Musicologie

  Cette discipline s'intéresse à l'évolution historique de l'art musical, de la musique folklorique ou traditionnelle (ethnomusicologie) en Occident et aux aspects acoustique, esthétique, psychologique et sociologique de la musique. La musicologie devient une discipline universitaire au Canada en 1954, lorsque l'Université de Toronto charge Harvey J. Olnick de mettre sur pied un programme de maîtrise en musique. En 1987, 37 universités canadiennes dispensent des cours de premier cycle en musicologie et en ethnomusicologie, 15 offrent des programmes de maîtrise et 7 ont des programmes de doctorat en musicologie, en ethnomusicologie, en composition, en enseignement de la musique et en interprétation.

Travail de recherche
Les musicologues canadiens sont très actifs au sein des sociétés internationales en tant que membres, administrateurs et organisateurs. Comme il n'existe pas encore de société nationale, les communications en musicologie sont présentées à la Société de musique des universités canadiennes (SMUC), à la Société québécoise de recherche en musique (SQRM; auparavant l'ARMUQ), l'Association canadienne d'ethnologie et de folklore, la Société canadienne pour les traditions musicales (qui a succédé à la Société canadienne de musique folklorique) et à d'autres organismes professionnels parrainés par la Fédération canadienne des sciences humaines et sociales.

Peu de revues canadiennes réservent actuellement une place aux articles savants sur la musique. Les principales sont Les Cahiers (SQRM), Circuit, La Revue de musique des universités canadiennes, La Revue de musique folklorique canadienne, Musicworks et Sonances. Les musicologues canadiens publient fréquemment dans les revues et les encyclopédies internationales. Grâce à ces articles et à ces monographies, les Canadiens ont largement contribué à l'avancement des connaissances sur la musique occidentale. On peut citer entre autres Gaston Allaire, Terence Bailey, Dimitri Conomos, Robert Falck, Bryan Gillingham, Gordon Greene, Andrew Hughes et Maria Rika Maniates pour la musique du Moyen Âge et de la Renaissance; Elizabeth Bartlet, Irène Brisson, Gregory Butler, Mary Cyr, Philip Downs, Michelle Fillion, Kenneth GILBERT, Warren Kirkendale et Hugh McLean pour la musique baroque et classique; et Kathryn Bailey, William Benjamin, Austin Clarkson, H. Robert Cohen, Alan Gillmor, Louise Hirbour, Nicole Labelle, Donald McCorkle, Marc-André Roberge, Zoltan Roman et Alan Walker sur des sujets plus récents.

Publications

Avant la publication de Helmut KALLMANN intitulée A History of Music in Canada l534-1914 en 1960, on ne trouve que de brèves études, surtout régionales, sur la musique canadienne. L'ouvrage de Kallmann est suivi, en 1975, d'une étude de Willy Amtmann sur la musique sous le régime français intitulée Music in Canada 1600-l800 et, en 1980, de Canadian Music of the Twentieth Century de George Proctor. La fondation, en 1959, du CENTRE DE MUSIQUE CANADIENNE et la création, en 1970, de la section musicale de la BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU CANADA facilitent la compilation de l'ENCYCLOPÉDIE DE LA MUSIQUE AU CANADA (EMC), parue en 1982 et révisée en 1992. Au début des années 80, un premier ouvrage présentant une étude générale du sujet, Canada's Music: An Historical Survey de Clifford Ford est publié (1982). La Société pour le patrimoine musical canadien commence à publier des éditions savantes de musique canadienne ancienne. Avant sa fermeture en 2002, la Société publie une série de 25 volumes d'œuvres musicales d'avant 1950 transcrites en 1999. J. Paul Green et Nancy Vogan publient, en 1991, Music Education in Canada: A Historical Account. Les résultats d'une recherche approfondie menée en France et en Amérique du Nord conjuguée aux recherches archéologiques d'Élisabeth Gallat-Morin et de Jean-Pierre Pinson ont étés publiés dans La vie musicale en Nouvelle-France (2003). En 2006, Elaine Keillor dresse le portrait le plus complet jamais écrit au sujet de la musique canadienne dans Music in Canada: Capturing Landscape and Diversity.

