Le Parti conservateur est le premier parti de l’histoire politique canadienne, au pouvoir pendant les 29 premières années de la Confédération. Depuis, malgré une popularité électorale moins marquée que celle du Parti libéral, son principal rival, le Parti conservateur accède régulièrement au pouvoir entre de longues périodes passées dans l’opposition. Historiquement, le parti s’est surtout montré victorieux lorsqu’il a pu former une coalition nationale équilibrée entre les conservateurs anglophones de l’Ouest du pays et de l’Ontario et les nationalistes du Québec.

Macdonald

Au Canada, le Parti conservateur épouse les valeurs et les traditions du parti britannique du même nom. Au XIXe siècle, les conservateurs britanniques, surnommés torys, sont loyaux à la monarchie et à l’Église anglicane; ils préfèrent généralement le maintien des traditions au changement. Les conservateurs canadiens sont également influencés par d’autres courants politiques, dont l’un des premiers prend la forme d’une coalition libérale-conservatrice qui gouverne la province du Canada en 1854.

John A. Macdonald adhère à la coalition de 1854 en tant que conservateur modéré; c’est lui qui fonde le parti libéral-conservateur à l’origine de la Confédération. Macdonald, premier à exercer des fonctions de premier ministre au Canada, met sur pied un parti déterminé à mener à bien la Confédération et à mettre en œuvre une politique de développement économique national. Le nom du parti, avec son trait d’union, remplit une fonction double : d’une part, il met en exergue les principes d’équilibre et de modération chers à Macdonald; d’autre part, il souligne ce que les Canadiens ont en commun tout en laissant dans l’obscurité ce qui les divise. Macdonald parvient à regrouper au sein d’un même parti les catholiques ultramontains du Québec, les torys, les orangistes et les hommes d’affaires des quatre provinces fondatrices. Dès 1872, cependant, les nombreuses régions du pays en pleine expansion sont devenues trop différentes pour qu’il soit possible de les unifier. Cette année-là, le parti de Macdonald remporte 103 sièges contre 97 pour les libéraux, qui forment l’opposition. La majorité ne tient pas le coup et, l’année suivante, son gouvernement s’effondre.

Le scandale du Pacifique, qui provoque la chute du gouvernement Macdonald, témoigne des problèmes que présente sa démarche politique. Le chemin de fer du Pacifique est essentiel à la réalisation de son rêve de bâtir une nation; cependant, la construction de ce chemin de fer et les politiques de développement unissent trop étroitement le gouvernement et certains intérêts privés, parfois au détriment de l’intérêt public. Alors membre de l’opposition, Macdonald semble être devenu convaincu que son parti doit faire plus que simplement appuyer le Canada. À cette époque, le parti a déjà abandonné l’étiquette libéral-conservateur pour celle de conservateur. Pendant la campagne électorale de 1878, Macdonald engage son parti dans la Politique nationale, qui met l’accent sur le protectionnisme, l’expansion dans l’Ouest et un gouvernement central fort. Ceci plaît aux manufacturiers du Québec et de l’Ontario, de même qu’à tous ceux qui craignent l’expansionnisme des États-Unis. Un message fortement probritannique est ajouté au programme conservateur, stratégie qui s’avère efficace, comme en témoigne la réélection de Macdonald en 1882, 1887 et 1891.

La Politique nationale de Macdonald s’accompagne d’un favoritisme habile et entendu, de même que d’une volonté de compromis. Celle-ci lui fait toutefois défaut dans la cause de Louis Riel après la Rébellion du Nord-Ouest de 1885. L’exécution de Riel et la faiblesse du leadership chez les conservateurs du Québec entraînent la chute des appuis dans cette province. La réaction de Macdonald aux événements provoqués par Riel procède logiquement de sa position centraliste, qui maintient les provinces et les intérêts locaux à l’arrière-plan. C’est pour cette raison que les provinces deviennent de plus en plus libérales et qu’elles appuient le chef libéral Wilfrid Laurier, qui défend leurs droits. Après la mort de Macdonald, en 1891, son parti n’est plus en mesure de soutenir les attaques sur autant de fronts. Les gouvernements conservateurs de John Abbott, de John Thompson, de Mackenzie Bowell et de Charles Tupper luttent pour se maintenir au pouvoir, mais les questions de langue et de religion (voir Question des écoles du Manitoba) de même que les problèmes de favoritisme au Québec constituent des obstacles importants. Les conservateurs perdent les élections de 1896 et mettront de nombreuses années à regagner leur suprématie.

