Rude (1995), film du réalisateur Clément Virgo dans lequel les thèmes du péché et de la rédemption n'ont rien de fortuit. Il présente trois histoires se déroulant pendant le week-end de Pâques. Des jeunes noirs torontois vivant dans un projet domiciliaire évoluent autour de Rude, une radio pirate animée par une disque-jockey à la voix mielleuse qui fait part de ses réflexions sur les changements constants de la vie. Ce premier long-métrage de Virgo est ambitieux : il tente de présenter trois histoires simultanément et de faire de ce film un tout cohérent.

L'histoire la plus élaborée dans le film est celle de General (Maurice Dean Wint) qui vient de sortir de prison après avoir purgé une sentence pour trafic de drogue et qui tente de reconstruire sa vie et son mariage. La tension régnant dans sa famille est exacerbée par la présence de Reece (Clark Johnson), son frère aîné qui travaille pour un baron de la drogue blanc. La deuxième histoire est celle d'un jeune boxeur (Richard Chevolleau) qui est confronté à son homosexualité latente même si plusieurs de ses compagnons de ring l'impliquent dans des actes ignobles de violence mentale et physique contre des homosexuels. La troisième histoire est celle de Maxine (Rachael Crawford), une étalagiste abandonnée par son copain, absent du film. Bien qu'on puisse sentir son désespoir, le contexte n'est pas suffisamment décrit pour éveiller la compassion du spectateur.

Virgo opte pour un style de tournage différent pour chacun des récits : l'histoire de General est racontée dans un style narratif classique, celle du boxeur est livrée dans un style plus cinétique et celle de Maxine, dans un style artistiquement plus européen. Interprété par une majorité d'acteurs noirs, Rude marque une percée pour le cinéma Afro-Canadien, mais ce film, dont l'effet global est désordonné, ne rejoint pas l'auditoire.