Le premier Noir à venir au Canada fut Matthew da (de) Costa, un ancien esclave et pêcheur portugais qui se rendit à Port-Royal en 1605 (ou 1606) pour servir d'interprète à Champlain. L'esclavage était légal sous les régimes français et britannique pendant la colonisation du Canada. Les premiers esclaves firent leur apparition dès 1628 (neuf ans après l'arrivée des premiers esclaves dans les colonies du Sud). En 1779, pendant la guerre de l'Indépendance américaine, environ 5000 Noirs émigrèrent au Canada (particulièrement en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick), dont 3500 comme hommes libres (qui devinrent cultivateurs à bail) et 1500 comme esclaves. Cependant, à la fin du XIXe siècle, 1200 Noirs quittèrent Halifax pour la Sierra Leone.

Avec l'abolition de l'esclavage au Canada en 1833 (et son abolition de facto dans le Haut-Canada dès 1793), le Canada devint un refuge pour les Noirs fuyant le Sud des États-Unis par le « chemin de fer du maquis », lequel s'arrêtait à plusieurs localités frontalières dans le Sud de l'Ontario, le long des rivières Detroit et Niagara, ainsi qu'en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. Il est possible que plusieurs milliers de Noirs, peut-être des dizaines de milliers, aient profité de l'occasion de vivre en liberté sous la loi britannique, mais que la grande majorité d'entre eux soient retournés aux États-Unis après que l'esclavage y fut aboli en 1865. Quoi qu'il en soit, des descendants de ces fugitifs vivent encore dans plusieurs localités de la région située entre Windsor et Niagara Falls. Plusieurs musiciens noirs éminents virent le jour en Ontario à la fin du XIXe siècle ou au début du XXe : le cornettiste John W. Johnson (1865-1935) à London; le compositeur Nathaniel Dett (1882-1943) à l'ancienne Drummondville, auj. intégrée à Niagara Falls; le pianiste de jazz Lou Hooper (1884-1977), l'auteur-compositeur Shelton Brooks (1886-1975), et le bassiste de jazz et arrangeur Buster (Lavere) Harding (1912-1965) à North Buxton, la plus célèbre communauté noire ontarienne; le pianiste de jazz Kenny Kersey (1916-1983) à Harrow. Tous vécurent aux États.-Unis à l'âge adulte, certains pour quelque temps et d'autres en permanence. Les frères James et George Bohee d'Indiantown (Saint-Jean, N.-B.) firent eux aussi des carrières internationales de musiciens, James (v. 1846-1897) se faisant surtout connaître comme banjoïste.

En 1871, 21 000 Noirs vivaient au Canada; cependant, en 1890, il n'en restait plus que 15 000. Il fallut attendre le milieu du XXe siècle pour voir leur nombre augmenter considérablement. Entre 1950 et 1985, 250 000 Antillais et 100 000 Africains (de toutes races) émigrèrent au pays. Malgré l'absence de données raciales dans les recensements, il était estimé au milieu des années 1980 (Encyclopédie du Canada) que la population noire du Canada dépassait les 500 000, la plus forte concentration se trouvant à Toronto et le reste dans d'autres centres urbains, en particulier Montréal et Halifax. Aussi, des Noirs vivaient encore dans les régions rurales des Maritimes défrichées par leurs ancêtres 200 ans auparavant.

Le premier document connu attestant la présence d'un musicien noir au Canada est une annonce parue dans La Gazette de Québec le 30 novembre 1775 à propos d'un esclave en fuite nommé Lowcanes, parlant le français mais peu l'anglais « et jouant très bien du violon ». Une aquarelle de G. Heriot datant de 1807, intitulée Minuets of the Canadians, montre un musicien noir accompagnant au tambourin un groupe de danseurs. En 1840, une enquête sur l'activité professionnelle de 159 Noirs de Toronto (citée par Daniel G. Hill dans The Freedom-Seekers : Blacks in Early Canada, Agincourt, Ont. 1981) révéla la présence de 2 musiciens parmi eux. Hill découvrit aussi un violoneux anonyme (fl. 1850-70) à Collingwood, Ont., qui jouait à bord du Ploughboy et du Francis Smith lors des excursions de plaisance.