Recherche spécialisée

Certains chercheurs se concentrent sur une région en particulier, compilant coupures de journaux et articles de périodiques : Paul Woodford sur Terre-Neuve-et-Labrador; Phyllis Blakeley, Frederick Hall et Timothy McGee sur la Nouvelle-Écosse; Nancy Vogan et Russell Harper sur le Nouveau-Brunswick; William Bartlett sur l'Île-du-Prince-Édouard; France Malouin-Gélinas, Juliette Bourassa-Trépanier, Lucien Poirier, J.-Antonio Thompson, Peter Slemon et Lyse Richer-Lortie sur le Québec; Beverley Diamond Cavanagh, F. Hall, Elaine Keillor et William Lock sur l'Ontario; Carl Morey sur Toronto; Norman Draper et Norman John Kennedy sur Calgary; Wesley Berg sur Edmonton et Dale McIntosh sur Victoria. Antoine Bouchard, Carole Grégoire, Wayne Kelly, Laurent Lapointe et John S. McIntosh écrivent sur la facture d'orgues et de pianos, et Dorith Cooper fait des recherches sur l'histoire de l'opéra à Montréal et à Toronto en vue d'une thèse de doctorat. Des universités canadiennes et étrangères publient des thèses sur divers genres d'oeuvres musicales canadiennes et plus particulièrement sur des compositeurs comme W.H. Anderson, Violet ARCHER, Gena BRANSCOMBE, Claude CHAMPAGNE, Jean COULTHARD, Srul Irving GLICK, S.C. ECKHARDT-GRAMATTÉ, Robert FLEMING, Alexina LOUIE, Bruce MATHER, Rodolphe MATHIEU, Colin McPhee, Léo-Pol MORIN, Jean PAPINEAU-COUTURE, Barbara PENTLAND, Clermount PÉPIN, Godfrey RIDOUT, R. Murray SCHAFER, Harry SOMERS, John WEINZWEIG et Healey WILLAN. En 1975, le Centre de musique canadienne entreprend la publication d'une série de monographies sur les compositeurs canadiens, dont la première est Harry Somers de Brian Cherney.

Études en ethnomusicologie

En ethnomusicologie, Mieczyslaw Kolinski met au point des procédés d'analyse interculturelle qui ont une influence internationale considérable et Jean-Jacques NATTIEZ conçoit une méthodologie basée sur la sémiologie. En collaboration avec Charles Boilès, Nattiez publie l'historique de cette discipline jusqu'au milieu des années 70 dans Musique en jeu, en 1977. Les premières études ethnomusicologiques effectuées par des Canadiens font suite aux ouvrages de Theodore Baker (1882), de Carl Stumpf (1886) et de Franz BOAS (1888), les premiers du genre, qui traitent notamment de la musique amérindienne et inuite. Dans la dernière décennie du XIX<SUP>e</SUP> siècle, James TEIT et Alexander T. Cringan entreprennent d'enregistrer sur cylindres, respectivement, des tribus de la Colombie-Britannique et des Iroquois.

Au XX<SUP>e</SUP> siècle, des anthropologues et des spécialistes de la musique, dont Marius BARBEAU, cherchent à définir sur le plan stylistique la culture musicale de diverses Premières nations, notamment celles des régions boisées de l'Est, des Plaines et de la côte nord du Pacifique. Des recherches approfondies sur la musique des Innus, des nations athapascanes du Nord et des Premières nations des Maritimes n'ont été entreprises que récemment. L'article intitulé « Native North Americans in Canada », publié dans l'édition de 1992 de l'EMC, en donne le premier aperçu global. Des recherches intensives sur la musique inuite sont cependant effectuées dans les années 70 et 80 après les premières recherches de Boas, Knud Rasmussen, Diamond JENNESS et Helen Roberts. Plus récemment, des sites internet présentent des articles de recherche sur la musique des peuples autochtones; y sont aussi présentés des articles intitulés Native Drums and Native Dance (voir les divers articles sous la rubrique AUTOCHTONES) publiés par le Centre for Indigenous Research, Culture, Language, and Education (CIRCLE) à l'Université de Carleton.

