Le moustique (de l’espagnol mosquito – petite mouche) est un insecte fragile, doté de longues pattes, qui fait partie de l’ordre des diptères et de la famille des culicidés. On a recensé plus de 3 500 espèces de moustiques à l’échelle mondiale, dont 82 se rencontrent au Canada. Souvent considérées comme nuisibles à cause de leurs piqûres qui provoquent des démangeaisons chez les humains, seules les femelles se nourrissent du sang d’autres animaux. Les deux sexes se nourrissent de fluides produits par les plantes, tels que le nectar.

La plupart des espèces de moustiques fréquentant les terres boisées et bien connues des Canadiens appartiennent au genre Aedes. Ces espèces se rencontrent dans tout le Canada et se reconnaissent à leur abdomen fin et pointu, strié de noir et de blanc. Elles sont présentes en grand nombre peu après la fin de l’hiver et durant les soirées de printemps et d’été. Le moustique commun, ou maringouin domestique (Culex pipiens), de taille plus petite, se rencontre souvent à l’intérieur des habitations au début du printemps et à la fin de l’automne. Il se distingue par sa taille, mais aussi par l’extrémité de son abdomen qui n’est pas pointue.

C’est au Canada qu’a été découvert le deuxième plus ancien fossile de moustique. Il est préservé dans un fragment d’ambre du sud de l’Alberta datant de 76,5 à 79,5 millions d’années.

Morphologie

Les moustiques adultes sont dotés d’un proboscis long et fin, d’une paire de longues antennes divisées en 15 segments et d’ailes présentant des veines couvertes d’écailles serrées. Le proboscis de la femelle est composé de six stylets longs et pointus qui permettent à l’insecte de percer la peau de sa victime pour sucer son sang. On distingue facilement les mâles des femelles, les premiers étant dotés d’antennes très plumeuses. Les larves vivent dans l’eau et sont apodes (dépourvues de pattes). Elles possèdent une tête bien distincte, avec des mandibules protubérantes et des antennes, et leur thorax est la partie la plus large de leur corps. À leur extrémité postérieure, les larves possèdent soit une paire de papilles respiratoires anales, soit un long siphon respiratoire leur permettant d’aspirer l’air à la surface de l’eau. Les nymphes sont également aquatiques et respirent à partir d’une paire de petits tubes coniques situés près de leur tête.

Distribution et habitat

Les moustiques se rencontrent dans le monde entier, sous les climats tempérés, tropicaux et arctiques, en particulier dans les lieux relativement frais et très humides. Les forêts tropicales abritent la plus grande diversité d’espèces. Au Canada, ils sont présents dans toutes les provinces et tous les territoires et sont extrêmement abondants dans les régions septentrionales durant le court été arctique. Différentes espèces peuvent être actives à différentes heures de la journée, car certaines préfèrent le jour, d’autres la nuit et d’autres encore le crépuscule. Les adultes restent habituellement à moins de quelques kilomètres d’un plan d’eau et sont actifs en fin de soirée, la nuit ou à l’ombre. Lorsqu’ils ne sont pas actifs, ils peuvent demeurer au repos dans des caches abritées telles que celles offertes par des arbres creux ou des conduites d’évacuation. Les larves et les nymphes peuvent se rencontrer dans pratiquement n’importe quel endroit contenant de l’eau – étangs, piscines ou conteneurs artificiels.

Reproduction et développement

La femelle dépose ses œufs à la surface de l’eau (Culex,anophèles) ou sur un sol humide (Aedes). Les œufs déposés sur le sol éclosent le plus souvent après submersion ou en réponse à des conditions environnementales spécifiques. Ils peuvent donc rester à l’état dormant jusqu’au printemps suivant. Les œufs déposés dans un milieu aquatique susceptible d’être asséché (étang peu profond ou conteneur rempli d’eau) peuvent résister à la dessiccation pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Toutes les larves de moustique sont aquatiques et ne se nourrissent que de débris organiques et de microorganismes à l’exception de quelques rares espèces prédatrices. Les nymphes sont relativement actives, mais ne s’alimentent pas. Elles ont une forme courbée dont l’arc se déforme au rythme de la nage (les larves sont souvent appelées « gigoteurs »). Les adultes émergent directement de l’eau et les deux sexes partent alors à la recherche de fluides d’origine végétale (nectar, miellats, etc.) comme source d’énergie. Les femelles doivent généralement absorber du sang pour pouvoir produire des œufs. Elles localisent leurs hôtes à distance grâce à leur vue et leur capacité de détecter le dioxyde de carbone qu’ils émettent. À courte distance, les femelles sont attirées par la chaleur rayonnante et les odeurs émanant de la peau. Une femelle peut sucer en une seule fois trois fois son propre poids en sang. Durant la période d’accouplement, les mâles parviennent à détecter la fréquence spécifique des battements d’ailes des femelles de leur propre espèce grâce à leurs antennes très plumeuses.

