Les Noirs vivent au Canada depuis les débuts de la colonisation transatlantique. Bien que très peu d'entre eux soient arrivés directement de leur terre ancestrale, sur le continent africain, le terme « Afro-Canadien » devient de plus en plus populaire au cours des années 90 pour désigner tous les descendants des Africains, indépendamment de leur lieu de naissance. Les premiers arrivants sont des esclaves amenés de Nouvelle-Angleterre ou des Antilles. De 1763 à 1865, la plupart des Noirs qui immigrent au Canada fuient l'esclavage qui sévit aux États-Unis. Jusqu'aux années 60, au moment où un grand nombre d'Antillais commencent à arriver, c'est surtout des États-Unis que viennent les immigrants noirs. Aujourd'hui, les Noirs représentent environ 2 p. 100 de la population canadienne.

Migration

Olivier Le Jeune est le premier esclave noir à être amené directement d'Afrique au Canada. Il est vendu en 1629 à Québec, mais, semble-t-il, il est affranchi à la fin de sa vie. À partir de ce moment, et ce jusqu'à la Conquête britannique (1759-1760), environ 1000 Noirs, amenés de Nouvelle-Angleterre ou des Antilles, sont réduits en esclavage en Nouvelle-France. Les archives locales indiquent qu'en 1759 il y a 3604 esclaves en Nouvelle-France, dont 1132 sont d'origine africaine. La plupart des esclaves vivent à Montréal et dans ses environs. L'esclavage, qui prospère dans les économies tributaires d'une culture unique, de la production de masse et du travail d'équipe, ne se développe pas beaucoup dans la colonie, mais connaît une nouvelle vitalité au cours du régime britannique.

Les Loyalistes emmènent environ 2000 esclaves noirs en Amérique du Nord britannique, tandis que 3500 Noirs qui ont obtenu leur liberté en se ralliant à l'Angleterre migrent en même temps, s'installant en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. Après deux décennies, l'esclavage disparaît presque complètement chez les loyalistes.

En 1793, le Haut-Canada devient la seule colonie à légiférer sur l'abolition (bien que graduelle) de l'esclavage. Sans nouvel arrivage en perspective, ce dernier décline. Dès 1800, les tribunaux des autres parties de l'Amérique du Nord britannique limitent efficacement le développement de l'esclavage, bien qu'en 1816 une annonce au sujet de la fuite d'un esclave paraisse dans la « Royal Gazette ». Le 28 août 1833, le Parlement britannique adopte une loi abolissant l'esclavage dans toutes ses colonies d'Amérique du Nord. La loi entre en vigueur le 1er août 1834.

L'immigration noire comprend également, en 1796, un groupe de Jamaïcains Maroons, descendants des esclaves noirs qui ont fui d'abord les Espagnols et ensuite les dirigeants britanniques de la Jamaïque. Ils sont redoutés et respectés pour leur courage. Par la suite, entre 1813 et 1816, 2000 esclaves qui ont cherché refuge derrière les lignes britanniques durant la Guerre de 1812 sont conduits en Nouvelle-Écosse. Le plus grand nombre de Noirs américains arrive au Canada de façon indépendante, grâce à un réseau de routes secrètes connu sous le nom de chemin de fer clandestin.

On estime qu'à l'époque de la Guerre civile américaine, environ 30-000 esclaves en fuite ont déjà gagné le Canada. De ce nombre, environ 800 Afro-Américains libres migrent de la Californie à l'île de Vancouver à la fin des années 1850, pour fuir la discrimination raciale que la loi de leur État impose.

Avec la levée de l'esclavage américain, en 1865, plusieurs milliers de Canadiens noirs retournent aux États-Unis, bien que, en réaction aux inégalités civiles, de petits groupes de Noirs continuent à immigrer au Canada. En 1909-1911, plus de 1000 Noirs quittent l'Oklahoma pour les Prairies, en particulier pour l'Alberta. Mais la population noire du Canada n'augmente pas substantiellement avant les années 60, lors des changements à la Loi sur l'immigration qui lève un préjugé à l'égard des immigrants non blancs et permet à un grand nombre d'Antillais et d'Africains qualifiés d'entrer au Canada. Cet afflux important de personnes noires dépasse largement la population noire originelle dans toutes les régions, à l'exception des Maritimes (entre 1950 et 1995 il y a environ 300-000 immigrants en provenance des Antilles et plus de 150-000 en provenance d'Afrique, incluant les personnes d'origine asiatique ou européenne).

