Le Haut-Canada et le Bas-Canada sont bouleversés de 1837 à 1838 par des rébellions contre la Couronne britannique et la situation politique dans la colonie. Le soulèvement est plus important et plus violent au Bas-Canada. Les deux rébellions sont à l’origine du rapport Durham, un important document qui entraînera l’union des deux colonies (voir Acte d'Union) et l’adoption d’un gouvernement responsable, étapes indispensables vers le statut de nation indépendante.

Rébellion du Bas-Canada

La rébellion du Bas-Canada est dirigée par Louis Joseph Papineau, les Patriotes et les nationalistes canadiens-français plus modérés qui dominent ensemble l’Assemblée législative élue. Déjà dans les années 1820, ils s’opposent de façon pacifique à l’autorité de l’Église catholique et aux pouvoirs du gouverneur britannique et de ses conseillers non élus (voir Clique du Château), revendiquant le droit de contrôler les recettes de la colonie.

Londres rejette leurs revendications politiques, y compris leur plaidoyer pour la démocratie et un gouvernement responsable. Ce refus, couplé à la dépression économique qui touche les fermiers canadiens-français dans les années 1830 et aux tensions grandissantes entre ces derniers et la minorité anglophone majoritairement urbaine, mène à des manifestations partout dans la colonie et à un appel aux armes lancé par les Patriotes, plus radicaux.

Deux éruptions de violence marquent la rébellion. La première a lieu en novembre 1837, lors d’une série d’escarmouches et de combats entre les Patriotes et les troupes britanniques, appuyées par des milices anglophones. Après la défaite des rebelles, qui sont mal organisés, les Anglophones saccagent et brûlent des villages canadiens-français. Papineau et d’autres chefs rebelles s’enfuient aux États-Unis.

Avec l’aide de volontaires américains, une deuxième rébellion est lancée en novembre 1838, mais elle aussi est mal organisée et rapidement mise en déroute. Elle est suivie d’une autre vague de pillage et de dévastation dans les campagnes.

Les deux soulèvements font 325 morts, 27 parmi les soldats et le reste chez les rebelles. Près de 100 rebelles sont capturés. Après la défaite du deuxième soulèvement, Papineau quitte les États-Unis pour s’exiler à Paris.

Rébellion du Haut-Canada

Le soulèvement du Bas-Canada encourage les Anglophones radicaux de la colonie voisine (le Haut-Canada) à passer eux aussi à l’action contre la Couronne britannique. Toutefois, leur rébellion sera plus modeste et moins meurtrière.

La rébellion du Haut-Canada est dirigée par William Lyon Mackenzie, politicien et éditeur de presse d’origine écossaise qui critique ouvertement le Pacte de famille, une clique de fonctionnaires et d’hommes d’affaires qui dominent l’administration gouvernementale de la colonie par un système de népotisme. Mackenzie et ses partisans s’opposent à ce système et aux concessions de terres qui favorisent les colons britanniques au détriment de ceux qui viennent des États-Unis, dont plusieurs se voient refuser leurs droits politiques.

En 1837, après avoir tenté en vain pendant plusieurs années de changer les choses pacifiquement, Mackenzie convainc ses partisans les plus radicaux de tenter de prendre le contrôle du gouvernement et de faire de la colonie une république. En décembre, près de 1 000 hommes, des fermiers d’origine américaine pour la plupart, se rassemblent pendant quatre jours à la taverne Montgomery sur la rue Yonge à Toronto. Le 5 décembre, plusieurs centaines de rebelles pauvrement armés et mal organisés descendent la rue Yonge vers le sud et échangent des coups de feu avec une petite milice de loyalistes. La majorité des rebelles s’enfuient dans la confusion, une fois que les coups de feu retentissent.

Trois jours plus tard, les loyalistes chassent les derniers rebelles de la taverne, dont environ 120 soldats noirs sous le commandement du colonel Samuel Jarvis. Des centaines d’Afro-Canadiens s’engagent comme volontaires pendant les rébellions, donnant naissance à différentes unités de combat (connues collectivement sous le nom de Coloured Corps) à Chatham, Toronto, Hamilton, Sandwich (Windsor) et le long de la frontière américaine dans la région de Niagara.

Une deuxième confrontation, plus restreinte, éclate peu de temps après à Brantford, mais encore là, les rebelles sont dispersés.

Mackenzie et d’autres chefs rebelles s’enfuient aux États-Unis, suivis d’environ 200 personnes. Avec l’aide de volontaires américains, certains lancent des attaques sur le Haut-Canada et entretiennent l’agitation à la frontière pendant près d’un an. Appuyé par des Américains qui veulent libérer le Canada du pouvoir britannique, Mackenzie s’empare de l’île Navy dans la rivière Niagara (en amont des chutes) et proclame la république du Haut-Canada. Il est forcé de se retirer le 14 janvier 1838 après que des volontaires canadiens brûlent et laissent dériver au pied des chutes le navire ravitailleur des rebelles, le Caroline, qui approvisionne les forces de Mackenzie (voir Se rappeler le Caroline).

La rébellion fait long feu après 1838. Mackenzie s’exile pendant plusieurs années à New York, avant de retourner au Canada en 1849 quand il est amnistié. D’autres n’ont pas eu cette chance. Si les débuts de la rébellion ne coûtent la vie qu’à trois hommes, deux rebelles et un loyaliste, le gouvernement exécute plusieurs des rebelles capturés. (Voir aussi La jeune République américaine et les rébellions canadiennes de 1837 et 1838.)

Causes et conséquences

Les historiens ont du mal à s’entendre sur deux points : la popularité des rebelles et la nécessité historique de ces soulèvements. Certains croient que les rébellions étaient inévitables pour s’opposer à un système colonial non démocratique, inefficace et imposé par un gouvernement impérial basé à Londres, déconnecté de la réalité et résistant à toute réforme. D’autres estiment que les soulèvements ont inutilement répandu le sang et auraient même été jusqu’à retarder la réforme.

Une chose est claire : les rébellions ont mené à la mise sur pied de la commission dirigée par Lord Durham et à la rédaction du rapport Durham, qui recommande l’union des deux colonies. La Province du Canada voit le jour en 1841, ce qui pave la voie à l'adoption d’un gouvernement responsable.

Bien que les chefs rebelles aient été contrariés dans la poursuite de leur objectif, Papineau et Mackenzie sont devenus des héros populaires improbables pour s'être battus avec courage, sinon avec prudence, pour les idéaux démocratiques. Leur défaite a tracé la voie aux réformistes plus modérés comme Louis-Hippolyte Lafontaine dans le Canada-Est (ancien Bas-Canada) et Robert Baldwin dans le Canada-Ouest (ancien Haut-Canada), qui ont collaboré malgré la barrière linguistique à l’adoption de réformes démocratiques et d’un gouvernement autonome au Canada uni.