Le nombre de générations par an est variable et dépend généralement du climat et de la météorologie. Habituellement, les moustiques fréquentant les zones boisées en début de saison (Aedes) ne pondent qu’une fois par an, tandis que les espèces qui pondent leurs œufs sur des plans d’eau plus persistent (anophèles, Culex) se reproduisent le plus souvent durant toute la saison, tant que les conditions météorologies le permettent. L’espérance de vie moyenne des femelles adultes est de trois semaines en été, mais certaines espèces canadiennes, dont les adultes hibernent, peuvent vivre jusqu’à huit ou neuf mois. D’autres espèces peuvent traverser l’hiver à l’état d’œufs (qui éclosent au printemps) ou de larves. Dans certaines régions du Canada, ces larves peuvent survivre prises dans la glace pendant six à sept mois.

Écologie

Les larves de moustiques sont des organismes filtreurs qui constituent une source de nourriture pour les poissons tandis que les adultes font partie des proies recherchées par les oiseaux, les chauves-souris, les grenouilles, les araignées et plusieurs espèces d’insectes. Les larves de la plupart des espèces de moustiques utilisent leurs deux grosses mandibules et une rangée de poils pour filtrer l’eau et en extraire les algues, le plancton et les débris organiques. Certaines espèces sont cependant prédatrices et se nourrissent des larves d’autres espèces de moustiques. Les larves de la plupart des espèces respirent en aspirant l’air présent à la surface de l’eau, mais chez quelques moustiques, la larve siphonne l’oxygène présent dans le système racinaire des plantes aquatiques.

Les femelles adultes de la plupart des espèces ne sont pas particulièrement sélectives pour ce qui est du choix de leur hôte. Elles s’attaquent habituellement à des vertébrés à sang chaud, mais peuvent également piquer des serpents, des tortues, des crapauds, des grenouilles ou d’autres insectes. En tant que vecteurs de maladie, les moustiques sont réputés pour l’impact qu’ils ont sur la santé humaine. Ils sont cependant aussi porteurs du paludisme et de l’encéphalite (inflammation du cerveau) aviaires, deux maladies qui affectent gravement les populations d’oiseaux sauvages, ainsi que de l’encéphalite équine. Un certain nombre d’espèces de moustique transmettent également la dirofilariose (ver du cœur), principalement chez le chien.

Interaction avec les humains

Les moustiques peuvent être très nuisibles pour les humains, leurs piqûres causant des irritations et une perte de sang, même si cette dernière n’est typiquement pas suffisante pour constituer un risque sanitaire. C’est l’anticoagulant présent dans la salive de l’insecte qui est responsable de la fameuse démangeaison. Les moustiques transmettent également toute une série de pathogènes responsables de diverses maladies, notamment la malaria (anophèles), la fièvre jaune et la dengue (Aedes), la filariose (Culex), l’encéphalite (Culex, Aedes), le Virus du Nil occidental (Culex), le virus Zika (Aedes) et un certain nombre d’autres maladies. À l’échelle planétaire, plus de 210 millions de personnes souffrent tous les ans de la malaria, même si l’incidence de cette maladie et la mortalité associée diminuent graduellement depuis 2000. La plupart des maladies transmises par les moustiques sont particulièrement communes sous les tropiques, mais elles ne se sont pas établies au Canada, même si diverses espèces de moustiques qui pourraient servir de vecteurs y sont abondantes. Les mesures de contrôle visant les moustiques comprennent l’élimination des habitats propices aux larves en évacuant l’eau qui s’y accumule, le traitement de ces habitats et des environs fréquentés par des humains à l’aide d’insecticides (tout en respectant les directives provinciales et les lois en vigueur au Canada), la mise en place de barrières physiques telles que des vêtements spécialisés, des écrans et des moustiquaires et l’utilisation d’insectifuges.

Certaines espèces de moustiques ne piquent pas. Elles parviennent à absorber suffisamment de protéines à l’état larvaire pour assurer la production des œufs une fois l’insecte devenu adulte. Wyeomyia smithii, en particulier, que l’on rencontre dans tout l’est du Canada, ne pique pas, tout comme les espèces du genre Toxorhynchites, les moustiques éléphants, que l’on rencontre dans le sud de l’Ontario.