Origines

Le 23 mai 1873, le Parlement canadien vote une loi visant à instaurer « un corps de policiers à cheval pour les Territoires du Nord-Ouest ». Désignés anciennement sous le nom de Terre de Rupert et constituant le domaine de la Compagnie de la Baie d’Hudson, les Territoires du Nord-Ouest sont achetés par le Canada en 1870. Ils englobent l’actuel Manitoba, une partie de la Saskatchewan et de l’Alberta et les territoires du Nord du Canada. Cette région immense est peuplée d’Autochtones et de Métis, et de quelques commerçants blancs.

À Ottawa, le premier ministre John A. Macdonald souhaite dépêcher sur les lieux une force paramilitaire pour assurer la souveraineté canadienne dans l’Ouest et préparer la colonisation. Dans un premier temps, il est important d’intervenir fermement et sans délai pour mettre un frein au trafic de whisky. Les trafiquants en provenance de Fort Benton, au Montana, construisent des postes illégaux, comme le célèbre Fort Whoop-Up dans le sud de l’Alberta. Ce sont de coriaces aventuriers, dont beaucoup sont d’anciens combattants de la guerre de Sécession, et même des desperados et des hors-la-loi notoires. Ils échangent des peaux de bison avec les Métis et les Autochtones contre des marchandises, telles que des couvertures, des fusils et des munitions. Cependant, leur commerce le plus rentable est celui de l’alcool. Surnommé eau de feu, leur whisky est une boisson forte frelatée avec des ingrédients tels que du gingembre de Jamaïque, des piments rouges, du tabac à chiquer et du laudanum.

Le premier ministre Macdonald reçoit des rapports sur les effets dévastateurs du commerce de whisky sur les Pieds-Noirs, les Gens-du-Sang et les autres Premières nations. Le lieutenant William F. Butler, un officier de l’armée britannique envoyé pour enquêter sur les conditions à la frontière, écrit que « [...] la région de la Saskatchewan est une contrée sans loi, sans ordre et sans sécurité pour la vie des gens et leurs biens; le vol et le meurtre y sont impunis depuis des années; les massacres d’Indiens sont incontrôlés même à proximité du poste de la Compagnie de la Baie d’Hudson, et les institutions, aussi bien civiles que juridiques, sont totalement absentes ». En juin 1873, plus de 30 Assiniboines sont tués près d’un poste de trafic de whisky lors d’un incident connu sous le nom de massacre de Cypress Hills.

Premières recrues

La Police à cheval du Nord-Ouest (P.C.N.-O.) est créée sur le modèle de la Royal Irish Constabulary. Le premier ministre Macdonald lui donne d’abord le nom des Fusiliers à cheval du Nord-Ouest, puis change Fusiliers enPolice pour éviter tout soupçon de la part des Américains. Des rapports en provenance de l’Ouest faisant état de l’importance symbolique de l’uniforme traditionnel de l’armée britannique pour les Premières nations, la Police à cheval du Nord-Ouest adopte par conséquent la tunique rouge et des pantalons bleus. Les candidats doivent être des hommes âgés de 18 à 40 ans, de solide constitution et de bonne moralité, sachant lire et écrire, en anglais ou en français, et monter à cheval. Le salaire est de 75 cents par jour pour les sous-constables et 1 dollar pour les constables. Bien que des hommes de tous horizons puissent postuler, la majorité de ceux acceptés ont une expérience militaire ou policière.

En août 1873, les 150 premières recrues sont envoyées à Lower Fort Garry (maintenant Winnipeg) où, sous le commandement du premier commissaire des forces, George A. French, elles s’entraînent le long des lignes d’un régiment de cavalerie. Elles s’exercent à l’utilisation de revolvers et de carabines, et d’artillerie de campagne légère. Sur les recommandations du commissaire French, 150 recrues supplémentaires sont envoyées à Lower Fort Garry le printemps suivant.

