Paul Edgar Philippe Martin. Dirigeant d'entreprise et homme politique, premier ministre 2003 à 2006 (né le 28 août 1938 à Windsor, Ontario). Paul Martin grandit à Windsor jusqu'en 1946. Sa famille déménage ensuite à Ottawa, où son père, Paul Joseph James Martin, un homme estimé et influent, est nommé au cabinet et devient l'un des architectes du filet de sécurité sociale canadien. À Ottawa, Paul Martin fils fréquente l'école francophone jusqu'à l'université. En 1962, il obtient son baccalauréat spécialisé en philosophie du collège St. Michael de l'Université de Toronto. Il obtient son diplôme de l'école de droit de l'Université de Toronto en 1965 et, en 1966, le Barreau de l'Ontario le réclame.

En 1966, Paul Martin déménage avec sa jeune famille à Montréal où il se joint à la Power Corporation du Canada comme adjoint administratif du mentor et président Maurice Strong (et plus tard, Paul Desmarais). Bien qu'il n'y ait pas d'hommes d'affaires dans sa famille, P. Martin fait preuve d'un talent inné pour cette profession. En 1969, il est nommé vice-président de la Power Corp., en 1973, président de Canada Steamship Lines inc, et en 1975, PDG. En août 1981, avec un associé, il achète la compagnie (renommée CLS Group) au coût de 180 millions de dollars et, en 1988, il en devient l'unique propriétaire. Si la décision de mettre sur pied une flotte de navires océaniques équipés d'une technologie de déchargement automatisé lui vaut beaucoup de succès, certaines autres stratégies lucratives lui attireront plus tard des critiques, notamment la décision de bâtir d'autres navires à l'étranger, de transférer les opérations dans des pays étrangers, d'employer des travailleurs étrangers à faible salaire et d'exploiter ses navires sous des pavillons de complaisance. Bien que ces procédures aient été courantes dans le monde du commerce maritime à l'époque, l'affiliation de Martin avec CSL reviendra le hanter plus tard lors de son revirement de carrière.

Ses débuts en politique

Paul Martin père affirme avoir souvent conseillé à son fils, qui avait hâte de faire ses premiers pas en politique, d'attendre d'être bien établi en affaires. En 1988, à l'âge de 50 ans, il fait le saut, se présentant aux élections fédérales dans le quartier montréalais de la circonscription de LaSalle-Émard. Cette année-là, le Parti progressiste-conservateur, dirigé par Brian Mulroney, remporte sa seconde victoire majeure, mais Martin fait partie de tout un contingent de libéraux qui sont élus au Parlement. Après la démission du chef libéral John Turner, Martin se présente contre Jean Chrétien en 1990 pour le remplacer. L'Accord du lac Meech est l'un des points cruciaux de la campagne, qui reçoit l'appui de Paul Martin mais le désaccord de Jean Chrétien. Au premier scrutin lors de la convention de Calgary pour le choix d'un nouveau chef, P.Martin remporte 25 % des voix contre 57 % pour J.Chrétien. Cette lutte à la direction du parti marque le début d'une longue et complexe confrontation entre les deux hommes, lutte qui finira tout de même par menacer la cohésion du parti Libéral.

Le réducteur de déficit

Chrétien reconnaît le talent de son rival et lui demande de coécrire le Livre rouge, le manifeste de la politique du parti libéral pour l'élection de 1993. Après cette élection, qui ramène les libéraux au pouvoir avec un gouvernement majoritaire, Martin est nommé ministre des Finances. Au cours de ses neuf années passées dans ce dossier, il présente une série de budgets qui retiennent l'attention générale, cependant, ceux présentés au milieu des années 1990 lui valent de nouveaux partisans mais aussi de nouveaux critiques.