La musique des communautés noires des Maritimes et de l'Ontario avait surtout son centre à l'église au XIXe siècle. On sait, par exemple, que les Noirs d'Oakville, Ont., avaient leur propre église épiscopale méthodiste britannique, fondée en 1875, et qu'un de leurs ministres du culte était souvent invité à des assemblées religieuses à Hamilton et à Toronto à cause de sa réputation comme chanteur de spirituals. Cependant, peu de chansons ont subsisté dans les communautés noires les plus anciennes du Canada. L'ouvrage d'Arthur Huff Fauset Folklore of Nova Scotia (Philadelphie 1931) inclut 20 textes de chansons recueillies auprès de Noirs ou de personnes d'origine noire. (Fauset cite le cas d'une Néoécossaise de race blanche, Carrie B. Grover, qui avait à son répertoire des « chansons de l'époque de l'esclavage » qu'elle avait toutes apprises de son père). Traditional Songs from Nova Scotia (Toronto 1950) de Helen Creighton et Doreen H. Senior contient quelques chansons d'origine noire, et Creighton déclare en avoir recueilli au moins 81, dont quelques jeux chantés (Ethnomusicology, septembre 1972). Dans Black Pentecostal Music in Windsor, Paul McIntyre note la présence de plusieurs éléments africains dans la musique d'une église de la Pentecôte noire fréquentée par les descendants des colons de North Buxton et d'autres Noirs de la région de Windsor.

L'activité chorale durant le XXe siècle est demeurée centrée ou liée à l'église - par exemple, les Radio Kings of Harmony furent associés à la First Baptist Church de Toronto dans les années 1930; le British Methodist Episcopal Church Choir (aussi de Toronto) poursuivit ses activités pendant de nombreuses années et, sous la direction de Grace Trotman, fut le point de départ de plusieurs fantaisistes connus à Toronto; le Montreal Black Community Youth Choir (1974-81) fut associé à l'église unie Union à Saint-Henri et fut le prédécesseur du Montreal Jubilation Gospel Choir (voir aussi Gospel).

Des ensembles professionnels furent effectivement actifs au Canada au tournant du siècle, parmi lesquels la Celebrated Coloured Canadian Concert Co. et les Famous Canadian Jubilee Singers dirigés par Josephus O'Banyon d'Amherstburg, (Ont). Au même moment, des artistes noirs américains se produisirent sur les scènes de music-hall canadiennes, et des documents d'archives de cas isolés témoignent que des musiciens de jazz bien connus (entre autes, Jelly Roll Morton) ont vécu et travaillé au Canada au début des années 1920. Deux musiciens moins connus, les pianistes James « Slap Rags » White et Millard Thomas, demeurèrent à Montréal à la fin des années 1910, Thomas y dirigeant son Famous Chicago Novelty Orchestra jusqu'en 1928.

