Léa Pool, C.M., cinéaste, réalisatrice, documentariste, scénariste, productrice (née le 8 septembre 1950 à Soglio, Suisse). Grâce à un cinéma d’introspection, Pool suggère une approche du personnage féminin dépourvue de tout stéréotype. Par l’exploration des thèmes de l’amour, de l’exil ou du déracinement, elle souhaite emmener le spectateur à une réflexion sur sa propre condition, à travers son individualité. Souvent comparée à Marguerite Duras, son œuvre cinématographique, bien qu’intimiste, rassemble un public de toutes les générations.

Jeunesse et début de carrière

Née d’un père juif polonais et apatride ayant dû fuir son pays pendant la Deuxième Guerre mondiale pour s’installer en Suisse et d’une mère catholique originaire de ce pays, Léa Pool porte le nom de sa mère. En 1975, âgée de 25 ans, elle émigre au Canada et entreprend des études en communications à l’Université du Québec à Montréal. Elle expérimente différents médias d’expression et s’intéresse, entre autres, au court métrage, au documentaire ainsi qu’aux séries télévisées.

Elle tourne un premier court métrage, Laurent Lamerre, portier, en 1978, mais c’est en 1980 qu’elle réalise son premier long métrage, un poème cinématographique intitulé Strass Café. Sur des images en noir et blanc qui évoquent la léthargie d’une ville, le film relate l’aventure abstraite d’inconnus solitaires qui jamais ne se rencontrent.

Par la suite, en 1980-1981, elle collabore à une série présentée sur les ondes de Radio-Québec (aujourd’hui Télé-Québec), Planète et Eva en transit, créée par des minorités culturelles et visant à donner la parole à celles-ci.

La femme de l’hôtel (1984) et Anne Trister (1986)

La cinéaste signe en 1984 La femme de l’hôtel, un film primé dans de nombreux festivals du circuit international du film (Montréal, Toronto, Créteil, Chicago, Denver), puis Anne Trister en 1986. Ce dernier, semi-autobiographique, relate l’histoire d’Anne, une jeune peintre immigrante jouée par Albane Guilhe, à son arrivée à Montréal. Tout au long de cette œuvre, des éléments ayant appartenu à cinq ou six personnes qui ont marqué l’existence de la cinéaste s’entrelacent à des fragments de sa propre vie. La quête de l’identité féminine y est omniprésente.

Dans ce film, la jeune actrice Lucie Laurier, alors âgée de 10 ans, se fait remarquer par sa brillante prestation; elle se retrouve en lice dans la catégorie Meilleure actrice de soutien aux Prix Génie en 1987. Louise Marleau, dont la performance est tout aussi mémorable, y incarne le personnage d’Alix, l’amie-amante d’Anne. Le film popularise la chanson De la main gauche composée par Jean Fredenucci et chantée par Danielle Messia. Cette pièce musicale, dont les métaphores évoquent la réticence à parler de ses sentiments et à dévoiler son amour, sera reprise par un grand nombre d’interprètes, dont la chanteuse québécoise Luce Dufault.

À corps perdu (1988)

Vient ensuite À corps perdu, une adaptation du roman Kurwenal de l’auteur français Yves Navarre, qui élève Léa Pool au statut de réalisatrice de premier plan. Le film est présenté en compétition officielle aux festivals internationaux du film de Venise et de Chicago en 1988.

La cinéaste tourne par la suite Hotel Chronicles. Ce long métrage documentaire, réalisé en 1990 dans le cadre de la série « Parler d’Amérique » de l’Office national du film, décrit les grands mythes américains, les liens entre l’art et la réalité ainsi que la place qu’occupe la femme moderne dans la société.

En 1991, Léa Pool réalise La demoiselle sauvage, un film tourné intégralement dans le Valais, en Suisse. Elle y dépeint une jeune fille nommée Marianne, dont le passé est aussi imprécis que ce qui pourrait surgir dans sa vie, qui semble figée dans le temps. « Tous mes personnages principaux sont sur la brèche. On ne sait jamais s’ils chuteront ou s’ils pourront continuer à avancer »,déclarait un jour la cinéaste à propos de ses films. La demoiselle sauvage en est une parfaite illustration.