Modes de peuplement

Dans les Maritimes, la plupart des Noirs loyalistes, des Maroons et des réfugiés sont installés, selon une politique gouvernementale, dans des communautés ségrégées en banlieue des villes plus importantes à population blanche. Plusieurs des esclaves des loyalistes sont emmenés au Québec, dans les Cantons de l'Est. Halifax, Shelburne, Digby et Guysborough, en Nouvelle-Écosse, Saint-Jean et Fredericton, au Nouveau-Brunswick, comptent des communautés entièrement noires dans leur voisinage immédiat. En Ontario, les fugitifs du « chemin de fer » clandestin tentent également de se grouper en colonies, non pas à cause d'une politique gouvernementale, mais par souci d'entraide et de protection contre les préjugés des Canadiens blancs (voir Préjugés et discrimination ) et contre les kidnappeurs américains.

La plupart des communautés noires de l'Ontario se forment à Windsor, Chatham, London, St. Catharines et Hamilton, ainsi qu'en banlieue de ces villes. Toronto possède alors un quartier noir et il y a de plus petites communautés près de Barrie, Owen Sound et Guelph. En Colombie-Britannique, au XIXe siècle, les colons noirs s'établissent surtout sur l'île de Saltspring et à Victoria. Au début du XXe siècle, en Alberta, les immigrants s'établissent dans plusieurs colonies rurales autour d'Edmonton. Jusqu'à récemment, la plupart des Noirs restent relativement isolés des Blancs et des autres Noirs. Cette situation commence à changer au cours des années 30 et 40, les Noirs de la campagne venant dans les villes à la recherche d'emplois. Plusieurs des premières communautés noires sont abandonnées ou se dépeuplent considérablement.

La nouvelle migration noire en provenance des Antilles et d'Afrique s'oriente presque exclusivement vers les villes. Les Noirs sont maintenant parmi les plus urbanisés des groupes ethniques du Canada. L'attitude des Canadiens blancs a changé depuis la Deuxième Guerre mondiale, et bien que les Noirs des villes aient encore à faire face à la discrimination, les pressions en faveur de la ségrégation n'existent plus.

Vie économique

Les Noirs loyalistes, les Maroons et les réfugiés rencontrent divers obstacles dans leur tentative de s'établir dans les Maritimes. Les petits lots de terre qu'ils reçoivent ne leur permettent pas de vivre de l'agriculture. Forcés de chercher des emplois occasionnels comme ouvriers dans les villes voisines à population blanche, les pionniers noirs sont vulnérables face à l'exploitation et à la discrimination quant à l'emploi et aux salaires. Partout dans les Maritimes, les Noirs reçoivent des parcelles de terre beaucoup plus petites et des salaires plus bas que ceux des colons blancs. De façon générale, les premiers Noirs vivent dans la pauvreté.

En partie en raison de leur condition misérable dans leur nouveau pays, un nombre substantiel de Noirs quittent la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick pour le Sierra Leone, en Afrique de l'Ouest. En 1792, tout près de 1200 loyalistes noirs quittent Halifax par bateau pour fonder Freetown. Leurs descendants constituent encore un groupe identifiable de nos jours. Plus tard, en 1800, plus de 500 Maroons suivent la même route en direction du Sierra Leone. Leur arrivée coïncide avec une insurrection des colons loyalistes noirs contre leurs gouverneurs britanniques. Par leur appui, ils aident alors les autorités coloniales à réprimer l'insurrection. En 1820, quelque 95 réfugiés noirs quittent Halifax pour Trinidad.

Bien que les fonctionnaires des Antilles et de la Nouvelle-Écosse les encouragent à partir, et en dépit du fait qu'on leur donne des terres pauvres, que les hivers sont rigoureux et que la main-d'oeuvre blanche ne manque pas, la grande majorité des réfugiés sont déterminés à demeurer au Canada. Aujourd'hui, la majorité des Noirs des Maritimes en sont les descendants.

Les fugitifs noirs qui sont arrivés en Ontario par le « chemin de fer » clandestin sont très démunis. Comme ils ne reçoivent pas de terres de la part du gouvernement, ils doivent généralement s'engager comme ouvriers agricoles. Quelques-uns seulement cultivent leurs propres terres avec succès, d'autres travaillent pour le chemin de fer Great Western.