La communauté noire étroitement liée du quartier Saint-Henri de Montréal donna lieu à une concentration de cabarets où, des années 1920 jusqu'à la fin des années 1950, des artistes noirs se produisirent devant un public multiracial. Situés dans les environs de « The Corner » (angle des rues de la Montagne et Saint-Antoine), ces établissements incluaient le Rockhead's Paradise, le Café Saint-Michel et le Terminal Club. Une association de musiciens noirs, le Canadian Colored Clef Club, fut créée en 1928 et continua d'exister sous différentes formes jusque vers 1943. Parmi les grandes figures de Saint-Henri au cours des ans, avant tout des musiciens de jazz, figurent les pianistes Lou Hooper et Harold (Steep) Wade, les saxophonistes Bill Kersey et Myron Sutton, chef de l'orchestre de Noirs Canadian Ambassadors actif de 1931 à 1939 et aussi ailleurs au Québec et en Ontario, les bassistes Austin « Ozzie » Roberts et Bob Rudd, et le trompettiste Allan Wellman. La famille Sealey - Hugh (1916-1980) et George (1918-1962), saxophonistes, et Milt (né en 1928), pianiste - eurent la vedette dans les années 1940 et 1950. Plusieurs musiciens amér. de passage à Montréal durant cette période finirent par y demeurer longtemps, notamment : Charles Biddle, Vernon Isaac, le fantaisiste Al Cowans (et son Tramp Band), les pianistes Sadik Hakim et Valdo Williams, les trompettistes Jimmy Jones, Henry (Buddy) Jordan et Louis Metcalf, les saxophonistes Herb Johnson, B.T. Lundy et Gladstone Scott (voir Gilmore, John. Who's Who of Jazz in Montreal: Ragtime to 1970 [Montreal 1989]) pour des renseignements sur la carrière de ces musiciens). C'est dans ce milieu que grandirent les pianistes Oliver Jones, Oscar Peterson, Joe Sealy et Reg Wilson, le saxophoniste Richard Parris, le batteur Norman Marshall Villeneuve et plusieurs autres jazzmen canadiens réputés. Daisy Sweeney, soeur d'Oscar Peterson, fut une importante professeure de piano de Saint-Henri. Leurs pairs ailleurs au Canada incluaient alors Archie Alleyne, Wray Downes, Sonny Greenwich, le pianiste Connie Maynard, le saxophoniste Dougie Richardson (Toronto 24 mars 1937 - Hamilton 25 janvier 2007) et le vibraphoniste Frank Wright, de Toronto (où Harry Lucas, originaire de Chatham, Ont., et ses Rhythm Aces [plus tard Rhythm Knights] s'étaient produits durant les années 1930, et où le pianiste Cy McLean, de Sydney, N.-É., avait dirigé un orchestre en vogue dans les années 1940) et le saxophoniste ténor Charles (Bucky) Adams, Ivan Symonds et Nelson Symonds, de localités aux environs de Halifax. D'autres jazzmen américains vinrent travailler dans des villes canadiennes à partir des années 1950 ou du début des années 1960 et y prolongèrent leur séjour, notamment le saxophoniste Sayyd Abdul Al-Khabyyr (Ottawa, Montréal), les pianistes Cal Jackson (Toronto), Linton Garner (Montréal, Vancouver) et Mike Taylor (Vancouver, Québec), les bassistes Roland Haynes (Montréal) et Wyatt Ruther (Ottawa et Vancouver), et le vibraphoniste Elmer Gill (Vancouver). Parmi les jeunes Noirs canadiens, le tromboniste Russ Little, le pianiste Andy Milne, le bassiste George Mitchell, les batteurs Jim Norman et Clayton Johnston, les chanteurs Denzil Pinnock et Sharron McLeod, et le saxophoniste Michael Stuart ont également été actifs dans le jazz. Mais il faut bien dire que les musiciens noirs sont minoritaires dans ce domaine au pays. En même temps durant les années 1940 et 1950, les chanteuses Eleanor Collins, Isabelle Lucas et Phyllis Marshall faisaient oeuvre de pionnières à la radio et à la télévision de la SRC. Elles furent suivies dans le domaine des variétés (radio, télévision, scène) par des chanteurs et comédiens-chanteurs (souvent nés aux États-Unis) tels que Salome Bey, Leon Bibb, Arlene Duncan, Tobi Lark, Ranee Lee, Billy Newton-Davis, Jackie Richardson, Bobbi Sherron, Dennis Simpson, Ron Small, Almeta Speaks et Rudi Webb, dont plusieurs jouèrent dans des comédies musicale ayant pour thème l'histoire et la culture des Noirs - entre autres, de Bey, Indigo (1978) et Madame Gertrude (1985), avec Richardson en vedette dans cette dernière; de Bibb, One More Stop on the Freedom Train (1984). Lee interpréta le rôle de Billie Holiday dans les productions de Lady Day at Emerson's Bar and Grill montées à Montréal et à Toronton à la fin des années 1980.

