Le pipeline de la vallée du Mackenzie est le pipeline prévu pour le transport du gaz naturel et plus tard du pétrole de l'océan Arctique jusqu'en Alberta. Le projet d'un couloir du pipeline à partir du Nord est proposé par le gouvernement fédéral dans ses Directives sur les pipelines de 1970 et provoque une avalanche d'études environnementales et techniques, d'examens de politiques gouvernementales et d'analyses économiques d'une ampleur inégalée dans l'histoire du Canada.

Deux consortiums formulent des propositions détaillées. Canadian Arctic Gas Pipeline Ltd., composé de 27 producteurs canadiens et américains (dont Exxon, Gulf, Shell et TransCanada PipeLines), propose un itinéraire qui part des gisements de Prudhoe, en Alaska, traverse le Nord du Yukon jusqu'au delta du Mackenzie et se rend vers le Sud jusqu'en Alberta. Foothills Pipe Lines Ltd., composé d'Alberta Gas Trunk Line [NOVA] et de Westcoast Transmission, propose un itinéraire plus court à partir du delta du Mackenzie jusqu'en Alberta. Le gazoduc du Nord aurait été le plus long du monde (3860 km) et la plus grande construction jamais entreprise. Dans chaque proposition, les problèmes techniques de la construction d'un gazoduc dans le pergélisol sont immenses (les deux projets proposent la réfrigération du gaz) et l'impact sur le Nord aurait été important.

Une commission royale du gouvernement fédéral, dirigée par le juge Thomas Berger, est nommée en mars 1974 pour examiner les projets et leur impact économique et social sur le Nord. Les commissaires tiennent des audiences publiques dans les communautés du Nord, de 1975 jusqu'en novembre 1976, répondant aux questions des autochtones et des environnementalistes. Le rapport de la commission, publié en avril 1977, confirme qu'on peut construire un gazoduc à partir du delta du Mackenzie en traversant la vallée du Mackenzie jusqu'en Alberta, mais déclare qu'on devrait le construire uniquement après une nouvelle étude et le règlement des revendications territoriales des autochtones. Il recommande, avec succès, un moratoire de 10 ans. Toutefois, la commission s'oppose fermement à la construction d'une ligne traversant l'environnement fragile du Nord du Yukon. Au milieu des controverses et des conditions économiques incertaines, on suspend les deux projets. La commission elle-même devient une cause célèbre en raison de la large interprétation de son mandat et de la mise au jour des problèmes complexes auxquels fait face le développement du Nord.