Pauline Marois est la personnalité politique qui a détenu le plus grand nombre de fonctions ministérielles de l’histoire du Québec, incluant les postes de ministre de l’Éducation, de la Santé et des Finances. Après 33 ans de vie politique active, elle s’est retirée de la vie publique le 7 avril 2014, au terme d’une campagne électorale éprouvante, où le Parti québécois n’a conservé que 25 % du vote populaire et 30 sièges sur 125. Pauline Marois s’est notamment distinguée comme artisane de la déconfessionnalisation du réseau de l’éducation et de la création d’un populaire réseau de centres de la petite enfance dont les places sont offertes à un coût modique à l’ensemble de la population québécoise.

Famille et éducation

Pauline Marois est élevée à Saint-Étienne de Lauzon dans un milieu ouvrier, avec un père mécanicien, une mère institutrice et quatre frères et sœurs; elle étudie néanmoins à un collège classique réputé de Sillery, puis à l’Université Laval.

À 20 ans, elle épouse Claude Blanchet, un jeune homme du village voisin qu'elle fréquente depuis le collège et qui devient entrepreneur. Ils ont quatre enfants.

Bachelière en service social de l'Université Laval, elle obtient ensuite une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l'École des Hautes études commerciales (HEC) de l'Université de Montréal. Le social et l’économie seront les deux pôles de son action politique à venir. En Outaouais, elle œuvre d’abord dans le secteur associatif et dans le milieu de la santé, avec la mise sur pied de l'Association des coopératives d'économie familiale et du CLSC de l'Île-de-Hull en 1976.

Carrière politique

Pauline Marois entre dans le monde politique à titre d’attachée de presse (1978–1979) de Jacques Parizeau, ministre des Finances, puis de chef de cabinet du ministre d'État à la Condition féminine, Lise Payette.

À la demande de René Lévesque, elle se présente à l’élection de 1981 et est élue députée de La Peltrie. Onze jours plus tard, elle accouche de son deuxième enfant. Elle devient ministre d'État à la Condition féminine et membre du Comité des priorités dans le deuxième gouvernement de René Lévesque.

Dès 1982, elle assume la vice-présidence du Conseil du trésor, puis se voit nommée à la Main-d'œuvre et à la Sécurité du revenu, tout en étant ministre responsable de l'Outaouais à l’Assemblée nationale.

En 1985, au congrès à la chefferie du Parti québécois (PQ), elle termine deuxième, derrière Pierre-Marc Johnson. Après la défaite du PQ aux élections générales de 1985, elle se consacre à l’enseignement à l'Université du Québec à Hull (aujourd’hui l’Université du Québec en Outaouais).

Un premier retour

En 1988, elle accepte, à la demande de Jacques Parizeau, d’assumer le poste de conseillère au programme du PQ, puis de vice-présidente et enfin de présidente de l'exécutif national.

En 1989, elle est élue députée de la circonscription de Taillon, laissée vacante par le départ de René Lévesque. Tour à tour, présidente de la Commission des Affaires sociales, porte-parole de l'Opposition officielle pour Industrie et Commerce (1989–1991), titulaire des questions reliées à l'Administration publique et au Conseil du trésor, elle prend même en main le délicat dossier de l'intégration des fonctionnaires fédéraux dans un Québec souverain.

Réélue députée de Taillon en 1994 (elle le sera à nouveau en 1998 et en 2003), Pauline Marois accède successivement, dans le gouvernement Parizeau, aux postes de ministre de la Famille, ministre délégué à l'Administration et à la Fonction publique, ainsi que présidente du Conseil du trésor.

Après le référendum de 1995, elle devient la première femme ministre des Finances du Québec.

En 1996, le nouveau premier ministre Lucien Bouchard la nomme ministre de l'Éducation pour accomplir une réforme très difficile, la déconfessionnalisation des commissions scolaires, tout en assumant la tâche de ministre responsable de la Montérégie. En 1998, elle dirige un autre ministère à un moment délicat, la Santé et les Services sociaux, lors du « virage ambulatoire » et des réductions dans les transferts fiscaux de la santé.

Parmi ses réalisations lorsqu’elle était ministre de la Famille, on compte l'établissement des centres de la petite enfance, un système de garderies offert à tous les parents pour la somme modique de 5 $ par jour, et, quand elle était ministre de l’Éducation, la transformation des commissions scolaires catholiques et protestantes en commissions scolaires linguistiques (de langue française ou anglaise), rendant effective la déconfessionnalisation de l'éducation.

