest (WWHL). Elle apparaît aussi deux fois de plus dans les ligues professionnelles de hockey masculin la saison même. Le 10 octobre 2008, elle joue comme gardien de but pour les Icehawks de Port Huron de la Ligue internationale de hockey, dans un match hors-concours contre les Generals de Flint. Plus tard dans la saison (le 3 avril 2009), elle prend brièvement place devant le filet pour les Generals dans un match contre les Lumberjacks de Muskegon.

Le 11 octobre 2015, elle lance la rondelle à l’occasion de la cérémonie d’ouverture d’une partie inaugurale disputée dans le cadre d’éliminatoires de la Ligue nationale féminine de hockey américaine – la première ligue féminine à rémunérer ses représentantes.

Carrière dans le monde des affaires depuis 2000

En 2000, Manon Rhéaume rejoint Mission Hockey à Irvine, en Californie, en tant que directrice du marketing global pour le hockey féminin. Au cours de ses trois années dans l’entreprise, elle contribue à développer une gamme de produits de hockey désignée spécifiquement pour les femmes. Entre 2003 et 2005, Manon Rhéaume occupe un poste de directrice du marketing et du hockey féminin pour Powerade Iceport, un complexe sportif pour les sports de glace, à Cudahy, au Wisconsin. De là, pendant un an, elle exerce la fonction de directrice des ventes et du marketing pour la Central Collegiate Hockey Association au Michigan. En 2008, elle lance la Fondation Manon Rhéaume, dont le mandat est d’aider financièrement les filles de moins de 19 ans à poursuivre leur rêve de carrière d’athlète.

Vie privée

Manon Rhéaume se marie avec son coéquipier Gerry St. Cyr en 1998, mais le couple divorce plus tard. Son fils aîné, Dylan St. Cyr, est un gardien de but prometteur pour l’Équipe nationale de développement des États-Unis. Son deuxième fils, Dakota Rhéaume, est hockeyeur également, mais joue à l’attaque. La famille vit à Northville, au Michigan, en banlieue de Detroit.

En 1993, Manon Rhéaume publie son autobiographie Manon Rhéaume : seule devant le filet, rédigée en collaboration avec Chantal Gilbert. Un film Between the Pipes, qui en est inspiré, devrait sortir en 2017.