Borden

L’avocat néo-écossais Robert Borden, chef du Parti conservateur de 1901 à 1920, tente de faire fructifier l’héritage de Macdonald. Il nomme, à titre expérimental, un lieutenant québécois et préconise une réforme de la fonction publique et de la propriété publique. Il perd les élections de 1904 et de 1908. Pour remporter celles de 1911, il revient aux sources du parti – mettant l’accent sur la Politique nationale et sur les liens avec l’Empire britannique – et gagne ainsi des appuis en Ontario, en Colombie-Britannique et dans certaines régions des Maritimes.

Au Québec, les conservateurs s’allient aux nationalistes opposés à Laurier. Les conservateurs remportent les élections, mais la coalition impérialiste-nationaliste s’effondre. Dès 1913, les nationalistes de son caucus constatent avec amertume que Borden se range du côté des impérialistes anglophones, plus nombreux et désireux de soutenir la Grande-Bretagne et l’Empire.

Les élections de décembre 1917 – en temps de guerre – sont décisives pour le conservatisme canadien. Afin d’assurer le maintien de sa politique de conscription, Borden conclut une alliance avec des libéraux conscriptionnistes. Il en résulte le triomphe du gouvernement d’union, victoire qui provoque toutefois des ressentiments vivaces chez les Canadiens français. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les libéraux quittent la coalition, laissant aux conservateurs une base plus faible que jamais. En outre, la nationalisation des lignes de chemin de fer Grand Trunk et Canadian Northern entraîne la défection du milieu des affaires de Montréal, sans doute le principal bailleur de fonds du parti.

Meighen

Le successeur de Borden, Arthur Meighen, tente immédiatement de convertir les restes de l’unionisme au conservatisme. Aux élections de 1921, les conservateurs arrivent en troisième position avec 50 sièges, derrière le Parti progressiste et les libéraux. En raison de son appui à la conscription, Meighen perd la confiance des francophones. Dans l’Ouest canadien, les progressistes s’identifient plus facilement aux libéraux, associant les conservateurs à la Politique nationale tant décriée. Meighen, premier ministre pendant un court laps de temps en 1926, se voit défait par les libéraux majoritaires, qui reprennent rapidement le pouvoir (voir L’affaire King-Byng). Les conservateurs sont trop étroitement liés à la Grande-Bretagne, à une époque où l’admiration du Canada pour le fait britannique s’amenuise – tout comme, d’ailleurs, l’attachement au statut de dominion du Canada. En outre, Meighen ne réussit pas à adapter la Politique nationale aux conditions économiques de l’après-guerre.

Bennett

En 1927, R.B. Bennett, un riche homme d’affaires de Calgary, succède à Meighen comme chef du Parti conservateur. Il parvient à former un gouvernement majoritaire aux élections de 1930, remportant notamment 25 sièges au Québec. La Crise des années 1930 crée le climat propice à la victoire de Bennett, mais elle assurera aussi sa défaite cinq ans plus tard. Sa réaction initiale à la crise est typiquement conservatrice : il tente, sans succès, de protéger l’industrie et d’obtenir la préférence impériale. En 1935, il préconise de nombreuses réformes sociales pour venir en aide à la population canadienne appauvrie; ses propositions arrivent toutefois trop tard pour être convaincantes (voir New Deal de Bennett). De nombreux conservateurs réformistes ont déjà quitté le parti pour entrer au Parti de la reconstruction, fondé par H.H. Stevens, ex-ministre de Bennett. En outre, deux nouveaux partis, le Crédit social et la Co-operative Commonwealth Federation – de gauche pour le premier et de droite pour le second – semblent intéresser l’électorat du Canada anglais. Les élections de 1935 infligent aux conservateurs leur pire défaite : ils n’obtiennent que 40 sièges, contre 173 pour les libéraux.