Devenu premier ministre, Bernard Landry la nomme à nouveau ministre des Finances (2001–2003), ainsi que vice-premier ministre du Québec, la troisième femme désignée au poste. Au moment de la défaite du Parti québécois aux élections générales du 29 avril 2003, elle aura occupé 14 charges ministérielles. Aucune autre femme n’aura cumulé autant de postes au sein du gouvernement québécois.

Chefferie du Parti québécois

En 2005, Pauline Marois se joint à la fronde et demande le départ de son chef Bernard Landry. Ce dernier démissionne du poste de chef de l’Opposition officielle, malgré un vote de confiance à 76 %.

Toutefois, le 15 novembre 2005, Pauline Marois perd une deuxième fois la course à la chefferie, avec 30,56 % des votes contre André Boisclair. Elle se retire de la vie politique pour la deuxième fois.

Dix-huit mois plus tard, elle revient, suite à la démission d’André Boisclair provoquée par une campagne électorale désastreuse qui ne procure au Parti québécois que la troisième place dans l’électorat. Le 26 juin 2007, Pauline Marois est élue par acclamation le septième chef du Parti québécois et, le 24 septembre, lors d'élections partielles, elle devient députée du comté de Charlevoix.

À l’élection générale de 2008, elle hisse à nouveau le Parti québécois au rang d’Opposition officielle en faisant élire un groupe de 51 députés. Elle propose, peu après les audiences de la Commission Bouchard–Taylor, un projet de loi pour l’adoption d’une citoyenneté québécoise, dite Loi 195, même si elle est alors dans l’opposition.

Premier ministre du Québec

Le 4 septembre 2012, Pauline Marois est élue premier ministre du Québec, après une campagne où elle a dû affronter en débat télévisé une autre femme, chef d’un nouveau parti indépendantiste de gauche (Françoise David), un ancien allié ayant rejoint un mouvement de droite (François Legault), sans compter le chef du Parti libéral, le Premier ministre sortant (Jean Charest).

En prononçant son discours de victoire, elle est victime d’une tentative d’assassinat devant ses partisans. Un militant anti-indépendantiste, Richard Henry Bain, tue l’un des techniciens à bout portant, puis son arme automatique s’enraye.

En tant que chef d’un gouvernement minoritaire avec 54 députés sur 125, elle fixe comme priorité de contrer le programme de la Coalition avenir Québec (CAQ) sur sa droite, en même temps que celui de Québec solidaire sur sa gauche. Elle demande à son ministre des Finances de rétablir le déficit zéro dès la première année de pouvoir et de créer la Banque de développement économique du Québec.

À son équipe, elle demande d’assainir l’octroi des contrats publics, dans le contexte des travaux de la Commission Charbonneau (Commission d’enquête formée le 19 octobre 2011sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction), de rendre plus efficace le réseau de la santé, exsangue, de définir une nouvelle politique industrielle, de faire la paix avec les étudiants universitaires après une grève contre les droits de scolarité imposés par le gouvernement précédent (voir Grève étudiante du printemps 2012) et de rétablir les cours d’histoire au primaire et au secondaire.

Elle donne comme mandat au ministre de l’Éducation d’avancer des propositions pour renforcer la Loi 101 sur la langue française, une loi attaquée et affaiblie par les tribunaux fédéraux à plusieurs reprises depuis 30 ans, et à son ministre des Institutions démocratiques de présenter une loi sur la laïcité.

Charte des valeurs québécoises

Le 10 septembre 2013, le ministre Bernard Drainville rend publique en conférence de presse une proposition de charte de la laïcité (voir La Charte des valeurs québécoises). Celle-ci vise à « encadrer le port des signes religieux ostentatoires pour le personnel de l’État durant les heures de travail » et à « rendre obligatoire le visage découvert lorsqu’on donne ou reçoit un service de l’État ». Cette proposition déclenche un débat passionné au sein de la population québécoise. La première ministre Marois et le ministre Drainville jugent qu’il faut « établir une politique de mise en œuvre de la neutralité religieuse de l’État et de l’encadrement des accommodements religieux pour les organismes de l’État », ainsi qu’ils l’indiquent alors dans leur documentation en conférence de presse.

Dans l’esprit du ministre, il s’agit de parachever ce qui a été entrepris pendant la Révolution tranquille en rendant définitivement l’éducation laïque. Ce débat public ne sera pas tranché par une loi. Ni sur la langue, ni sur la laïcité, ni sur le budget, le gouvernement Marois n’a rassemblé les voix suffisantes pour son adoption à l’Assemblée nationale. Par conséquent, se fiant à des sondages favorables, le 5 mars 2014, elle dissout l’Assemblée nationale et convoque les électeurs aux urnes pour le 7 avril.