Plusieurs fugitifs, surtout ceux qui ont immigré à Victoria, en Colombie-Britannique, dans les années 1850, possèdent des qualifications ou des économies qui leur permettent de créer de petites entreprises. D'autres encore travaillent dans des exploitations agricoles ou dans les magasins du nouveau quai d'Esquimalt, en Colombie-Britannique. Quoi qu'il en soit, jusque tard au XXe siècle, la majorité des Noirs sont engagés dans des secteurs d'emploi sous-rémunérés ou à titre de travailleurs non qualifiés.

D'après le recensement de 1991, les Canadiens noirs touchent dans l'ensemble des salaires inférieurs à ceux des Blancs. Les nouveaux immigrants antillais et africains possèdent généralement un haut niveau de scolarité, de compétence et d'expérience et se rencontrent dans toutes les catégories d'emploi.

Vie culturelle et communautaire

Dans leurs colonies fermées, les Noirs conservent leurs caractéristiques culturelles et constituent une communauté distincte. Religion, musique et langage, structures familiales et traditions se développent en réponse aux conditions de vie du Canada. Le principal soutien institutionnel est l'Église séparée, habituellement baptiste ou méthodiste (voir Méthodisme), créée lors du refus des congrégations blanches d'admettre les Noirs à titre de membres égaux.

L'influence spirituelle des Églises s'étend à la vie quotidienne et se répercute dans le vocabulaire, les habitudes et les ambitions des fidèles. Inévitablement, ces derniers assument un rôle social et politique majeur, les membres du clergé devenant les chefs naturels de la communauté. Associations fraternelles nombreuses, groupes d'assistance mutuelle, sociétés de tempérance et groupes antiesclavagistes créés par les Noirs au XIXe siècle sont presque toujours associés à l'une ou l'autre des Églises. Au XXe siècle, les Églises mènent le mouvement pour l'accès à l'enseignement et aux droits civiques.

Au temps de l'esclavage, les femmes noires sont obligées de travailler pour survivre et les circonstances économiques perpétuent cette tradition au Canada. Les Noires jouent depuis toujours un rôle économique important dans la vie familiale et acquièrent ainsi une indépendance considérable. Élevés selon une tradition communautaire, souvent par les grands-parents ou des voisins plus âgés, les enfants noirs développent des relations de fraternité au sein de la communauté. Un sens aigu de l'identité de groupe et de la solidarité, combiné avec l'identité unique suscitée par les Églises, crée une vie communautaire intime et un refuge face à la discrimination des Blancs.

Une tradition de forte loyauté à la Grande-Bretagne et au Canada se développe chez les Noirs dès les débuts de leur implantation au pays. Les loyalistes noirs combattent pour maintenir le régime britannique en Amérique et leur crainte qu'une invasion américaine puisse signifier un retour à l'esclavage les incite à participer à la défense militaire du Canada. Les miliciens noirs combattent les troupes américaines durant la guerre de 1812, jouent un rôle important dans la répression de la rébellion de 1837 et, plus tard, aident à repousser les incursions des fenians.

Pendant un certain temps, au cours des années 1860, le Black Pioneer Rifle Corps, largement autofinancé, est la seule force armée défendant l'île de Vancouver, même si plus tard on lui refuse l'occasion de se joindre au Vancouver Island Volunteer Rifle Corps. Lors de la Première Guerre mondiale, les Noirs sont d'abord repoussés des bureaux de recrutement, mais le volontarisme persistant suscite la création d'un contingent formé exclusivement de Noirs, le Nova Scotia No. 2, qui sert comme unité de constructeurs et de pontonniers.

L'urbanisation et la sécularisation grandissantes transforment le rôle de l'Église et celui de la communauté locale. Les nouveaux immigrants apportent également au Canada leur héritage antillais ou africain, tout en l'adaptant à leurs nouvelles conditions de vie. Désormais, il y a plus d'une tradition noire au Canada, mais l'importance historique du peuple qui est venu chercher la liberté au Canada continue d'influencer les institutions et les attitudes des Noirs d'aujourd'hui.