Par la suite, les conservateurs tentent par tous les moyens de rétablir une coalition fructueuse. Mais l’hostilité du Canada français persiste même si, en 1938, le parti choisit comme chef Robert J. Manion, opposé à la conscription, catholique et ayant pris pour épouse une Canadienne française. Ses tentatives de s’allier le Québec ne font qu’irriter plusieurs de ses collègues anglophones, une fois la Deuxième Guerre mondiale déclarée. Les fonds du parti sont épuisés, et son organisation s’atrophie. En 1940, les conservateurs ne remportent à nouveau que 40 sièges. La défaite de Manion pousse le parti à se tourner de nouveau vers Arthur Meighen – une autre décision infructueuse.

Parti progressiste-conservateur

Encouragé par Meighen, le premier ministre du Manitoba, John Bracken, un progressiste qui n’a aucune expérience conservatrice, se présente comme chef du parti et remporte sa direction en 1942. Un nouveau nom est alors attribué au parti : le Parti progressiste-conservateur. Celui-ci amorce un virage à gauche; cependant, les libéraux et le CCF en font tout autant.

En 1944, alors que fait rage la Deuxième Guerre mondiale, les conservateurs sont de nouveau aux prises avec le mouvement proconscription. Même si ce sont les libéraux – sous les ordres du premier ministre William Lyon Mackenzie King – qui ont instauré la conscription, du fait de leur enthousiasme, les conservateurs porteront le blâme. Aux élections de 1945, ils ne réussissent même pas à trouver de candidats pour la plupart des circonscriptions du Québec. Au même moment, dans les Prairies, le Parti conservateur se classe quatrième, derrière le CCF, le Parti libéral et le Crédit social.

Diefenbaker

Avec de piètres résultats dans l’Ouest du pays et au Québec, le PC devient peu à peu un parti ontarien. En 1948, on choisit George Drew, ancien premier ministre de la province, comme chef du parti. Celui-ci est toutefois incapable d’élargir l’électorat de son parti. Après deux cuisantes défaites en 1949 et en 1953, le parti décide de miser sur John Diefenbaker, homme de l’Ouest populiste et personnage doté d’un remarquable sens de la mise en scène. Il conquiert les Canadiens, que deux décennies d’administration libérale ont blasés, grâce à son leadership fougueux et à son programme visionnaire. En 1957, il forme un gouvernement minoritaire, puis, l’année suivante, il en surprend plus d’un en s’emparant de 208 des 265 sièges à la Chambre des communes, dont 50 au Québec. Pour la première fois depuis 1911, le Parti conservateur redevient un véritable parti national.

En dépit d’appuis solides au Québec, Diefenbaker ne peut s’accommoder du caractère biculturel du Canada. Ses initiatives politiques paraissent éclectiques plutôt que parties intégrantes d’une vision plus vaste. En 1962, il perd sa majorité et, un an plus tard, son gouvernement tombe aux mains des libéraux. Le populisme de Diefenbaker lui fait perdre l’appui du monde des affaires, puis de la population générale, particulièrement dans les milieux urbains. Encore une fois, les Canadiens français boudent les conservateurs. La destitution de Diefenbaker comme chef de parti en septembre 1967 brise l’unité du parti et ce sera son successeur, le premier ministre de la Nouvelle-Écosse, Robert Stanfield, qui en paiera le prix.

