Phase 1

La phase 1 du projet est réalisée au coût de 13,7 milliards et nécessite d’énormes captages d’eau des rivières Eastmain, Opinaca et Caniapiscau vers des réservoirs artificiels sur la Rivière la Grande. Le débit moyen de la rivière La Grande passe de 1700 à 3300 m3/s. Un déversoir en gradins de trois fois la hauteur des chutes du Niagara est creusé à coups d’explosifs dans le sous-sol rocheux. Terminée en 1982, la centrale La Grande 2 (LG-2), désormais connue sous le nom Robert-Bourassa, demeure le plus important site de production d’énergie d’Amérique du Nord. D’une longueur de 483 m, la centrale génère une puissance électrique de 7 722 MW. L’achèvement de LG-3, en février 1984, et celui de LG-4, en mai 1984, complète la phase 1 du projet.

Les effets du projet de la baie James sur les peuples autochtones et l’environnement soulèvent une controverse. Il inonde 11 500 km2 de terres sauvages habitées par les Cris et les Inuits de la baie James, ce qui provoque une contamination du poisson par le mercure libéré par la décomposition des végétaux dans les réservoirs et cause la mort d’environ 10 000 caribous. À son annonce par le premier ministre du Québec Robert Bourassa en 1971, le projet est contesté par les Cris, qui n’en avaient pas été informés. En 1975, la Convention de la Baie James et du Nord Québécois met fin au différend : les Cris cèdent leurs revendications territoriales contre 225 millions de dollars, mais conservent des droits de chasse et de pêche spéciaux. Le village de Fort-George (pop. 2 373), à l’embouchure de la rivière La Grande, est déménagé en amont et s’appelle désormais Chisasibi. Le village d’Eastmain (pop. 356) est maintenant situé dans un estuaire d’eau salée, la rivière Eastmain ayant été réduite à un mince filet d’eau. De vastes zones sauvages sont inondées et des forêts incendiées dans un effort pour se débarrasser des débris.

Phase 2

La phase 2 du projet commence en 1989 avec l’aménagement de LG-1 à l’embouchure de la rivière La Grande, à l’endroit où celle-ci se jette dans la baie James. La phase 2 consiste en la construction du complexe de Grande Baleine et en d’autres barrages sur les rivières Grande-Baleine, Nottaway et Rupert. Les Cris s’opposent d’autant plus vigoureusement à cette phase du projet qu’à la première. Ils se battent contre le gouvernement devant les tribunaux et font entendre leur voix au sud de la frontière canadienne, car l’électricité générée par la phase 2 était destinée aux États américains de New York, du New Hampshire, du Maine et du Vermont. Pendant plusieurs années, les activistes cris exercent des pressions auprès des législatures américaines en les implorant de ne plus participer aux projets de la baie James. En 1992, Mario Cuomo, alors gouverneur de l’État de New York, ordonne à la New York Power Authority d’annuler l’engagement pris avec Hydro-Québec et de se concentrer sur la conservation de l’énergie et l’achat d’électricité provenant d’autres sources. L’achèvement du complexe de Grande-Baleine est suspendu indéfiniment, faute d’acheteur potentiel d’hydroélectricité.

Au cours des phases 1 et 2 du projet de la baie James, les eaux de neuf rivières sauvages ont été déviées et endiguées, inondant une zone d’une superficie comparable à celle de la Belgique.

Prochaine étape

En 2002, les Cris et le gouvernement du Québec signent un nouvel accord nommé la Paix des Braves, qui s’appuie sur la Convention de la baie James et du Nord québécois. Il stipule que les Cris et le gouvernement sont conjointement responsables de gérer les terres cries et d’en partager les revenus tirés des ressources minières, forestières et hydroélectriques. Une entente conclue 2004 ouvre la voie au détournement d’une des plus grandes rivières du Québec, la rivière Rupert, dans le cadre d’un projet d’une valeur de 4 milliards de dollars.