Recherches en traditions populaires

Lorsqu'ils étudient la musique folklorique francophone et anglophone ou celle d'autres groupes ethniques du Canada, les folkloristes s'attachent à l'histoire, à la diffusion et aux différentes versions de chaque chanson plutôt qu'aux genres musicaux utilisés. Marius Barbeau, du Musée de l'Homme (aujourd'hui le Musée canadien des civilisations), et Carmen Roy, la première directrice du Centre canadien d'études sur la culture traditionnelle de ce musée, recueillent des milliers de chansons folkloriques canadiennes-françaises. Conrad Laforte, oeuvrant au sein des Archives de folklore de l'Université Laval, entreprend de cataloguer ces chansons selon une classification fondée sur la structure poétique. Germain Lemieux, un important collectionneur ontarien, devient, en 1959, directeur de l'Institut de folklore (aujourd'hui le Centre franco-ontarien de folklore) de l'Université de Sudbury. Des études acadiennes, entreprises par Anselme Chiasson et poursuivies par Charlotte Cormier, sont menées à l'Université de Moncton.

W. Roy Mackenzie, Gerald S. Doyle, Helen CREIGHTON, Louise Manny et Kenneth Peacock recueillent des milliers de chansons canadiennes-anglaises dans les provinces de l'Est. Neil Rosenberg dirige d'importantes recherches aux archives de folklore et de langue de la Memorial University of Newfoundland. En 1957, Edith FOWKE commence à recueillir plus de 1000 chansons en Ontario, et en reproduit un grand nombre dans diverses publications. Les recherches à l'ouest de l'Ontario sont effectuées surtout par Barbara Cass-Beggs, Margaret A. McLeod, Tim Rogers et Philip Thomas. Le don, en 2003, de la Moses and Frances Asch Collection à l'Université de l'Alberta et le Centre canadien d'ethnomusicologie, sous la direction de Regula Qureshi, ont permis la diffusion d'enregistrements de musique folklorique canadienne ancienne, la recherche et la mise en marché de nouveaux enregistrements de musique folklorique de l'ouest canadien. Sur environ 90 autres groupes culturels dont la musique est recueillie au Canada, des études importantes portent sur les DOUKHOBORS (Kenneth Peacock), les Coréens (Bang-song Song), les Latino-Américains (James Robbins, Lise Waxer), les mennonites (Doreen Klassen, Wesley Berg), les Polonais (Louise Wraxman), les séfarades (Judith Cohen) et les UKRAINIENS (Robert Klymasz) (voir FOLKLORE). Des ethnomusicologues canadiens comme Rob Bowman, Roxanne Carlisle, Monique Desroches, Jocelyne Guilbault, James Hamilton, James Kippen, Irene Markoff, Colin McPhee, George Sawa, Howard Spring et Alan Thrasher font des études importantes sur une grande variété de formes d'expression musicale du monde entier. Depuis les années 80, un nouveau domaine de recherche en musicologie et en ethnomusicologie porte sur la place respective des hommes et des femmes dans la musique (Cheryl Gillard, Beverley Diamond Cavanagh et Marie-Thérèse Lefebvre).

Recherches en acoustique

Dans le domaine de l'ACOUSTIQUE, Oswald Michaud et R.W. BOYLE, du CONSEIL NATIONAL DE RECHERCHES, font des travaux importants; ils sont suivis par Hugh LeCaine et Thomas Northwood. En 1948, Jean Papineau-Couture donne le premier cours qui établit un lien direct entre l'acoustique et l'oeuvre musicale. Le projet de recherche canadien le plus important sur l'action des ondes sonores sur l'être humain est le projet WORLD SOUNDSCAPE, entrepris à l'Université Simon Fraser par R. Murray Schafer.