Clark

Les conservateurs jouissent d’un appui solide dans l’Ouest canadien, mais c’est à l’échelle provinciale qu’ils remportent des victoires, particulièrement en Ontario, où ils détiennent le pouvoir de 1943 à 1985. En 1979, les conservateurs gouvernent déjà l’Ontario, le Manitoba, l’Alberta, la Nouvelle-Écosse, l’Île-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick et Terre-Neuve. Malgré cette forte présence à l’échelon national, Stanfield ne parvient pas à mener le parti fédéral au pouvoir – bien qu’il renverse presque le premier ministre libéral Pierre Trudeau en 1972, à trois sièges près. En 1976, Joe Clark, un Albertain, devient chef fédéral du Parti conservateur. En mai 1979, les conservateurs, sous la direction de Clark, forment un gouvernement minoritaire, qui est renversé à la Chambre des communes en décembre de la même année et perd les élections de février 1980.

Mulroney

La défaite des conservateurs en 1980 remet en question le leadership de Joe Clark. En 1983, le parti le rejette et lui préfère un Québécois bilingue, Brian Mulroney. Malgré son manque d’expérience parlementaire, Mulroney possède un sens de l’organisation remarquable et connaît à fond sa province natale. Le parti, si souvent divisé, se rallie derrière son nouveau chef pour affronter le successeur de Pierre Trudeau, John Turner, lors des élections fédérales de 1984. Mulroney réussit à rallier à la base du parti, dans l’Ouest, le nouvel appui des Québécois, déçus par le fédéralisme de Trudeau. Le Parti conservateur remporte alors sa plus éclatante victoire dans l’histoire canadienne.

En dépit des démissions de plusieurs ministres et des scandales qui affligent le parti, le gouvernement Mulroney parvient à réaliser une bonne partie de son programme favorable à l’entreprise privée : il privatise des sociétés d’État et conclut un accord de libre-échange avec les États-Unis. Au cours de son second mandat, toutefois, son infructueuse tentative de renouveler le fédéralisme par le truchement de négociations constitutionnelles et son incapacité à réduire la dette publique ou à libérer le Canada d’une persistante récession érodent la popularité du parti. La popularité personnelle de Mulroney chute à des niveaux plus bas que celle de tout autre premier ministre précédent.

Vers la fin des années 1980, le Parti conservateur montre des signes de faiblesse. En 1987, Preston Manning forme le Parti réformiste, parti de la droite populiste. Son slogan, « l’Ouest veut sa part », lui permet de réaliser une bonne performance en Alberta aux élections de 1988. Le parti de Mulroney perd également de sa force au Québec lorsqu’un ami proche et collègue du conseil des ministres, Lucien Bouchard, démissionne en raison de son désaccord sur les modifications proposées à l’Accord du lac Meech. Plusieurs députés conservateurs du Québec lui emboîtent le pas et forment un autre parti politique, le Bloc Québécois.

En 1993, la coalition mise en place par Mulroney se désintègre sous la direction de Kim Campbell, nouveau chef de parti et premier ministre, qui se révèle incapable de prendre ses distances par rapport au régime précédent. Les partisans québécois se tournent vers Lucien Bouchard et le Bloc Québécois et ceux de l’Ouest, vers le Parti réformiste du Canada. Les élections donnent lieu à la défaite la plus dévastatrice dans l’histoire de la politique canadienne. Le parti ne parvient à conserver que deux sièges à la Chambre des communes, perdant ainsi son statut de parti politique officiel. En 1995, Jean Charest devient le premier chef canadien-français du Parti conservateur. Le renouvellement du Parti conservateur repose sur le jeune Charest et, aux élections générales fédérales de 1997, le parti remporte 20 sièges, retrouvant ainsi son statut de parti officiel au Parlement. En 1998, malgré cette victoire, Charest quitte les conservateurs pour remplacer Daniel Johnson comme chef du Parti libéral du Québec. Charest sera remplacé par Joe Clark. Dès son retour à la politique fédérale, celui-ci gagne facilement la course à la direction du parti.

