Mary Jane Michelle Tisseyre (née Ahern), O.C., animatrice de télévision, journaliste et traductrice (née le 13 mars 1918 à Montréal, Québec; décédée le 21 décembre 2014 à Montréal). Première femme à présenter le Grand Journal à Radio-Canada, elle est aussi l’animatrice du tout premier talk-show présenté au Canada. Après 30 ans à titre de journaliste et d’animatrice télé, elle se tourne vers une nouvelle carrière, la traduction, aux Éditions Pierre Tisseyre. En 1975, elle reçoit un Prix littéraire du Gouverneur général notamment pour la traduction de l’ouvrage Winter (tr. L’hiver) de Morley Callaghan. Elle a aussi été nommée officier de l’Ordre du Canada.

Les premières années et la formation

Issue d’un milieu aisé, Michelle Tisseyre est la fille de Gerald Ahern (1894-1978), avocat, bâtonnier de la province de Québec (le président du Barreau du Québec). Sa mère, Jeanne Marcil, est la fille de Charles Marcil (1860-1937), journaliste, député de la circonscription fédérale de Bonaventure pendant plus de 30 ans (1900-1937) et président de la Chambre des communes (1909-1911).

Elle fait ses études au Couvent du Sacré-Cœur de Sault-aux-Récollets, puis à l’Institut pédagogique de la Congrégation Notre-Dame. En 1937, elle interrompt ses études en histoire et en philosophie à l’Université McGill et épouse Charles de Brabant. Le couple divorce en 1946. Le 17 janvier 1947, elle épouse en secondes noces un journaliste et écrivain d’origine belge, Pierre Tisseyre (1905-1995), arrivé au Canada en 1945.

La journaliste et l’animatrice

Parfaitement bilingue, Michelle Tisseyre est engagée à Radio-Canada en 1941. Elle est la première femme à présenter le radiojournal de Radio-Canada. En 1944, elle se démarque en étant la première journaliste à obtenir une entrevue avec le président du Mexique, Manuel Avila Camacho. Elle travaille ensuite pendant deux ans au sein du Service international de Radio-Canada et se spécialise dans l’entrevue et le reportage. En compagnie de René Lévesque et René Garneau, elle coanime l’émission La voix du Canada qui s’adresse aux troupes canadiennes qui combattent outre-mer et aux différents pays francophones à travers le monde. En 1947, peu de temps après son mariage avec Charles Tisseyre, elle quitte Radio-Canada et travaille comme pigiste.

En 1953, elle anime sa propre émission, Rendez-vous avec Michelle, le tout premier talk-show présenté au Canada. L’émission sera diffusée pendant neuf ans. De 1955 à 1960, elle anime également Music-Hall où elle reçoit les plus grands artistes francophones du moment : Édith Piaf, Jacques Brel, Charles Aznavour, Félix Leclerc et Jean-Pierre Ferland pour n’en nommer que quelques-uns. Cette émission a un tel succès que ses cotes d’écoute dépassent celles de l’émission américaine la plus populaire à l’époque, soit le Ed Sulllivan Show présenté à la même plage horaire.

De 1962 à 1970, elle se joint à Wilfrid Lemoyne pour animer Aujourd’hui, la première grande émission quotidienne d’affaires publiques présentée à Radio-Canada. Rejoignant plus d’un million de téléspectateurs, ce plateau de télévision est une excellente tribune, tout particulièrement pour les acteurs de la Révolution tranquille, qui viennent y discuter des enjeux et réformes qui ont modelés la société québécoise.

Polyvalente, Tisseyre écrit aussi pour La revue populaire et La revue moderne. Pendant 10 ans, elle signe dans Photo-Journal une chronique hebdomadaire sur les arts et les lettres. En 1965, elle est l’éditrice en chef de L’Encyclopédie de la femme canadienne, une publication distribuée à grande échelle dans les épiceries du Québec.

Théâtre

En 1948, Henri Deyglun, lui offre le premier rôle dans son roman-feuilleton Les Dames de notre temps. Sa parfaite maîtrise des deux langues lui permet d’obtenir différents rôles au théâtre de 1949 à 1970. Elle incarne Armande dans Les Femmes savantes (1949), puis Elmire dans Tartuffe (1952) de Molière et Noëlle dans La facture de Françoise Dorin (1970).

Une seconde carrière : la traduction

En 1970, Michelle Tisseyre s’oriente vers une nouvelle carrière, la traduction. Elle travaille aux côtés de son mari aux Éditions Pierre Tisseyre (voir Édition de langue française). Elle y fonde et dirige La Collection des deux solitudes, dont l’objectif est de faire connaître des écrivains majeurs du Canada anglais au lectorat francophone tels Morley Callaghan, Margaret Laurence, W.O. Mitchell et Robertson Davies. Cette nouvelle carrière est récompensée dès 1975, alors qu’elle se voit décerner un Prix littéraire du Gouverneur général pour la traduction de trois ouvrages dont Winter (tr. L’hiver) de Callaghan.

En 1995, à la suite du décès de son mari, elle retourne aux études à l’Université McGill afin de terminer son baccalauréat. Elle obtient son diplôme en 2006, à l’âge de 88 ans.

Héritage

La contribution de Michelle Tisseyre à la promotion de la langue et de la culture française sur la scène canadienne et internationale a été récompensée par l’attribution de la Médaille d’or de la Renaissance française (1997) par le Gouvernement français. En 1998, elle a publié Michelle Tisseyre : mémoires intimes.

Cette pionnière du journalisme et de la télévision est aussi la mère de cinq enfants. Son fils Charles Tisseyre anime l’émission scientifique Découverte à la télévision de Radio-Canada et sa seule fille, qui porte aussi le nom de Michelle Tisseyre est romancière et traductrice.

Prix

Trophée Frigon, meilleure animatrice de télévision (1959)

Miss Radio-Télévision, artiste la plus populaire (1959)

Prix littéraire du Gouverneur général ‒ Traduction (1975)

Membre de l’Ordre du Canada (1976)

Médaille d’or de la Renaissance française (1997)

Officier de l’Ordre du Canada (2001)

Médaille du Jubilé de Diamant de la Reine Elizabeth II (2012)