En 1992, elle participe au projet collectif Montréal vu par…,auquel contribuent plusieurs cinéastes, dont Denys Arcand, Michel Brault et Atom Egoyan.Elle y signe Rispondetemi, un court métrage qui décrit le parcours effréné d’une jeune homosexuelle entre la vie et la mort, que les flash-back viennent happer tout au long de son trajet périlleux en ambulance.

Mouvements du désir (1994)

La cinéaste poursuit sa lancée avec Mouvements du désir, un drame sentimental dont l’histoire d’amour se déroule essentiellement à l’intérieur d’un train entre Montréal et Vancouver. Léa Pool dit avoir été inspirée par Fragments d’un discours amoureux, un livre de Roland Barthes. Le film récolte huit nominations aux prix Génie et est littéralement encensé par la critique :

« Léa a créé un film qui séduit autant la tête que le cœur avec des thèmes comme l’amour, le voyage, la famille, le mystère et la tension irrépressible d’un désir charnel au bord de l’explosion. »

‒ John Griffin, The Gazette

« Le huitième film de Léa Pool est certainement son plus universel et s’inscrit comme le premier film érotique dans l’histoire du cinéma québécois. »

‒ Huguette Roberge, La Presse

Emporte-moi (1997) et Lost and Delirious (1999)

En 1997, elle réalise un documentaire sur la vie de l’auteure québécoise Gabrielle Roy puis, en 1999, Emporte-moi, dont la scénarisation a été faite en collaboration avec la romancière canadienne Nancy Huston. Ce film, mettant en vedette la jeune Karine Vanasse, remporte le prix spécial du jury œcuménique à la Berlinale (Festival international de Berlin) ainsi que plusieurs autres distinctions, dont le prix Jutra du Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec en 2000.

En 2001, Léa Pool tourne son premier long métrage en anglais, Lost and Delirious, avec la Canadienne Jessica Paré et les actrices américaines Piper Perabo et Mischa Barton.Le film est projeté en première au Festival Sundance et récolte le prix Jutra du Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec. Ces deux derniers opus cinématographiques traitent d’une quête identitaire (féminine et sexuelle) durant cette période transitoire qu’est l’adolescence.

Le papillon bleu (2004) et Maman est chez le coiffeur (2008)

En 2004, Pool réalise Le papillon bleu, un film qui, s’adressant à un plus vaste public, rejoint la famille. L’acteur américain William Hurt y incarne le rôle du célèbre entomologiste québécois fondateur de l’Insectarium de Montréal, Georges Brossard.

Léa Pool adore mettre en scène des enfants dans ses films. Dans Maman est chez le coiffeur, sorti en 2004, elle fait appel à une ribambelle de 13 jeunes comédiens âgés de 7 à 14 ans. Elle leur accorde la liberté et la confiance, deux ingrédients de base, dit-elle, de sa recette filmique. De plus, elle n’hésite pas à changer une réplique compliquée pour des mots plus familiers, plus adaptés à l’enfant. Le thème de l’abandon est très présent dans ce film qui aborde la question du divorce dans les familles québécoises à l’époque des années 1960.

Elle propose par la suite La dernière fugue (2010), d’après le roman Une belle mort de Gil Courtemanche, qui traite du droit à mourir dans la dignité. Bien que sélectionné comme film d’ouverture pour les Rendez-vous du cinéma québécois en 2010, le film ne connaît pas le même succès que les précédents sur le circuit des festivals.

