La rivière Saguenay coule sur une distance de 698 km depuis la source de la rivière Péribonca. Elle sort du lac Saint-Jean avant de traverser les hautes-terres Laurentiennes du Québec. Elle possède un bassin hydrographique de 88 000 km2 et un débit moyen de 1750 m3/s. Elle s'écoule du lac en deux chenaux qui se rejoignent une dizaine de kilomètres plus loin, près d'Alma.

Le fjord du Saguenay

La rivière Saguenay est majestueuse. Sa force et sa beauté naturelle sont légendaires. De Saint-Fulgence jusqu'au fleuve Saint-Laurent, la rivière coule dans une profonde entaille formée dans le roc précambrien. D'une largeur d'environ 2 km, sa profondeur atteint 275 m par endroits, et les falaises qui l'encadrent s'élèvent jusqu'à 500 m. Le bas Saguenay est un fjord creusé par les glaciers au cours de la dernière glaciation. Il y a 10 000 ans, le retrait des glaces a été suivi d'une invasion par la mer. Encore aujourd'hui, les marées montent aussi loin que Chicoutimi, où l'amplitude des marées d'équinoxe peut atteindre 6 m. À cet endroit, les couches d'eau douce et chaude des affluents flottent sur l'eau de mer froide et salée.

Les eaux profondes du Saguenay sont le lieu de reproduction du beluga, et il est possible d'y apercevoir des petits rorquals. Au confluent du Saint-Laurent, les eaux moins profondes regorgent de krill et de petits poissons, comme le capelan, ce qui attire d'autres mammifères marins : le phoque commun, le marsouin commun, le rorqual commun et même la baleine bleue. Le magnifique paysage de la rivière, en particulier le formidable cap Trinité (348 m), sur lequel on a dressé une énorme statue de la Vierge Marie en 1881, et le cap Éternité (352 m), à l'embouchure de la rivière du même nom, attirent les touristes depuis les années 1850.

Historique

Jadis, le Saguenay était le corridor d'un réseau de commerce qui s'étendait au-delà de la ligne de crête jusqu'au lac Mistassini et, plus loin, jusqu'à la Baie James. Tadoussac, au confluent du Saint-Laurent, était un point de rencontre des Algonquiens du bouclier et des Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent. Jacques Cartier visite l'embouchure de la rivière en 1535 et rassemble avec enthousiasme des récits qui évoquent un riche « royaume du Saguenay » dans le bassin de la rivière.

Le « royaume » n'était qu'une légende, et ce n'est qu'en 1647 que le missionnaire jésuite Jacques Dequen est le premier à remonter la rivière jusqu'à l'emplacement actuel de Chicoutimi. Le père Albanel atteint le lac Saint-Jean en 1671-1672. En 1600, Pierre Chauvin fonde à Tadoussac le premier poste de traite du Canada. La rivière demeure un axe important pour la traite des fourrures et, plus tard, pour le commerce du bois jusqu'au cours du XIXe siècle. La première colonie agricole voit le jour à la Baie en 1838. La construction d'une scierie à Chicoutimi en 1842 marque le début de l'industrialisation. Les usines de pâtes et papiers de Chicoutimi ouvrent leurs portes en 1898.

Le débit important du Saguenay et de ses affluents font de la vallée un des centres industriels du Québec. On y construit la première centrale hydroélectrique en 1925 à Isle-Maligne (402 000 kW). On érige l'immense barrage de Shipshaw (896 000 kW) au cours de la Deuxième Guerre mondiale pour alimenter la gigantesque fonderie d'aluminium d'Arvida (maintenant Jonquière).

Les centrales électriques de Chute-à-Caron (224 000 MW) sur le Saguenay et de la Chute-à-la-Savane (210 000 MW), de Chute-des-Passes (750 000 MW) et de la Chute-du-Diable (205 000 MW) sur la rivière Péribonca fournissent également de l'électricité aux usines de pâtes et papiers de Chicoutimi, de Jonquière et de La Baie.

Un certain nombre d'affluents du Saguenay ont débordé en juillet 1996, causant de terribles inondations et d'importants dégâts dans trois municipalités situées le long du Saguenay (Chicoutimi, Jonquière et La Baie). Le parc du Saguenay est voué à la préservation des terres, des deux côtés de la rivière, de la région de Chicoutimi à Tadoussac, tandis que le parc marin du Saguenay-Saint-Laurent voit à la protection des eaux du fjord.