Réponse esthétique de la psychologie de musique
M.R. Maniates écrit sur l'esthétisme et le maniérisme musicaux français, Geoffrey Payzant réévalue et traduit les écrits d'Eduard Hanslick, et Schafer publie des études sur les conceptions esthétiques d'E.T.A. Hoffmann et d'Ezra Pound. L'esthétique et la psychophysique expérimentales sont les principaux domaines d'intérêt des Canadiens qui étudient la psychologie de la musique. Rodolphe Mathieu commence en 1930 à tester les aptitudes musicales à l'Institut canadien de musique (Montréal) et Cyril Cornelius O'Brien donne, en 1935, les premiers cours de psychologie de la musique à la Maritime Academy of Music (Halifax). Bien que les départements universitaires de psychologie aient réalisé des études sur l'enseignement de la musique, la recherche a porté surtout sur la perception de stimuli engendrés par la structure tonale, l'ordre et la succession des tons ainsi que sur les divers aspects de l'oreille absolue. Depuis 1980, les études en ces domaines se multiplient exponentiellement, conséquence de l'avancement de la science cognitive et de la technologie informatique. A.S. Bregman, P. Côté-Laurence, A.J. Cohen, L.L. Cuddy à l'Université Queen's, ainsi que H.E. Fiske, D.B. Huron, Jay Rahn et R.J. Zatorre ont, notamment, réalisé des travaux remarquables. Dans le domaine de l'esthétique expérimentale, D.E. Berlyne, F.G. Hare et J.B. Crozier explorent les théories de la stimulation et de l'information appliquées à la musique. Paul Pedersen, David Rosenboom et James Tenney appliquent la recherche psychophysique à la composition. Dans le domaine relativement nouveau de la sociologie de la musique, John Shepherd fait oeuvre de pionnier avec ses ouvrages Whose Music? A Sociology of Musical Languages et, en collaboration avec Peter Wicke, Music and Cultural Theory. Il est aussi rédacteur en chef de la Continuum Encyclopedia of Popular Music of the World, une encyclopédie comprenant plusieurs volets dont les sept volumes qui complètent les deux premiers volets d'un ouvrage qui en compte cinq ont été publiés en 2008. En 2005, le dernier volume d'un autre ouvrage encyclopédique de conception canadienne voit le jour. Jean-Jacques Nattiez édite Musiques une encyclopédie pour le XXI<SUP>e</SUP> siècle, une oeuvre en cinq volumes publiés en français et en italien. Cet ouvrage n'est ni un dictionnaire ni un lexique, il est plutôt composé d'essais de plusieurs auteurs exprimant divers points de vues au sujet de la musique à l'aube du XXIe siècle.

Encore aujourd'hui, les musicologues et les ethnomusicologues canadiens influents continuent de publier des monographies inspirantes dans leur spécialité. Voici quelques ouvrages récemment publiés : La Classe de Messiaen (1995) de Jean Boivin; Any Sound You Can Imagine Making Music/Consuming Technology (1997) de Paul Théberge; Schoenberg, Wittgenstein, and the Vienna Circle (2006) de James Wright; Native American Music in Eastern North America (2008) de Beverley Diamond. Ils contribuent également de façon importante à la publication d'ouvrages de référence internationaux en plusieurs volumes, par exemple : Grove Dictionary of Music and Musicians (2001), maintenant disponible en ligne sur Oxford Music Online (2008), la publication prévue de la deuxième édition en 27 volumes de Die Musik in Geschichte und Gegenwart, ainsi que la collection en 10 volumes de The Garland Encyclopedia of World Music (2002).

Le 14 octobre 2005, l'UNIVERSITÉ D'OTTAWA ouvre officiellement le Laboratoire de recherche en pédagogique du piano, le premier du genre en Amérique du Nord. Dans ce lieu, des spécialistes en musicologie, enseignement, science de la cognition, technologies d'application, informatique, sciences de l'activité physique, technologies de l'information, ingénierie, soutien technique et génie informatique collaborent à une approche multidisciplinaire de l'interprétation et de l'enseignement du piano.

Voir aussi MUSIQUE FOLKLORIQUE CANADIENNE-ANGLAISE; MUSIQUE FOLKLORIQUE CANADIENNE-FRANÇAISE; COMPOSITION MUSICALE; CRITIQUE MUSICALE; MUSIQUE, ENSEIGNEMENT DE LA et MUSIQUE, HISTOIRE DE LA.