Une campagne qui la déstabilise

La campagne électorale se déroule à l’américaine avec publicités négatives et allusions à des versements illicites aux partis politiques tandis que la Commission Charbonneau suspend ses travaux. Le mari de Pauline Marois, Claude Blanchet, est appelé à dévoiler ses finances personnelles et est accusé anonymement d’avoir outrepassé la loi sur le financement des partis politiques, à quelques jours du scrutin.

Lors d’un premier débat télévisé, ses trois adversaires s’en prennent nommément à elle et à son mari. Déstabilisée, Pauline Marois reste sur la défensive jusqu’à la fin de la campagne. En outre, le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, adopte comme tactique pendant toute la campagne électorale de répéter qu’un vote pour Pauline Marois, c’est un vote pour un référendum. Fatiguée par deux défaites référendaires, avec des jeunes dépolitisés (seulement un tiers votera lors de cette élection) et des trentenaires séduits par des baisses d’impôts mises de l’avant par la Coalition avenir Québec, Pauline Marois perdra jusqu’à son comté de Charlevoix.

En pleine campagne électorale, Pierre Karl Péladeau, l’un des principaux entrepreneurs du Québec (voir Québecor Inc.), rallie Pauline Marois et fait allégeance pour la souveraineté du Québec, ce qui a pour conséquence de diriger les électeurs tièdes de la CAQ vers le Parti libéral. De son côté, Québec solidaire attaque la charte de la laïcité. Enfin, François Legault s’avère un très habile débatteur à la télévision. Par conséquent, durant la dernière semaine de campagne, une deuxième vague d’opinion se dessine et de nombreux votes péquistes glissent, dans les derniers jours, vers la CAQ.

Le Parti québécois n’obtient que 1 075 000 voix, à peine 100 000 de plus que la Coalition avenir Québec, tandis que le Parti libéral recueille 1,7 million de voix et Québec solidaire, le parti indépendantiste de gauche, 325 000 voix. Il y a un fort éparpillement des votes, voire plusieurs mouvements contraires pendant la campagne, selon les sondages successifs.

Après 30 ans de vie politique

Pauline Marois se retire de la vie publique après 30 ans d’engagement politique. Plusieurs femmes d’avant-garde qu’elle a mis en avant-plan lors de sa dernière campagne électorale, telles que Martine Desjardins, Diane De Courcy, Dominique Payette et Djamila Benhabib, ont été emportées dans la débâcle électorale.

Le jour de sa démission comme premier ministre, elle promet de faciliter la transition pour un congrès à la chefferie qui ne se tiendra pas avant 2015. Stéphane Bédard, jeune député de Chicoutimi, assure la transition comme chef parlementaire de 30 députés, dans un parlement composé de 70 libéraux, 22 caquistes et 3 députés de Québec solidaire.

Dans la région de Québec, un seul député du Parti québécois conserve son comté, les autres ayant été entraînés dans un raz-de-marée suite à des attaques virulentes sur les ondes des « radios poubelles ». Ces attaques font notamment perdre à Pauline Marois tout l’ouest de son comté de Charlevoix, notamment la Côte-de-Beaupré.

Finalement, cette septième chef du Parti québécois a essuyé une défaite comparable à celle d’André Boisclair en 2007. Les remarques autour de l’homosexualité de celui-ci l’avaient laminé. Jean Garon, ministre de l’Agriculture, puis des Finances dans le gouvernement Parizeau, dira au lendemain de la nouvelle défaite : « Les gens n’aimaient pas Pauline ». Épitaphe cruelle. Une éditorialiste du Soleil de Québec, Brigitte Breton, l’appellera : « Pauline la mal-aimée ». En fait, à peine 22 % des femmes ont voté pour elle, nettement moins que les hommes.

En février 2015, cinq candidats se sont présentés à la succession de Pauline Marois. Il s’agit de Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Bernard Drainville, Martine Ouellet et Pierre Karl Péladeau.

Le 6 décembre 2014, Pauline Marois est la présidente d’honneur du spectacle commémoratif Pour elles présenté à l’occasion du 25e anniversaire de la tragédie de l’École Polytechnique. Elle est aussi ambassadrice pour l’organisme international CECI (Centre d’étude et de coopération internationale) dans le cadre duquel elle vient en appui à un groupe de femmes entrepreneures du Burkina Faso.

Prix et récompenses

Commandeur de l'Ordre de la Pléiade, Assemblée parlementaire de la Francophonie (2004)

Prix Louis-Joseph-Papineau, Regroupement pour un pays souverain (2011)

Grade de Grand Croix de l'Ordre de la Pléiade, Assemblée parlementaire de la Francophonie (2015)