Raymond Gervais, artiste conceptuel avant-gardiste (né en 1946 à Montréal, au Québec), réalise des installations et des performances multidisciplinaires et multimédiatiques. L’histoire de l’art, particulièrement celle de la musique d’avant-garde, influence grandement cet artiste érudit, qui explore le processus de l’écoute, la tension entre la sonorité et le silence ainsi que la relation entre le son, le texte et l’image. Ses œuvres se trouvent notamment dans les collections du Musée d’art contemporain de Montréal, du Musée national des beaux-arts du Québec et du Musée des beaux-arts du Canada. Il a reçu en 2014 le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques.

Jeunesse, formation et influences

Alors que son père répare fréquemment des téléviseurs et des postes de radio, le jeune Raymond Gervais est constamment exposé à divers sons qui ponctueront son œuvre : bruit blanc, statique, disques qui sautent et musique, bien sûr. Par ailleurs, au début des années 60, un oncle qui collectionne notamment les disques de jazz demeure un certain temps dans la maison familiale. Gervais est alors introduit à de nombreux musiciens et compositeurs de jazz (Edgar Varèse, Albert Ayler, Thelonious Monk, Brian Barley, etc.) qui inspireront plus ou moins directement plusieurs de ses créations.

De 1969 à 1971, il travaille comme disquaire à The Warehouse, un magasin de disques spécialisé en jazz et en musique du monde. En 1973, avec quelques amis musiciens (Vincent Dionne, Michel Di Torre, Yves Bouliane et Robert Marcel Lepage), il fonde l’Atelier de musique expérimentale (AME), une association à but non lucratif par le biais de laquelle les membres parviennent à organiser de petits concerts, à publier un manifeste dans la revue Médiart (en 1973) et à produire des expositions sur le thème de l’avant-garde musicale à Montréal, notamment au Musée d’art contemporain de Montréal. En parallèle, Gervais travaille à la radio de Radio-Canada comme animateur et recherchiste. Dès 1976, il commence à publier des articles sur la musique d’avant-garde dans la revue Parachute, fondée un an plus tôt.

Début de carrière

Raymond Gervais s’inscrit dans le monde des institutions artistiques dès 1973. S’il s’intéresse d’abord exclusivement à la musique, il réalise en 1975 la vidéo intitulée Commencer par / puisqu’à toute fin correspond, dans laquelle il explore à la fois les aspects visuels, sonores et textuels d’une performance musicale. Il y propose une déconstruction et une analyse de la physique de la performance et de l’écoute, tout en mettant en images les silences, les voix, les respirations et les qualités sonores de chaque instrument joué. Cette œuvre est en quelque sorte un programme idéologique exposant le processus de réflexion qui sera le fil conducteur de toute sa production.

En 1976, au Musée des beaux-arts de Montréal, l’artiste réalise sa première performance, Roche, pendant laquelle il joue avec une roche sur les cordes d’un piano ouvert. La même année, il crée sa première installation, 12+1=, qu’il présente à la Galerie Média : 13 tourne-disques, posés côte à côte sur une structure surélevée, jouent simultanément 13 morceaux différents, de durées variées. Par la mise en espace de disques, de pochettes, de tourne-disques ou d’instruments de musique, éléments omniprésents dans sa production, Gervais explore les tensions entre les images et les sons créés, entre la création et la diffusion de ces expressions multidimensionnelles. Les sons évoquent les images, les images évoquent les sons.

Mi-carrière

Au cours des années 80, Gervais explore le concept d’imaginaire sonore et consacre trois installations à la mise en images de l’univers de Claude Debussy. Dans Claude Debussy regarde l’Amérique (1989-1990), il crée une mise en scène unissant le compositeur français et ses intérêts pour la culture américaine. Au tournant des années 90, la musique et le son commencent à disparaître des installations de l’artiste au profit d’une réflexion et d’une expérience du silence. La sonorité est suggérée visuellement grâce à des photographies, des objets musicaux ou des textes.

En 1997, son installation à la fois minimaliste et colossale Le théâtre du son, déployée dans l’espace de la Chapelle historique du Bon-Pasteur à Montréal, évoque divers bruits et musiques grâce à de courtes expressions ou associations de mots. Celles-ci sont inscrites en noir sur des dizaines de pochettes de disques compacts blanches apposées au mur sur une mince tablette faisant le tour de la chapelle. Le texte, associé à la symbolique du disque compact, permet au visiteur plongé dans le silence et la concentration propres à ce lieu de recueillement de s’imaginer toutes sortes de sonorités disparates.

Projets récents

En 2001, l’installation Les couleurs de la musique (2000-2001), constituée de pochettes d’albums et de disques, est exposée à la Galerie René Blouin avant d’être acquise par le Musée national des beaux-arts du Québec. Cette même année, Gervais joue le rôle de commissaire pour l’exposition Phono Photo au centre Dazibao, à Montréal, dans le cadre d’un projet qui met en parallèle le disque et la photographie comme objets multiples de diffusion.

En 2011, la commissaire Nicole Gingras met sur pied une exposition rétrospective en deux volets de l’œuvre de Gervais. D’abord présentée à la Galerie Leonard & Bina Ellen de l’Université Concordia (automne 2011), puis au centre de l’image contemporaine VOX (automne 2012) sous le titre Raymond Gervais 3x1, cette exposition présente des dizaines d’œuvres multidimensionnelles de Gervais, allant de la vidéo d’une performance musicale de 1975 à des installations du début des années 2000 portant sur l’évocation sonore et imagée des mots,et illustre de manière remarquable la continuité de sa production. Le catalogue né de cette rétrospective contient notamment un long texte de l’artiste, dans lequel il raconte ses premières années de carrière et expose en détail ses influences musicales et sonores.

Prix et distinctions

En 2010, Gervais reçoit le prix Ozias-Leduc de la Fondation Émile-Nelligan pour l’ensemble de son œuvre. En 2014, il est récipiendaire d’un prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques.