Rose Ouellette (La Poune), C.Q., comédienne, auteure, compositrice et interprète (née le 25 août 1903 à Montréal, au Québec; décédée le 14 septembre 1996 à Montréal). Cette actrice burlesque, dont la carrière s’étend sur 75 ans, est la première femme à avoir dirigé deux théâtres en Amérique du Nord.

Début de carrière

Fille de François Ouellette et de Josephine Lasanté, Rose-Alma Ouellette est née dans le « faubourg à M’lasse », un quartier pauvre de l’est de Montréal. À l’adolescence, elle abandonne ses études et prend un emploi dans une usine de chaussures afin d’aider ses parents à subvenir aux besoins d’une famille nombreuse. Malheureusement, de ses 20 frères et sœurs, seulement 3 de ses sœurs atteignent l’âge adulte.

C’est à l’âge de 12 ans que Rose Ouellette découvre la scène. Elle gagne des concours de chants et de théâtre amateur. À 19 ans, après s’être produite à l’Ouimetoscope et à la Lune rousse à Montréal, Ouellette est remarquée par le comédien et chanteur Paul Hébert qui l’engage pour jouer au King-Edward Palace. C’est là qu’elle fait la rencontre d’Olivier Guimond (père) avec qui elle forme un duo qui devient rapidement populaire à l’échelle du Québec. À la suggestion de ce dernier, elle prend le nom de scène de « La Poune », un rappel à son propre nom d’artiste, « Ti-Zoune ». Elle débute ainsi une carrière prolifique dans le burlesque, un genre qui fait sa renommée et qu’elle continue à jouer jusqu’à ses 90 ans.

Composé de monologues humoristiques, de numéros de variétés (vaudeville, farces musicales, chansons, opérettes et danses) et de courtes pièces improvisées, ce genre théâtral domine la scène montréalaise entre 1920 et 1950. D’origine américaine, le burlesque est adapté pour le public canadien-français par Jean Grimaldi (dont la troupe présente des spectacles à travers le Québec, l’Ontario et l’est des États-Unis) et Olivier Guimond (père). Rose Ouellette est, pendant plusieurs années, la reine incontestée du genre.

Première femme à la direction de deux théâtres en Amérique du Nord

En 1928, alors qu’elle est à peine âgée de 25 ans, Ouellette prend la direction du Théâtre Cartier dans le quartier Saint-Henri à Montréal. Elle y forme une troupe qui compte dans ses rangs l’artiste Juliette Pétrie, qui sera sa plus grande complice sur scène. En 1936, La Poune devient directrice du Théâtre National. Sous sa direction, ce théâtre connaît un véritable âge d’or et fait salle comble 7 jours par semaine, tant en matinée qu’en soirée, et ce, durant 17 ans.

Chaque soir, le public vient l’entendre entonner l’un de ses plus grands succès, « C’est d’la faute à poupa » et les plus grands artistes de la scène québécoise s’y produisent : Arthur et Juliette Pétrie, Manda Parent, Hector Pellerin, Georges Leduc, Paul Desmarteaux, Juliette Huot, Juliette Béliveau, Rose Rey Duzil, Olivier Guimond (fils) et Olivier Guimond (père), Pierre Thériault, Jacques Normand, Léo Rivest et Claude Blanchard. C’est aussi au Théâtre National et sous sa protection que la chanteuse québécoise de renommée internationale, Alys Robi, fait ses débuts à 13 ans.

L’arrivée de la télévision (1952) et le développement des cabarets sonnent le glas de la pratique scénique du burlesque (voir Théâtre d’expression française). La télévision offre un divertissement gratuit qui ne demande pas de quitter sa maison et les cabarets, contrairement aux salles de théâtre, permettent la consommation d’alcool sur place et sont beaucoup plus rentables. En 1953, elle quitte la direction du Théâtre National pour se joindre à la troupe de Jean Grimaldi. En 1958, elle se tourne vers le cabaret où elle joue en compagnie de Juliette Pétrie, Gerry Morelle, Simone Mercier, Gaston Boileau et Louis Armel.

Une artiste versatile : chanson, télévision, théâtre et cinéma

Dans les années 1930 et 1940, La Poune enregistre une série de sketches et de chansons comiques. Elle est la première artiste québécoise à enregistrer chez RCA Victor. Pour chaque chanson, elle reçoit 25 $ mais aucune redevance sur les disques vendus.

En 1960, elle fait ses débuts à la télévision de Radio-Canada dans une pièce d’André Laurendeau, Les Deux Valses. Elle obtient ensuite de petits rôles dans les téléromans Rue des Pignons, Chère Isabelle, Les Brillant et Les Moineau et les Pinson.

Au théâtre, Rose Ouellette démontre qu’elle est en mesure de défendre des rôles plus sérieux, notamment dans Un jour, ce sera ton tour de Serge Sirois (présenté au Théâtre du Nouveau Monde en 1974). Elle n’abandonne pas pour autant la comédie et de 1967 à 1993, elle joue au Théâtre des Variétés dirigé par Gilles Latulippe.

Au cinéma, on peut la voir dans Cœur de maman (1953) de René Delacroix, dans L'Apparition (1972) de Roger Cardinal et dans Les Aventures d'une jeune veuve (1974) de Roger Fournier. Au début des années 90, alors qu’elle est âgée de près 90 ans, elle entreprend une tournée à travers le Québec en compagnie du chanteur Roger Sylvain. Elle fait également quelques publicités pour la bière Molson et la General Motor du Canada. Elle s’éteint à Montréal à l’âge de 93 ans.

Legs artistiques et distinctions

Véritable pionnière du théâtre burlesque et de la comédie au Québec, Rose Ouellette a influencé plusieurs générations d’artistes et d’humoristes francophones. Son talent et sa contribution à la scène québécoise ont été récompensés par divers prix et distinctions. En 1983, elle a reçu le Prix Félix hommage lors du Gala de l’ADISQ et en 1991, le Festival juste pour rire lui a décerné le Prix Victor (avec Juliette Pétrie) pour l’ensemble de sa carrière. Elle a été faite chevalier de l’Ordre national du Québec en 1990. Une rue de Montréal porte aujourd’hui son nom.

Publications

Vous faire rire, c'est ma vie (Québécor, 1983).

Comment atteindre le bel âge en grande forme (Éditions à succès, 1985).