Éducation

Au début des années 1780, des associations caritatives britanniques parrainent des écoles dans la plupart des communautés noires des Maritimes et, durant le XIXe siècle, des sociétés britanniques et américaines fondent des écoles pour les Noirs partout en Ontario. Les gouvernements de la Nouvelle-Écosse et de l'Ontario créent légalement des écoles publiques séparées. Même si presque toutes les communautés noires ont accès à des écoles parrainées par des associations caritatives ou à des écoles publiques, les fonds sont insuffisants et la qualité de l'enseignement tend à être inférieure à celle des Blancs. Combinée avec l'isolement résidentiel et la carence économique, la pauvreté de l'enseignement contribue à perpétuer une situation d'épanouissement limité et de mobilité restreinte. En 1965, en Ontario, la dernière école séparée ferme ses portes.

Avec l'urbanisation, les enfants noirs sont acceptés dans les écoles publiques. Jusqu'à récemment, le Noir moyen avait un niveau de scolarité plus bas que le Blanc moyen, mais la nouvelle immigration est en train de changer cette situation de façon radicale. Car les immigrants noirs ont en moyenne un plus haut niveau de scolarité que l'ensemble de la population canadienne. De plus, des programmes spéciaux, tel le Transition Year Program de l'U. Dalhousie, viennent pallier la scolarisation défavorisée qui a longtemps été le lot traditionnel des Noirs.

Politique

La loi canadienne, avec quelques exceptions importantes, insiste sur l'égalité de droit des Noirs. Jusqu'à la Confédération, il s'agit de la loi anglaise et les électeurs noirs tendent à appuyer les candidats conservateurs engagés à préserver les liens avec l'Angleterre. Depuis la Confédération, les Noirs sont actifs dans tous les partis politiques et, au cours des 20 dernières années, ils sont élus comme conservateurs, libéraux et néo-démocrates.

Si les Noirs ne forment à aucun moment un groupe assez important pour exercer une influence politique directe, plusieurs d'entre eux apportent d'importantes contributions à la vie politique. Il y a parmi eux des conseillers municipaux et des administrateurs scolaires depuis plus d'un siècle, notamment Mifflin Gibbs, qui siège au conseil municipal de Victoria dans les années 1860 et qui, délégué à la conférence de Yale, discute de l'entrée de la Colombie-Britannique dans la Confédération, de même que William Hubbard, qui agit à titre de conseiller, de contrôleur et de maire suppléant de Toronto entre 1894 et 1907.

Élu en Ontario en 1963, Leonard Braithwaite est le premier Afro-Canadien à siéger à un Parlement provincial et, en 1968, Lincoln Alexander, originaire d'Hamilton, devient le premier Noir à siéger au Parlement fédéral. Emery Barnes et Rosemary Brown sont toutes deux élues au Parlement de la Colombie-Britannique dans les années 70. D'autres honneurs suivent dans les années 80 : Lincoln Alexander devient lieutenant-gouverneur de l'Ontario, Alvin Curling se joint au Cabinet en Ontario, Anne Cools est nommée au Sénat et Howard McCurdy de Windsor, en Ontario, est élu à la Chambre des Communes. En 1990, Donald Oliver, d'Halifax, est nommé sénateur, et Zanana Akande devient membre du Cabinet en Ontario, devenant ainsi la première Noire à accéder à une fonction ministérielle au Canada. En 1993, Wayne Adams entre au Conseil des ministres du gouvernement de la Nouvelle-Écosse. Cette année-là, lors des élections fédérales, trois députés noirs sont élus : Jean Augustine, Hedy Fry et Ovid Jackson. Hedy Fry, de Vancouver, est nommé au Cabinet en 1996.

Maintien du groupe

Historiquement, la communauté noire rurale sert de tampon contre les effets de la discrimination et, sous son ambiance protectrice, une identité noire distincte évolue. La coopération liée à la vie communautaire permet de contrer les limites raciales, mais elle ne parvient pas à éliminer toutes les barrières.

Les origines diversifiées de la population noire contemporaine rendent beaucoup moins évidente l'identité unique du groupe. Cependant, quelle que soit leur origine, les Afro-Canadiens doivent faire face à des problèmes semblables. Les sondages d'opinion et les rapports des commissions provinciales sur les droits de la personne montrent que le racisme existe encore et que les Noirs doivent encore faire face à la discrimination quant à l'emploi, au logement et aux services publics. Cela constitue le fondement d'une expérience commune qui encourage les Noirs à une réponse commune. Encouragée par les journaux, les magazines et les organismes communautaires noirs, enrichie par son importance grandissante et par sa variété culturelle, une communauté noire nouvelle et plus étendue se développe dans la ville canadienne moderne.