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Massey Hall est la plus ancienne salle de concert au pays, et la plus célébrée. L’Orchestre symphonique de Toronto (TSO) et le Chœur Mendelssohn de Toronto y élisent domicile dès son ouverture en 1894, et ce, jusqu’en 1982. Au fil du temps, Massey Hall devient le site de nombreux spectacles et événements historiques, et des associations de l’industrie canadienne de la musique lui octroient à plusieurs reprises le titre de meilleure salle de concert musical de plus de 1 500 sièges et celui de salle de concert de l’année. Il s’agit d’un site patrimonial de la ville de Toronto et d’un lieu historique national.

Débuts

L’industriel Hart Massey fait ériger l’édifice, connu jusqu’en 1933 sous le nom de Massey Music Hall, pour l’offrir en cadeau à la ville en mémoire de son fils Charles Albert Massey et pour promouvoir « l’intérêt pour la musique, l’éducation, la tempérance, l’industrie, le civisme, le patriotisme, la philanthropie et la religion ». Sidney R. Badgley, un architecte canadien qui réside à Cleveland, conçoit les plans de Massey Hall, et l’architecte torontois George M. Miller en supervise la construction en brique au coût de 150 000 $.

Son inauguration a lieu le 14 juin 1894 avec Le Messie de Haendel, interprété par un chœur de 500 membres et les 70 musiciens du Grand Orchestre du Festival, sous la direction de Frederick Torrington. D’une capacité de 3 500 sièges, la salle comporte un parterre, 2 balcons, 6 loges privées, des loges d’avant-scène et des rangées à gradins au fond de la scène.

À partir des années 1920, d’autres villes commencent, elles aussi, à édifier des salles de concert. Mais jusqu’alors, Massey Hall est l’unique bâtiment au Canada conçu expressément pour des spectacles musicaux. Le Chœur Mendelssohn de Toronto s’y établit en 1895, ainsi que les premières incarnations de l’Orchestre symphonique de Toronto (TSP), de 1906 à 1918, et il est le siège permanent du TSO de 1923 à 1982.

Rénovations

On y effectue les premières modifications d’importance en 1933. Il s’ensuit l’ajout d’un salon au niveau du balcon et l’agrandissement du foyer du public. Par contre, ces ajouts entraînent une réduction des sièges au nombre actuel de 2 765. La même année, le bâtiment adopte officiellement le nom déjà largement utilisé de Massey Hall. En 1948, une seconde rénovation permet d’abaisser le niveau de la scène et on y remplace par du béton armé le plancher en bois, ainsi que ceux du parterre, du sous-sol et de l’orchestre. En 1955, après la chute d’un gros morceau de plâtre tombé du plafond tandis que la salle était vide, on refait l’ensemble de l’ouvrage et on le renforce avec un fort treillis métallique. Au début des années 1980, on rénove l’intérieur, puis en 1989, on installe un système d’air climatisé dans la salle en vue des représentations, étalées sur sept mois, de la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber, Cats.

Fonctions et gestion

Le public louange l’acoustique de la salle, notamment sa chaleur, tandis que les musiciens de l’orchestre la critiquent, la considérant trompeuse. (Un jour, un musicien du TSO se plaint que les instrumentistes ne peuvent s’entendre clairement entre eux à cause de l’écho et que, par conséquent, il est difficile d’obtenir un ensemble parfait.) Une fois la construction du Roy Thomson Hall achevée, en 1982, celui-ci accueil les principaux concerts du Massey Hall, dont ceux du TSO et du Chœur Mendelssohn de Toronto. Cependant, lors du dernier concert que donne le TSO au Massey Hall le 4 juin 1982, on interprète A Farewell Tribute to the Grand Old Lady of Shuter Street, un hommage à « la vieille dame de la rue Shuter » (voir lien ci-dessous) que Johnny Cowell a composé pour l’occasion.

Au cours des années suivantes, le nombre moyen des spectacles diminue à deux ou trois par semaine. Le CJRT Orchestra y donne sa série annuelle de concerts de 1982 à 1991. Le Kitchener-Waterloo Symphony Orchestra, avec Anton Kuerti, y effectue une série de trois concerts en 1986. Quant au Taflemusik, il y entame ses représentations annuelles du Messie de Haendel en 1987. Mais ce sont les concerts de rock qui constituent désormais l’essentiel des activités de Massey Hall, dont ceux d’artistes populaires, de formations de musique ethnique, des chœurs et des ensembles scolaires et une variété d’activités communautaires.

Le conseil d’administration de la Corporation of Massey Hall and Roy Thomson Hall gère les deux établissements, aucun ne dépendant de la moindre subvention gouvernementale. Une inondation survenue en 1943 détruit les archives originales de Massey Hall : enregistrements, photographies et affiches-programmes de spectacles. Les documents contemporains de Massey Hall sont désormais intégrés aux archives du Roy Thomson Hall.