En 1999, l’Alternative Unie, une coalition de droite lancée par le Parti réformiste, vote pour la mise en œuvre du projet du parti d’unir les partis de droite pour mieux combattre le Parti libéral fédéral. Le Parti conservateur refuse de participer au mouvement, mais celui-ci obtient toutefois le soutien de certains des membres clés du parti provincial d’Ontario et de certains hommes d’affaires torontois.

Les conservateurs joignent leurs forces

Au même moment, l’Alliance canadienne, fondée en 2000, choisit comme chef l’ancien trésorier de l’Alberta, Stockwell Day. Lors des élections de cette année-là, Day obtient 66 sièges, tandis que les conservateurs de Clark conservent de justesse leur statut de parti officiel. Les 12 sièges obtenus proviennent en grande partie du Canada atlantique. La stratégie de Clark, qui consiste à reconstruire le Parti conservateur grâce à l’effondrement de l’Alliance canadienne, échoue.

En mai 2000, Peter MacKay, promettant de ne jamais rechercher une fusion avec l’Alliance canadienne, est élu chef du Parti conservateur. Quelques semaines plus tard, pourtant, il rompt sa promesse, entamant des pourparlers avec l’Alliance – à ce moment-là dirigée par Stephen Harper – concernant une fusion éventuelle avec celle-ci. L’entente de fusion, soumise à un vote séparé par les membres des deux partis, est acceptée en décembre 2003 par une forte majorité. C’est ainsi que le Parti conservateur du Canada voit le jour en décembre 2003, nommant Stephen Harper comme premier chef élu l’année suivante.

Bon nombre de partis progressistes-conservateurs provinciaux, toujours bien présents à l’échelon régional, maintiennent leur affiliation avec leur homologue fédéral, manifestant toutefois une nette préférence pour le Parti conservateur nouvellement formé.

Certains s’opposent farouchement à la fusion du parti, tout particulièrement chez les conservateurs traditionalistes. Joe Clark et une poignée de députés conservateurs quittent le parti, déçus de ce pacte inéquitable qui ne saurait profiter qu’à l’Alliance canadienne. La décision de retirer le terme « progressiste » du nom du parti est plus qu’un geste symbolique. En effet, beaucoup considèrent que le nouveau Parti conservateur ressemble davantage au Parti républicain américain qu’au Parti tory traditionnel.

Harper

La droite canadienne est maintenant unie pour la toute première fois depuis une décennie. Aux élections de 2004, le Parti conservateur remporte 99 sièges – dont plusieurs sièges déterminants en Ontario –, ce qui est suffisant pour obtenir le statut d’opposition officielle.

Vers la fin de l’année suivante, le gouvernement libéral minoritaire tombe; Harper obtient pour son parti un gouvernement minoritaire aux élections de 2006. Néanmoins, de nombreux observateurs considèrent les résultats de cette élection comme importants, en ce qu’ils indiquent un déplacement à long terme du pouvoir politique au Canada vers les provinces de l’Ouest, en particulier l’Alberta, fief électoral de Harper.

Le gouvernement de Harper maintient la mission canadienne en Afghanistan, baisse les impôts, saborde le soutien du Canada au Protocole de Kyoto sur les changements climatiques et met en œuvre la réforme du Sénat. Il fait également adopter une loi qui établit des élections à date fixe. En dehors de ces mesures immédiates, les réalisations du gouvernement Harper font l’objet de critiques grandissantes; on l’accuse notamment de susciter des conflits à la Chambre des communes, en plus de manquer de transparence et de tenter de contrôler les médias et le public.

À l’été 2008, Harper, faisant fi de sa propre loi sur les élections à date fixe, annonce la tenue d’élections pour le mois d’octobre. Le Parti conservateur forme à nouveau un gouvernement minoritaire, qui sera toutefois renforcé, au lendemain des élections, par l’échec de l’accord de coalition libérale-néodémocrate-bloquiste signé par les partis de l’opposition.