La passion d’Augustine (2015)

En 2015, le public peut voir La passion d’Augustine sur grand écran. L’histoire, dont le scénario est signé Marie Vien, se déroule elle aussi durant la Révolution tranquille. Alors que les établissements scolaires se laïcisent, une communauté religieuse qui gère un couvent musical situé sur les rives du Richelieu doit faire face au chambardement sociologique. Une adolescente, virtuose du piano, fait son apparition dans cette école où vivent des jeunes filles pensionnaires. En faisant ce film, Léa Pool a le sentiment d’avoir beaucoup appris sur la culture québécoise et les enjeux de cette ère révolue :

« J’ai découvert ce que les religieuses ont apporté à la société québécoise. Il ne faut pas oublier qu’elles ont fondé les premières écoles et les premiers hôpitaux sur le territoire. Elles ont accompli des choses remarquables. Elles symbolisent notre patrimoine national qu’on ne devrait pas balayer d’un revers de la main », confie-t-elle en entrevue.

Léa Pool accorde généralement une grande place à la musique dans ses films, et c’est encore plus vrai dans celui-ci. Mère Augustine, jouée par Céline Bonnier, met tout en œuvre pour sauver son institution, qui est un joyau musical, en remportant tous les concours musicaux à l’échelle de la province. D’ailleurs, la comédienne qui incarne la virtuose, Lysandre Ménard, était une étudiante du Conservatoire de musique de Montréal. Pool préférait lui enseigner les rouages du cinéma plutôt que de pénaliser le jeu de piano dans son film. Les arrangements musicaux de cette production ambitieuse ont été créés par François Dompierre.

Récipiendaire de plusieurs prix sur le circuit international des festivals du film, La passion d’Augustine récolte 10 nominations aux Prix Jutra, dont celles du Meilleur film et de la Meilleure réalisation.

Documentariste investie

En 2011, à l’invitation de la productrice Ravida Din de l’ONF, Léa Pool pose un regard critique sur l’industrie du ruban rose qui sert à la cause du cancer du sein par le biais d’un long métrage documentaire. Elle y démontre que bien que cette noble cause soit nécessaire et portée par une grande solidarité féminine, les grandes entreprises profitent largement du petit ruban symbolique pour redorer leur image. « L’espoir, soutient-elle dans une entrevue accordée à la journaliste Nathalie Petrowski, c’est de poser des questions et de lancer le débat ».

Prix et récompenses

  • Prix du Meilleur film canadien (La femme de l’hôtel), Festival international du film de Toronto (1984)
  • Prix du public (Anne Trister), Festival international de films de femmes de Créteil, en France (1986)
  • Prix de l’Association québécoise des critiques de cinéma (À corps perdu) (1988)
  • Prix de la Société générale des industries culturelles (À corps perdu) (1988)
  • Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de France (1994)
  • Prix spécial du Jury œcuménique (Emporte-moi), Festival international du film de Berlin (1998)
  • Prix Rockie de la meilleure émission historique et biographique (Gabrielle Roy), Festival international de la télévision de Banff (1998)
  • Prix du Meilleur documentaire (Gabrielle Roy), Prix Gémeaux (1998)
  • Prix du Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec (Emporte-moi), Prix Jutra (1999)
  • Prix du public (Lost and Delirious), Festival du film de Stockholm (2001)
  • Prix du Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec (Lost and Delirious), Prix Jutra (2002)
  • Prix Albert-Tessier, Prix du Québec (2006)
  • Prix Reconnaissance (Faculté de communication), Université du Québec à Montréal (2006)
  • Prix Femmes de mérite, Fondation Y des femmes (2006)
  • Prix du Film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec (Maman est chez le coiffeur), Prix Jutra (2009)
  • Membre de l’Ordre du Canada (2013)
  • Valois du public (La passion d’Augustine), Festival du film francophone d’Angoulême (2015)
  • Meilleur scénario et Prix du public (La passion d’Augustine), Festival du cinéma et musique de film de La Baule, France (2015)
  • Meilleur long métrage de fiction (La passion d’Augustine), Rehoboth Beach Independent Film Festival, Delaware (2015)
  • Meilleur film, Meilleure réalisatrice et Meilleur scénario (La passion d’Augustine), Newport Beach Film Festival, Californie (2015)
  • Directrice honoraire, Female Eye Film Festival (2015)
  • Prix du public (La passion d’Augustine), Rencontres cinématographiques de Cannes, France (2015)