Raquette

  La raquette est une forme d'activité physique qui se pratique à l'aide de larges « semelles » à cadre de bois garni de fibres entrecroisées, pour marcher ou courir sur la neige. Chez les autochtones d'Amérique du Nord, il s'agissait d'un moyen de déplacement habituel, et probablement d'un sport. La raquette a tôt fait d'être adoptée par les trappeurs. Autour des années 1840, 12 Montréalais anglophones se réunissent tous les samedis après-midi pour faire de la raquette. En 1843, le groupe, qui compte certains des hommes d'affaires les plus influents de la ville, forme le Montreal Snow Shoe Club (MSSC), première organisation du genre au monde. Nicholas « Evergreen » Hughes joue un rôle clé dans l'organisation du club et dans l'expansion de ce sport.

Randonnées

 Les randonnées de longue distance constituent la forme d'activité la plus courante pendant presque 20 ans. Des membres du MSSC ainsi que ceux d'une poignée d'autres clubs se donnent rendez-vous près du McGill College pour participer à une excursion de 19 km ou plus. Les randonneurs suivent à la file le principal responsable du club. Le guide, un raquetteur d'expérience dont la tâche consiste à garder le groupe ensemble, ferme la marche. À la moitié du parcours, ou à la fin, les raquetteurs prennent une pause dans une taverne de la ville ou du mont Royal. Les raquetteurs y mangent, y chantent des chansons comme Rise, Ye Sons of Canada et Partant pour la Syrie, y récitent des poèmes et y dansent des cotillons. Des courses ont lieu dès 1843. Elles comportent des sprints, des épreuves de 3,2 km et des courses de haies hautes de 1,2 m. Tout porte à croire que la course de haies en raquettes a fait son apparition une dizaine d'années avant l'épreuve similaire en athlétisme. (Dans le même ordre d'idées, le mot jogged était utilisé pour décrire le mouvement lent et haletant des raquetteurs au début des années 1870.) Avant la Deuxième Guerre mondiale, les athlètes de piste et pelouse font de la raquette pour s'entraîner l'hiver, en l'absence d'installations intérieures adéquates.

À la fin des années 1860, les clubs de raquettes sont déjà fort nombreux à Montréal et des courses. ont lieu régulièrement. L'intérêt accru pour la compétition se traduit par des trophées prestigieux, comme la coupe Tecumseh; par de nouvelles épreuves, comme la course d'obstacles en montagnes; par l'apparition de compétiteurs exceptionnels, dont Keraronwe et W.L. Maltby, raquetteurs rapides; par des temps améliorés dans toutes les épreuves (1,6 km en 6 min est devenu normal); par l'arrivée de raquettes de course de 0,68 kg au lieu de 1,8 kg ; et par la naissance de clubs de compétition à Ottawa, Toronto et Québec. De plus, des organisations de patinage sur glace présentent des courses de raquettes comme première épreuve de leurs courses annuelles. Les courses de raquettes ont même leur propre vocabulaire, par exemple le mot « brosser », qui signifie accélérer pour doubler un autre raquetteur. Dans les années 1880, la raquette est sans contredit l'activité hivernale la plus pratiquée.

De Winnipeg à Terra Nova, à Terre-Neuve, la présence de clubs de raquette témoigne de l'importance de ce sport. Le MSSC contribue à la formation d'une organisation multisport soit l'Association athlétique amateur de Montréal en 1881. Par ailleurs, entre 1883 et 1889, en collaboration avec d'autres clubs de raquette de Montréal, le MSSC organise, promeut et parraine le célèbre Mardi gras ou carnaval d'une durée d'une semaine.

Les raquetteurs donnent aussi des concerts, participent à des campagnes de financement et organisent des clubs de marche en été. En surmontant les rigueurs du climat, les engelures, la douleur causée par des orteils en sang et les points de côté omniprésents, ils incarnent le phénomène sportif du XIXe siècle propre au Canada, appelé familièrement « christianisme musclé ».

Dans les années 1890, le regain de faveur dont jouit le patinage et l'enthousiasme que suscite un nouveau sport d'hiver, le HOCKEY SUR GLACE, mettent fin aux belles années de la raquette. Au début du XXe siècle, Winnipeg devient le siège de ce sport et, en 1907, est fondée l'Union canadienne des raquetteurs, qui régit les 70 clubs modernes de raquette.