Marche vers l’Ouest

Le 8 juillet 1874, 300 hommes et officiers de la Police à cheval du Nord-Ouest partent de Dufferin, au Manitoba, pour une marche épuisante de 1 300 kilomètres à travers une prairie quasiment vierge, qui dure deux mois. Les hommes et les chevaux sont confrontés à des conditions climatiques extrêmes, à la faim, à de l’eau souillée, à la maladie et à des nuées de moustiques et de mouches noires avant d’atteindre La Roche Percée au sud de la Saskatchewan. Le contingent se sépare alors. La majeure partie de la troupe « A », sous le commandement de l’inspecteur W.D. Jarvis, remonte vers le nord-ouest établir un poste de police à Fort Edmonton.

Entre-temps, George French descend vers le sud pour acheter des fournitures et de nouveaux chevaux à Fort Benton. Puis, accompagné du commissaire adjoint James F. Macleod, il conduit les troupes « B », « C », « F », et le reste de la troupe « A » vers l’ouest, avec l’objectif d’atteindre Fort Whoop-Up. L’éclaireur métis Jerry Potts leur sert de guide.

Les hors-la-loi de Fort Whoop-Up s’enfuient avant l’arrivée de la police. Les chefs autochtones, comme Crowfoot, le chef des Pieds-Noirs, sont heureux de voir la police arrêter quelques trafiquants de whisky restés dans les parages. Le commerce illégal est réprimé sans avoir à tirer un seul coup de feu.

Relations avec les Premières nations

Pendant une quinzaine d’années, la Police à cheval du Nord-Ouest s’efforce de tisser des relations étroites avec les Premières nations, mais celles-ci sont complexes, et pas toujours bénéfiques aux peuples autochtones. La police établit des liens diplomatiques avec la Confédération des Pieds-Noirs, et une amitié naît entre James MacLeod et Crowfoot. De telles relations permettent à la Police à cheval du Nord-Ouest de jouer un rôle essentiel quand il s’agit de convaincre les chefs autochtones de signer des traités avec le gouvernement canadien et de déplacer leurs peuples vers des réserves. Ces traités obligent les Premières nations à abandonner de vastes étendues de territoires et leurs modes de vie traditionnels, les réduisant ainsi à un état de dépendance vis-à-vis du gouvernement. Par la suite, la Police à cheval du Nord-Ouest ne sait pas non plus protéger les intérêts des Autochtones lorsque les colons blancs déferlent sur la région, ni à l’arrivée du chemin de fer du Canadien Pacifique.

Cependant, l’établissement de postes de police, tels que Fort Macleod, met fin à la brève période « Far West » du Canada, qui cause beaucoup de torts aux collectivités autochtones. Comme l’affirme Crowfoot à la signature du Traité n°7 avec les Pieds-Noirs en 1877 : « Si la police n’était pas venue jusqu’ici, où serions-nous maintenant? Les hommes mauvais et le whisky nous tuaient tellement vite que peu d’entre nous auraient survécu. La Police à cheval nous a protégés comme les plumes de l’oiseau le protègent des gelées de l’hiver. Je leur souhaite bonne chance à tous et je suis sûr que la bonté fera son chemin dans nos cœurs à partir de maintenant. »

L’attitude de la Police à cheval du Nord-Ouest envers les Premières nations contraste nettement avec celle de l’armée des États-Unis au sud de la frontière, ouvertement en guerre avec les peuples autochtones. En 1876, après la bataille de Little Bighorn aux États-Unis, des milliers de Sioux fidèles au chef Sitting Bull cherchent refuge au Canada plutôt que de se rendre aux soldats américains. La Police à cheval du Nord-Ouest désamorce alors une potentielle crise diplomatique en contribuant à convaincre les Sioux de retourner finalement aux États-Unis.

Rébellion du Nord-Ouest

Au début des années 1880, la contestation monte parmi les Métis et dans les réserves des Premières nations en raison de la disparition des troupeaux de bisons, de l’échec des cultures, de l’arrogance des arpenteurs du chemin de fer du Canadien Pacifique et de la désillusion à l’égard du gouvernement d’Ottawa. Les effectifs de la Police à cheval du Nord-Ouest passent à 500 hommes, mais cela reste insuffisant par rapport aux responsabilités qui augmentent, et qui englobent désormais un rôle restreint dans le sud de la Colombie-Britannique. Ottawa ne tient pas compte des avertissements de la Police quant aux troubles potentiels dans la vallée de la Saskatchewan si les griefs ne sont pas pris en compte.