En 1994, l'économie canadienne est en pleine récession; en février, Martin sabre dans les fonds de l'assurance-emploi et ferme plusieurs bases militaires. Ce n'est qu'en 1995 toutefois qu'il présente des budgets qui passeront à l'histoire du Canada. Déterminé à réduire le déficit canadien, il coupe les dépenses de pratiquement tous les services du gouvernement à raison de quelque 25 milliards de dollars sur trois ans, éliminant 45 000 emplois dans la fonction publique. Les paiements de transfert du fédéral aux provinces en santé et en éducation diminuent de 7 milliards de dollars. Bien qu'il soit critiqué pour les coupures dans les programmes sociaux, sa popularité n'en souffre pas. Le gouvernement Chrétien est de nouveau majoritaire en 1997, grâce en grande partie à la performance de Paul Martin.

En 1998, P. Martin réussit à éponger une dette de 42 milliards de dollars, se taillant une réputation, au pays comme à l'étranger, d'implacable réducteur de déficit. Il présente un budget équilibré pour l'année financière 1997-1998, et réussit plus tard à présenter des surplus budgétaires consécutifs, à accroître les dépenses du gouvernement et à diminuer le taux d'imposition sur le revenu. Le Parti libéral gagne les élections de 2000, une autre victoire acquise en bonne partie grâce à la performance de Paul Martin, ministre des Finances le plus influent de ces dix dernières années.

Martin contre Chrétien

Pendant le mandat de Martin comme ministre des Finances, les relations sont tendues entre lui et Chrétien, mais les tensions ne sont en général pas rendues publiques. Martin collabore étroitement avec le premier ministre, mais les deux hommes ne s'entendent pas sur différents dossiers chauds, notamment le Québec, patrie des deux hommes politiques. Martin n'est pas prêt à donner son appui à la Loi de clarification, une des plus grandes réalisations de Chrétien en matière de loi, et semble plutôt favoriser une approche moins conflictuelle envers les séparatistes. En 2002, prévoyant la retraite de Chrétien, Paul Martin et d'autres commencent à faire campagne pour la course à la chefferie du Parti libéral. Au cours de l'hiver et du printemps de la même année, le gouvernement libéral est accusé d'incompétence et de corruption, particulièrement concernant le mauvais usage de fonds gouvernementaux pour la commandite d'événements ayant lieu au Québec. Croyant que ces malencontreuses dénonciations viennent du Cabinet, il enjoint les aspirants à la direction du parti de dissoudre leur campagne.

Une révision du leadership est obligatoire à la suite de chaque élection générale et le parti en prévoit une pour mars 2003. Fin mai 2002, les accusations et les contre-accusations à propos des dénonciations et autres incidents parus dans les médias prennent des proportions démesurées. Paul Martin est sur le point de démissionner lorsque, le 2 juin 2002, Chrétien le congédie. Martin annonce qu'il continuera de siéger à la Chambre des communes comme député. En août, Chrétien, craignant d'être désavoué lors de la convention suivante, annonce qu'il se retirera de ses fonctions, dans les 18 mois prochains seulement.

Victoire politique

En novembre 2003, à la suite d'une campagne courue d'avance, Paul Martin remporte les élections haut la main (3 242 votes contre 211, soit 95 % contre 5 %) contre sa seule opposante, Sheila Copps. En reprenant le flambeau du parti libéral, il réussit là où son père avait échoué, lui qui avait tenté de prendre la direction du parti trois fois en quarante ans. Chrétien quitte son poste plus tôt que prévu et le 12 décembre 2003, Martin devient le 21e premier ministre du Canada. Les nominations ne favorisent que certains des partisans de Martin; ceux de Chrétien sont écartés des postes clés.