Par suite de leur diffusion sur disque et à la radio, les styles de musique noire autres que le jazz américain (et plus tard antillais) finirent par s'introduire au Canada : d'abord le blues et le rhythm and blues (années 1950), puis le calypso (années 1960), le reggae et le disco (années 1970) et le rap (années 1980). Hormis le blues et le rhythm and blues, ce sont en très grande majorité des musiciens noirs qui pratiquent ces styles au Canada. La plupart sont cependant demeurés à l'écart du grand courant pop canadien, rarement soutenus par l'industrie du disque florissante au pays. Pour les encourager, Daniel Caudeiron, en collaboration avec d'autres, fonda en 1984 la Black Music Assn of Canada, qui décerna des BMAC Awards (1985-87) à la musique pop et à l'industrie dans neuf catégories différentes. En 1985, des prix Juno furent établis dans les catégories reggae-calypso et rhythm and blues-soul. Pour plus d'information sur ces styles, voir Blues, Calypso, Disco, Rap, Reggae et Rhythm and blues. D'autres styles de musique populaire largement dominants - country et bluegrass, pop, rock et folk, entre autres - ont eu relativement peu d'interprètes noirs au Canada. Harry Cromwell et Brent Williams jouèrent du bluegrass à la fin des années 1950 (voir Bluegrass) et, plus tard, Williams s'adonna au country (enregistrements chez Boot, dont « Back Home in Georgia », 1972); George Hector de Grand Bay, N.-B., se produisit dans les Maritimes comme « The Singing Chauffeur » durant les années 1950. Dan Hill eut beaucoup de succès avec des ballades pop à la fin des années 1970, alors que Kat (Kathleen) Dyson, membre du groupe rhythm and blues Tchukon dans les années 1980 et soliste du Montreal Jubilation Gospel Choir, a joué de la guitare et chanté avec plusieurs des principaux artistes pop et rock du Québec. Fred Booker, Al Cromwell, Beverly Glenn-Copeland, Faith Nolan (voir Musique féministe) et Jackie Washington ont été populaires auprès du public folk. Nolan, la poétesse « dub » Lillian Allen et Four the Moment se sont joints à plusieurs artistes du rap au début des années 1990, afin d'apporter un témoignage clair et souvent lourd de sens à l'expérience noire au Canada.

Des musiciens noirs du Canada ont également fait leur marque comme artistes de concert, dont la contralto Portia White, le ténor Garnet Brooks, et les sopranos Burnetta Day (de Chatham, Ont.) et Sharon Koste (de Montréal). Denise Narcisse-Mair, originaire de la Jamaïque, fut dir. de la Chorale Bach-Elgar de Hamilton (1980-81) et enseigna en outre la musique chorale au RCMT, à l'Université Queen's et à l'Université McMaster. Plusieurs musiciens noirs américains ont contribué à la vie musicale canadienne, notamment les chefs d'orchestre James De Preist (neveu de la célèbre contralto Marian Anderson), avec l'Orchestre symphonique de Québec (1976-83), et Paul Freeman, avec l'Orchestre symphonique de Victoria (1979-88). Le violoncelliste Anthony Elliott joua avec le TSO (1970-73), fut violoncelle solo de l'Orchestre symphonique de Vancouver (1978-82) et fit aussi partie du Quartet Canada. Parmi les autres musiciens de concert amér. actifs au Canada se trouvent le haute-contre Theodore Gentry et la pianiste Monica Gaylord, qui a donné des récitals consacrés à la musique de compositeurs noirs dont Nathaniel Dett.

Voir aussi Musique africaine au Canada, Music des Antilles au Canada, Caribana, Jazz, Orchestres de danse, Ragtime.