En 1885, sous le commandement de Louis Riel et avec le soutien du chef des Cris Big Bear, les Métis se rebellent contre le gouvernement canadien, prenant les armes lors d’une insurrection violente. Les combats qui suivent font des centaines de victimes, y compris huit constables, avant que la rébellion du Nord-Ouest soit réprimée par la police et les troupes fédérales. La défaite des rebelles, et la pendaison de Louis Riel qui s’ensuit, marque la soumission des Métis et des peuples des plaines par Ottawa, et l’application permanente de la loi canadienne dans l’Ouest.

La loi et l’ordre

À la suite de la rébellion, le gouvernement augmente l’effectif de la Police à cheval du Nord-Ouest à 1 000 hommes et nomme à sa tête Lawrence Herchmer avec la mission de moderniser la force. Le commissaire Lawrence Herchmer entreprend d’améliorer la formation et les méthodes de prévention des crimes, préparant ainsi la police à faire face aux vagues de colons qui arrivent.

La police se charge de remplir un nombre important de devoirs civiques, du bureau de poste à la collecte des droits de douane. Elle se porte au secours des enfants perdus et récupère le bétail manquant à l’appel. Les chirurgiens de la P.C.N.-O. soignent souvent les civils. Les constables font appliquer la loi et assurent le maintien de la paix dans les communautés blanches comme dans les réserves autochtones. Les enquêteurs de la P.C.N.-O. s’occupent des crimes, tels que les vols et les meurtres, et se révèlent efficaces dans la lutte contre les bandes de voleurs de bétail qui sévissent le long de la frontière avec les États-Unis.

Le gouvernement libéral du premier ministre Wilfrid Laurier, élu en 1896, veut démanteler la Police à cheval du Nord-Ouest au motif qu’elle a fait son temps. Cependant, cette idée n’est pas la bienvenue dans l’Ouest, où les meurtres des sergents William Wilde et Colin Colebrook, respectivement par le guerrier de la tribu des Gens-du-Sang Charcoal et un jeune Cri, Almighty Voice, alimentent les craintes d’un « soulèvement ». Entre-temps, un autre événement significatif beaucoup plus au nord prouve la nécessité de conserver la P.C.N.-O.

Ruée vers l’or et années de changement

L’inspecteur Charles Constantine a déjà établi un poste de la P.C.N.-O. près de la collectivité de Forty Mile au Yukon, lorsqu’en 1896 la nouvelle d’un important filon d’or sur la rivière Klondike provoque la ruée vers le nord d’aventuriers en quête de fortune. La P.C.N.-O. met rapidement en place des postes de contrôle sur les routes qui mènent à Dawson City, la capitale de la ruée vers l’or. Ils font respecter strictement la réglementation, y compris le fait que les prospecteurs doivent emporter suffisamment de provisions pour tenir un an dans le Klondike, ce qui empêche bon nombre d’entre eux de mourir de faim et de froid. Les criminels en provenance de Skagway en Alaska sont empêchés de passer. La ruée vers l’or du Klondike se déroule de manière ordonnée et relativement exempte de criminalité.

En 1900, après la fin de la ruée vers l’or, la P.C.N.-O. étend son autorité au nord du cercle arctique et établit en 1903 le premier poste de police en Arctique à Fort McPherson. La force de police devient mondialement connue. Un détachement de la P.C.N.-O. représente le Canada à Londres au jubilé de diamant de la reine Victoria en 1897. D’autres contingents participent au couronnement du roi Édouard VII et à celui du roi George V. En 1904, le roi confère à la Force le titre de« royale ».

Pendant la Première Guerre mondiale, les membres de la R.G.C.N.-O. sont exemptés du service militaire, car ils sont jugés utiles sur le front intérieur pour décourager les actes de sabotage ennemis. En 1920, la R.G.C.N.-O. fusionne avec la police du Dominion pour former la Gendarmerie royale du Canada (GRC).