La mythologie inuite est un organe d’archivage de la culture inuite, transmise à travers les générations par les aînés pour enrichir et éclaircir la descendance. Faisant traditionnellement partie de tous les aspects de la vie quotidienne, la mythologie inuite connaît une reviviscence de popularité grâce aux groupes communautaires qui cherchent à préserver les enseignements traditionnels comme mécanisme de solidarité culturelle et politique.

Mythe et légende

La définition du terme « mythe » est aussi changeante que les mythes eux-mêmes. Les mythes sont généralement vus comme des narrations expliquant des personnages, des expériences ou des phénomènes d’importance religieuse ou spirituelle qui illustrent bien le système de croyances d’une certaine communauté. Une légende est une histoire transmise par la tradition, mais basée librement sur l’histoire. Certains mythologues, comme David Leeming, ont une définition plus souple des mythes et des légendes. Pour eux, la mythologie englobe à la fois les mythes et les légendes. Bien que les mythes puissent être fantastiques et incroyables pour certains, cela ne diminue ni leur importance ni les messages qu’ils contiennent.

Peuples inuits

Les Inuits qui habitent le vaste Arctique canadien appartiennent à une famille bien plus grande qui s’étend de la mer de Béring, à travers l’Alaska et le nord du Canada, jusqu’au Groenland. Ces peuples imaginatifs, robustes et débrouillards connaissent non seulement des liens linguistiques, mais également des liens de cultures et de modes de vie semblables, comme en témoignent l’art inuit et les chansons, les danses, les légendes et les mythes inuits. Les chansons et la manière dont ils structurent le récit de leurs mythes et de leurs légendes s’apparentent le plus aux traditions sibériennes et, possiblement, aux traditions finno-ougriennes et aux traditions archaïques des Hongrois (Magyars). Ainsi, la langue et les légendes pourraient offrir des indices sur les anciennes routes de migration.

Mythologie inuite

Comme toute autre mythologie, les mythes et les légendes inuits sont à la fois divertissants et instructifs. Les Inuits attribuent les pouvoirs du bien et du mal aux divinités habitant le monde des esprits étroitement lié au paysage nordique de beauté austère.

Les anciennes traditions orales inuites représentent la façon la plus importante dont les Inuits transmettent et préservent les idées, parfois accompagnées de petites sculptures qui ont probablement servi pour illustrer les événements. Les chansons et les danses mettent également en valeur la signification des mythes et des légendes, qui défendent le système existant, soutiennent les coutumes de la société inuite et verbalisent la perception du bien et du mal. Ces premières légendes sont intimement liées au chamanisme inuit.

Les mythes et les légendes inuits sont en général de courts récits dramatiques traitant des merveilles du monde : la création, les cieux, la naissance, l’amour, la chasse et le partage de la nourriture, le respect des aînés, la polygamie, le meurtre, l’infanticide, l’inceste, la mort et le mystère de l’au-delà. Les conteurs inuits continuent à réinventer les vieux mythes et à créer de nouvelles légendes.

Les mythes inuits ne sont rarement simples : ils contiennent de nombreux codes comportementaux qui ne sont peut-être bien compris que par ceux qui vivent dans cette société. Les histoires renforcent une relation étroite avec toute la nature, ainsi que la croyance que les animaux ont le pouvoir magique d’entendre et de comprendre les propos humains. Pour cette raison, les chasseurs dans leur camp, alors qu’ils chantent ou parlent du morse ou du phoque, se réfèrent par prudence plutôt à l’asticot ou au pou, ou bien ils appellent le caribou, le lemming, pour ainsi confondre les animaux qui sont nécessaires à la survie du peuple.

Mythes et êtres mythiques

Un dogme fondamental de la mythologie inuite est la croyance en d’autres mondes sous la mer, dans la Terre et dans le ciel. Certains angakoks (chamans) doués ont le pouvoir de voyager en transe ou dans les rêves pour visiter ces endroits où les mortels ordinaires ne peuvent se rendre qu’après la mort.

Les rêves ont toujours joué un rôle important dans la vie des Inuits, servant peut-être de base pour certains mythes. Ils sont interprétés avec soin. On dit que les rêves d’ours blancs auraient des connotations sexuelles et que les rêves de belettes suggéreraient des problèmes quelconques. Rêver d’oiseaux présagerait des tempêtes de neige.

Certains mythes inuits poussent à la réflexion par leur simplicité trompeuse. Un exemple extrêmement court est le suivant : un moustique se pose sur le bras d’un garçon. « Ne tape pas! Ne tape pas! » bourdonne-t-il. « Je dois encore chanter pour mes petits-enfants. » « Imagine, se dit le garçon, si petit, mais il est grand-père! »

Labo d'animation du Nunavut : Lumaajuuq par Alethea Arnaquq-Baril, Office national du film du Canada

Parmi les mythes inuits les plus connus figure la légende de la déesse de mer, connue sous divers noms (Sedna, Nuliayuk, Taluliyuk, Taleelayuk). Selon le mythe, une jeune fille est jetée à l’océan, où elle devient la gardienne de tous les animaux marins.

La légende de Lumiuk (Lumak, Lumaag) raconte l’histoire d’un garçon aveugle abusé qui trouve refuge dans la mer, où il recouvre la vue et met fin à l’abus qu’il a subi. La légende de Kiviuk (Kiviok, Kiviuq), une figure mythologique importante dans la même sphère que Sedna, explique l’abondance de poissons et l’absence d’arbres dans la toundra arctique, tandis que la légende de Tikta’Liktak raconte le trajet d’un jeune chasseur qui retourne à la maison après s’être perdu dans les glaces.

Les êtres surnaturels accompagnent beaucoup des mythes inuits, y compris Mahaha, un démon qui terrorise tout l’Arctique et chatouille ses victimes jusqu’à ce qu’ils meurent; les Ijiraats, des métamorphes qui peuvent se changer en n’importe quel animal arctique, mais ne peuvent pas cacher leurs yeux rouges; les Taqriaqsuits, un peuple d’ombre que l’on ne voit que rarement, mais qu’on entend souvent; les Qallupilluks (ou Qalupaliks, voir ci-dessous), des créatures recouvertes d’écailles qui ressemblent à l’homme et qui enlèvent les enfants et les amènent en mer; les Inupasugjuks, des géants qui attrapent les humains; les Tuniit, que l’on considère les ancêtres très simples, mais très forts, des Inuits.

Labo d'animation du Nunavut : Qalupalik par Ame Papatsie, Office national du film du Canada

Préservation

Les outils et les objets d’art anciens peuvent rester préservés dans le pergélisol pendant des siècles sans nombre en attendant d’être découverts, mais la culture orale représente une possession intellectuelle de grande valeur qui, une fois perdue, n’a aucun moyen d’être récupérée. Ainsi, il existe plusieurs programmes pour promouvoir l’emploi et la compréhension des mythes et des légendes traditionnels des Inuit. Un de ces programmes, développé par la Qikiqtani Inuit Association, encourage les lecteurs à converser avec les aînés de la communauté pour apprendre les mythes et les légendes et pour transmettre eux-mêmes ces histoires, renforçant ainsi l’importance de les écouter et de les raconter pour préserver la culture orale.