Entamant son deuxième mandat consécutif, le Parti conservateur doit faire face à la récession provoquée par la crise financière mondiale de 2008. On annonce l’instauration d’un important programme de stimulation de l’économie – avec, notamment, plusieurs milliards de dollars destinés au sauvetage du secteur automobile –, ce qui donne lieu à un déficit fédéral élevé. Le Parti conservateur fait aussi la promotion de mesures strictes de lutte contre la criminalité, s’engage à effectuer des réductions fiscales ciblées et élimine le formulaire long obligatoire du recensement.

Défait dans un vote de censure en 2011 – après avoir été trouvé coupable d’outrage au Parlement pour avoir refusé de présenter des estimations de coûts pour différents programmes –, le gouvernement conservateur fait à nouveau face à des élections fédérales. Les conservateurs de Harper font campagne sur une plateforme mettant de l’avant la nécessité de la stabilité économique en des temps incertains. En mai, les conservateurs obtiennent la majorité qu’ils espèrent depuis longtemps et gagnent 166 des 308 sièges à la Chambre des communes. Harper semble bien placé pour faire avancer la cause des principes conservateurs, qu’il voudrait situer au cœur du système politique canadien.

Mandat de 2011

Installé solidement au pouvoir pour la première fois, le gouvernement conservateur fait pourtant face à une série de scandales et d’événements défavorables. On l’accuse notamment de mauvaise gestion relativement à l’approvisionnement en nouveaux avions de combat pour les Forces canadiennes. En 2012, un scandale entourant les dépenses du gouvernement met au jour les actes de corruption de plusieurs sénateurs conservateurs et libéraux, éclaboussant au passage le Bureau du premier ministre et entraînant la démission de son chef de cabinet. Autre coup dur : Jim Flaherty, ministre des Finances et pilier conservateur ontarien, démissionne en mars 2014 et décède le mois suivant.

Le parti est également impliqué dans une série de scandales électoraux. À l’automne 2011, le gouvernement conservateur plaide coupable à des accusations de tactiques illégales commises pendant la campagne 2006. À l’époque, il a dépassé les limites de dépenses publicitaires permises en transférant les dépenses pour publicités nationales vers les comptes de circonscriptions locales. Le détournement d’électeurs potentiellement défavorables aux conservateurs lors des élections de 2011 – au moyen d’une base de données mise au point par le parti et d’appels téléphoniques visant à inciter la population d’une circonscription ontarienne à se présenter aux mauvais bureaux de vote – se solde par l’emprisonnement d’un ancien attaché politique du parti en 2014.

Comme à la suite de la crise financière de 2008-2009, le gouvernement conservateur enchaîne déficit après déficit. Cela est attribuable aux réductions d’impôts, de même qu’aux nombreuses augmentations de dépenses nominales mises en place durant les années de récession. Exception importante : les dépenses gouvernementales pour la défense, qui stagnent après le retrait des troupes de combat canadiennes d’Afghanistan en juillet 2011.

En milieu d’année 2015, le Parti conservateur lance sa campagne en vue des élections prévues pour octobre. Malgré un appui toujours faible au Québec, les conservateurs parviennent à rallier certains groupes d’électeurs importants traditionnellement libéraux. C’est notamment le cas dans certaines banlieues à forte population canadienne du sud de l’Ontario, et au sein de communautés d’immigrants de tous les horizons. Pour la première fois depuis plusieurs décennies, toutefois, certains signes laissent présager un éventuel changement dans les comportements électoraux des conservateurs loyalistes de l’Ouest du pays – en Alberta, par exemple, où un gouvernement néodémocrate majoritaire a mis fin à 44 ans de gouvernement conservateur lors des élections provinciales de mai 2015. Avec une économie canadienne qui tourne au ralenti et un secteur pétrolier albertain ravagé par la baisse du prix du pétrole et des produits de base, difficile de prédire si les conservateurs, qui se disent les mieux préparés pour protéger l’économie du pays, sauront convaincre la population canadienne de leur accorder un quatrième mandat fédéral.