Évènements et spectacles marquants

Une sélection de quelques-uns des événements les plus mémorables qui ont lieu dans cette salle, surnommée « la vieille dame de la rue Shuter » par Vincent Massey lors d’une visite en 1953, donne une idée de l’éventail de son utilisation.

Plusieurs temps forts sont dignes de mention : les prestations de Paderewski (1896), de Patti (1903), d’Albani (1903, 1906), de Caruso (1908), de Tetrazzini (1912), de Galli-Curci (1917), de Heifetz (1918, l’année de ses débuts à New York alors qu’il est encore adolescent) et de Kreisler (1934); les discours de Winston Churchill (1900, 1901), Carrie Nation (1901), Nellie McClung (1919), et Lloyd George (1919); un concert de l’Orchestre symphonique de Londres sous la direction de Nikisch (1912); le mariage de l’athlète autochtone canadien Tom Longboat (1908); une démonstration d’un combat avec le boxeur Jack Dempsey (1919) et une exécution de The Dream of Gerontius d’Elgar par le Sheffield Choir, sous la direction du compositeur (1911).

On y présente aussi des films, muets et parlants, des combats de boxe réguliers, des prestations de troupes de ballet et de théâtre et de compagnies d’opéra en tournée, les concerts annuels du Toronto May Festival (commencés en 1894) par des chorales scolaires de Toronto et d’innombrables concerts de chant choral et de musique folk, rock, jazz et symphonique. S’y tiennent aussi des séances d’enregistrement du Chœur Mendelssohn de Toronto durant les années 1950 et des concerts des meilleurs orchestres du monde, dont ceux de Berlin, de Vienne et du New York Philharmonics, ceux des orchestres de Cleveland et de Philadelphie, du Concertgebouw d’Amsterdam et du Royal Philharmonic de Londres.

Oscar Peterson et un Glenn Gould alors âgé de 13 ans font leurs débuts au Massey Hall à quelques semaines d’intervalle en mars 1946. Un concert de jazz légendaire, donné le 15 mai 1953, marque le seul moment où Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell, Charles Mingus et Max Roach aient jamais joué ensemble. (D’aucuns le considèrent comme le plus grand concert de jazz ayant jamais eu lieu.) En 1962, l’Orchestre symphonique de la CBC et les Festival Singers du Canada interprètent Un sermon, un récit et une prière et Huit miniatures instrumentales de Stravinsky, sous la direction du compositeur. Et en 2007 sort Live at Massey Hall 1971, l’enregistrement de la prestation acoustique que Neil Young donne en solo au Massey Hall le 19 janvier 1971. Cette année-là, l’album devient no 1 au pays au pays.

Le 9 décembre 1973, Luciano Pavarotti fait ses débuts à Toronto devant une salle comble ayant payé une somme record de 50 $ le billet. Le 21 février 1974, Maria Callas et Giuseppe Di Stefano s’y produisent dans le cadre de leur tournée d’adieu. En 1975, on utilise la salle pendant une semaine pour tourner un film sur Bob Dylan; mais le film n’est jamais lancé. En juin 1976, le trio rock canadien Rush y enregistre son premier album devant public, All the World’s a Stage, qui se vend à plus d’un million d’exemplaires.

Le 14 juin 1994, un grand concert souligne le 100e anniversaire de Massey Hall. En vedette : le TSO, le Chœur Mendelssohn de Toronto, les conducteurs Mario Bernardi, Victor Feldbrill, et Elmer Iseler, la contralto Maureen Forrester, la soprano Lois Marshall, le groupe rock Blue Rodeo et l’humoriste Dave Broadfoot. Quant à l’artiste apparaissant le plus fréquemment dans l’histoire de la salle, Gordon Lightfoot, il marque en mai 2005 son retour de maladie en renouant avec son traditionnel concert du printemps au Massey Hall, tradition qui remonte à 1967. (Lightfoot décrit le Massey Hall comme étant « le centre de son univers en tant que musicien ».)

Commémorations et titres

À partir de 1982, John B. Withrow, fils de l’un des premiers gérants de Massey Hall, rédige pour le périodique Bravo une série d’articles sur la longue et brillante histoire de cette salle. Puis, on publie en 1994 le livre de William Kilbourn Intimate Grandeur: One Hundred Years of Massey Hall (1894–1994).

En 1985, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada installe une plaque à l’extérieur du bâtiment pour honorer Massey Hall et une autre en 1989 pour rendre hommage à Sir Ernest MacMillan. En 1994, on installe une troisième plaque pour commémorer le centenaire de l’édifice. En voici un extrait : « Massey Hall devint une salle de concert importante pour musiciens professionnels. (…) L’extérieur de Massey Hall est modeste, c’est son acoustique qui lui a valu sa grande renommée. »

Le 20 juin 1973, Toronto décerne le titre de site patrimonial à Massey Hall, désigné lieu historique national le 15 juin 1981.

Une version de cet article est parue initialement dans l’Encyclopédie de la musique au Canada.