Lord Durham est un homme politique britannique envoyé en Amérique du Nord en 1838 pour enquêter sur les causes des rébellions simultanées de l’année précédente dans les colonies du Haut-Canada et du Bas-Canada. Le célèbre Rapport Durham mène à une série de réformes et de changements, y compris l’union des deux Canadas. Il ouvre ainsi la voie au gouvernement responsable, une étape essentielle dans l’évolution de la démocratie canadienne.

Les idées progressistes d'un réformateur

John George Lambton, comte de Durham, est un réformateur politique de Grande-Bretagne. Il est nommé gouverneur général de l’Amérique du Nord britannique par le premier ministre de l’Empire, Lord Melbourne, pour examiner les doléances des habitants des colonies britanniques du Haut-Canada et du Bas-Canada après les Rébellions de 1837. Durham arrive au Canada en mai 1838, mais il abandonne ses fonctions quatre mois plus tard en réponse à un différend avec le gouvernement de Londres. De retour en Grande-Bretagne, il dépose en 1839 son rapport sur la situation enAmérique du Nord britannique.

Bien que controversé, le Rapport offre des recommandations progressistes pour l’époque. Durham propose de créer des gouvernements municipaux et une Cour suprême dans les colonies d’Amérique du Nord britannique. Il offre aussi une solution à la question des terres dans l’Île-du-Prince-Édouard. Son plan à long terme concernant l’union de toutes les colonies d’Amérique du Nord britannique est abandonné, car la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ne s'y intéressent pas. (Il faudra une trentaine d'années pour que la Confédération réalise l’union des colonies).

La principale recommandation du Rapport concernant l’union du Haut-Canada et du Bas-Canada est acceptée. Cette recommandation et l’appel de Durham pour que la Grande-Bretagne accorde le gouvernement responsable aux colonies d’Amérique du Nord britannique découlent de son analyse des causes des deux rébellions.

Deux nations en guerre

Au Bas-Canada, dont la majorité de la population est francophone, Durham constate des problèmes à caractère plutôt racial que politique. Il y trouve « deux nations en guerre au sein d’un même État ». Durham fait preuve d'un certain chauvinisme quand il recommande d’assimiler la population canadienne-française, qui pour lui est « un peuple sans histoire ni littérature ». Pour ce faire, il préconise l’union législative des deux Canadas qui sera dominée par la majorité anglophone. Ainsi, les francophones ne pourraient tendre vers un but ethnique et les marchands, pour la plupart anglophones, maintiendraient une économie forte dans la vallée du Saint-Laurent, garantissant par-là un avenir prospère.

Durham croit que le triomphe du capitalisme se traduira par l’harmonie et la paix si on met également en œuvre des réformes politiques. Au Haut-Canada, il dénonce les défauts du système constitutionnel, dans lequel le pouvoir est monopolisé par « une petite clique de Tories, corrompue et insolente ». Ce Pacte de Famille fait obstacle au développement économique et social d’une colonie potentiellement riche, causant ainsi le mécontentement ayant mené à la rébellion. La solution proposée par Durham : un système dans lequel les gouvernements coloniaux seraient responsables envers l’électorat plutôt que devant le gouverneur ou la Couronne, à tout le moins sur le plan intérieur. Pour ce faire, il faudrait que l’Exécutif (ou Cabinet, en termes modernes) ait le soutien de la majorité des membres de l’assemblée élue. Une telle réforme réduirait le pouvoir du Pacte de famille, stimulerait le développement des colonies, renforcerait leurs liens avec la Grande-Bretagne, et minimiserait l'influence américaine.

Gouvernement responsable

Bien que le Rapport Durham ait été rejeté par l’élite conservatrice du Haut-Canada, les réformateurs locaux et ceux de la Nouvelle-Écosse saluent l'idée du gouvernement responsable. Au Bas-Canada, les conservateurs anglophones de Montréal soutiennent l’union, car ils y voient un moyen de surmonter l’opposition de la population canadienne-française à leurs projets de développement économique. Les Canadiens français, quant à eux, résistent à l’idée d'une union et réaffirment leur détermination à défendre leur nationalité. Le gouvernement britannique finit par accepter la recommandation de Durham d’unifier les deux Canadas (voir Acte d’Union). En 1841, la Province unie du Canada voit le jour.

En revanche, le gouvernement responsable ne passe pas, car les leaders du gouvernement impérial croient que le contrôle administratif des colonies est essentiel au maintien de leur allégeance envers la Grande-Bretagne. Ce n’est qu’en 1847 que la Grande-Bretagne accorde l'autonomie aux colonies, après les élections d’un nouveau gouvernement à Londres qui cherche à réduire les dépenses coloniales. En 1848, les réformateurs de la Nouvelle-Écosse, dont Joseph Howe, forment le premier gouvernement responsable de l’Empire britannique. Plus tard cette année-là, les réformateurs, avec à leur tête Robert Baldwin et Louis H. La Fontaine, créent un ministère responsable dans la Province unie du Canadas. Plus tard, le Nouveau-Brunswick, l’Île du Prince-Édouard et Terre-Neuve-et-Labrador adoptent le même système.

Le Rapport Durham est controversé, car il recommande d’assimiler la population canadienne-française par l’union du Haut-Canada et du Bas-Canada. Durham devient ainsi un personnage détesté des Canadiens français. On considère toutefois son rapport comme déterminant dans le développement de la démocratie canadienne et dans l'obtention de son autonomie politique, surtout grâce à son appui au gouvernement responsable.