Initialement, le grand public est largement en faveur du nouveau premier ministre (64 %), mais malgré ses 15 ans au gouvernement, dont la moitié comme ministre des Finances bien en vue, Paul Martin demeure encore largement méconnu. Certains observateurs le décrivent comme un véritable mystère, un politicien sans priorités politiques déterminées. D'autres, notamment ses collègues et amis, le décrivent comme un homme d'une grande curiosité intellectuelle, dont l'ambition est de donner un nouveau visage au gouvernement et au pays. Bien qu'on l'accuse d'avoir donné peu de précisions, durant sa longue lutte pour la direction du parti et comme premier ministre, il exprime clairement sa volonté de créer des liens politiques plus étroits avec les États-Unis, de renforcer l'armée et de bâtir une main-d'œuvre qualifiée. Il promet également de réduire le délai des patients en attente de soins et la pauvreté chez les Autochtones, de combler ce qu'il appelle le déficit démocratique au Parlement en faisant participer davantage les simples députés aux décisions gouvernementales. Tout cela doit se faire tout en réduisant les impôts et la dette nationale.

Nouveau gouvernement, vieux scandales

Quelles que soient les attentes des citoyens canadiens et les ambitions de Martin, le nouveau premier ministre du Canada a hérité d'un parti affaibli par des luttes intestines prolongées et d'un gouvernement sali par les scandales.

Tandis que Paul Martin met toute son énergie à bâtir un nouveau programme, la vérificatrice générale revient en force avec le scandale des commandites dans un rapport expliquant comment 100 millions de dollars en fonds fédéraux se sont retrouvés dans les poches de partisans libéraux au Québec par l'intermédiaire d'agences gouvernementales et de publicité. Tandis que la popularité des libéraux dégringole dans les scrutins, Martin passe à l'offensive, réfutant toute connaissance des faits ou implication dans cette affaire et promet de démissionner s'il est trouvé coupable. Il commande une Commission d'enquête sur le programme de commandites et les activités publicitaires pour ce qu'il appelle lui-même un regrettable incident et tente de gagner l'appui des citoyens canadiens choqués, en prenant part à des émissions radiophoniques nationales pour annoncer les mesures prises contre les responsables.

En février 2004, le premier ministre congédie l'ambassadeur Alfonso Gagliano impliqué dans le scandale en tant qu'ancien ministre des Travaux publics et suspend le président de la Banque de développement du Canada, de VIA Rail et de la Société canadienne des postes. Mais le scandale et les actes de Paul Martin rouvrent les hostilités entre ses partisans et ceux de l'ancien premier ministre Jean Chrétien. Au même moment, le scandale donne à Martin l'occasion de tenir ses promesses en revoyant la structure gouvernementale et en mettant un terme à la concentration du pouvoir dans le Cabinet du premier ministre. Martin promet qu'à l'avenir, les nominations de tous les hauts fonctionnaires, y compris ceux des sociétés de la Couronne et de la Cour suprême seront approuvées par le Parlement.

Le scandale des commandites, toutefois, a de graves répercussions sur la popularité du gouvernement Martin. Aux élections du 28 juin 2004, les Libéraux deviennent minoritaires à la Chambre des communes, n'occupant que 135 des 308 sièges. Sans une solide majorité parlementaire, Paul Martin, dont la prise de décisions au Cabinet paraît confuse et dont les priorités sont innombrables, semble s'empêtrer. De l'intrépide homme d'affaires et ministre des Finances qu'il était, il devient un premier ministre tellement prudent qu'on le surnomme M. Dithers, tant à Ottawa qu'à l'étranger.

Le premier rapport de la Commission Gomery, publié le 1er novembre 2005, exonère Paul Martin, mais écorche son gouvernement, car l'aile québécoise du Parti libéral fédéral est accusée de corruption et de mauvaise utilisation des fonds alloués aux commandites. Profitant de cette ouverture, les partis de l'opposition s'unissent le 28 novembre, entraînant la chute du gouvernement et forçant la tenue d'une élection. Le 23 janvier 2006, les Libéraux remportent 103 sièges, 21 de moins que les Conservateurs. Ce soir-là, Paul Martin admet sa défaite et annonce sa démission en tant que chef du parti.