La découverte de l’or alluvionnaire au Yukon en 1896 provoque une ruée vers la région du Klondike entre 1897 et 1899. Ce phénomène mène à l’établissement de Dawson City, en 1896, et, par la suite, du Territoire du Yukon, en 1898. La ruée vers l’or du Klondike consolide l’image du Nord, que le public perçoit désormais comme bien plus qu’un terrain nu et désolé, et inspire un corpus littéraire qui popularise le Yukon et le rend romantique.

Histoire

La quête vers l’or au Yukon commence en 1874 avec l’arrivée d’une poignée de chercheurs d’or, parmi eux, l’immigrant irlandais Arthur Harper, et les Étatsuniens Al Mayo et Jack McQuesten. Les trois deviennent commerçants, car ils ne peuvent pas, à ce moment-là, gagner leur vie en tant que chercheurs d’or. Ces hommes encouragent, promeuvent et fournissent en biens la communauté de prospection naissante, qui grandit lentement avant la ruée vers l’or. Les chercheurs d’or remplis d’espoir entrent par degrés au bassin du fleuve Yukon. Leur nombre augmente peu à peu, à mesure que se répand la nouvelle qu’il y a de l’or sur la barre du Yukon et de ses tributaires : la rivière Stewart (1885), la Fortymile (1886), la Sixtymile (1891) et, enfin, la Birch, près de Circle City, en Alaska (1892). En 1896, il y a 1600 chercheurs d’or dans le bassin du Yukon.

George Carmack, un chercheur d’or étatsunien, et deux membres de la Première Nation Tagish (et de sa famille, Carson s’étant marié avec une des leurs), Keish (appelé aussi Skookum Jim Mason) et Káa Goox (appelé aussi Dawson Charlie), découvrent l’or à la mi-août 1896. La découverte est faite sur Rabbit Creek, un petit tributaire du Klondike. Peu après, il est renommé « Bonanza Creek », nom qui devient célèbre dans le monde entier. Lorsqu’on apprend la découverte dans le reste du monde, en juillet 1897, la nouvelle provoque une ruée sans précédent vers la région. Partout dans le monde, mais surtout aux États-Unis, des dizaines de milliers d’individus désirant devenir chercheurs d’or quittent leur foyer et mettent le cap sur le Klondike.

Joseph Ladue, un Étatsunien qui habite le Yukon depuis 1882, exploite un comptoir de brousse sur le fleuve Yukon, à 70 kilomètres de l’embouchure du Klondike. Tandis que d’autres jalonnent des concessions pour chercher l’or, Joseph Ladue tire rapidement profit de la découverte de l’or dans la Bonanza Creek. Il jalonne 65 hectares de marécages et de concessions minières inexploitées à l’embouchure du Klondike, désigne l’endroit « Dawson City » (d’après le fameux géologue canadien George Mercer Dawson), et se crée une fortune à la suite de la vente des lots et du bois d’œuvre nécessaire pour y construire des habitations.

La ruée est une épopée au cours de laquelle plusieurs difficultés et obstacles doivent être surmontés. D’abord, il y a le voyage angoissant vers le nord, le long de la côte pacifique, depuis des villes côtières comme Victoria, Seattle, Portland et San Francisco. Ce voyage prend fin aux ports côtiers de Haines, Skagway et Dyea, en Alaska. Haines se trouve près du début du Dalton Trail. Skagway, une ville livrée à l’anarchie sous le dirigeant notoire Soapy Smith et sa bande de voleurs, est le début du sentier du col White. Dyea est le point de départ de la ruée d’or la plus célèbre parmi toutes : le col du Chilkoot.

L’image d’une file infinie d’hommes peinant pour compléter l’ascension finale du sommet glacial du col de Chilkoot symbolise maintenant les difficultés non seulement du sentier du Klondike, mais aussi de la vie elle-même. Des milliers d’hommes chargés de lourds fardeaux réalisent l’ascension du sommet rocheux 30 ou 40 fois afin d’y apporter la tonne de ravitaillements exigée par la police à cheval du Nord-Ouest (assez pour qu’un homme puisse subsister pendant une année).

Les chercheurs d’or peinent sur un sentier obstrué par la glace, la neige, les personnes et les avalanches; ils sont menacés par des avalanches, la noyade, la maladie, l’épuisement, l’échec et le déchirement. Dans les montagnes et les vallées glacées le long du Chilkoot et des sentiers du col White, ils peinent jusqu’au cours supérieur du fleuve Yukon. Lorsqu’ils ont fini de transporter leur tonne de ravitaillements sur les 33 kilomètres du sentier Chilkoot vers Bennett, certains ont fait jusqu’à 4000 kilomètres de chemin. À la ville champignon de Bennett, au bord du lac Bennett, l’essaim descend 800 kilomètres de lacs traitres et de rivières tortueuses, traversant des canyons et des rapides, dans des embarcations de fortune pour arriver à Dawson City.

À Dawson City, les chercheurs trouvent une ville animée en pleine croissance à l’embouchure du fleuve Klondike, où les millionnaires chevronnés mal soignés (appelés « Sourdoughs », titre mérité après avoir vécu une année au Yukon) côtoient les Cheechakos, récemment arrivés (un Cheechako ne peut s’appeler un Sourdough qu’après avoir survécu à l’hiver arctique). C’est une ville où l’ordinaire est entouré par l’aventure plus grande que la nature. En arrivant, beaucoup ne songent même plus à chercher l’or.

À leur arrivée au Klondike, il est déjà trop tard pour les chercheurs d’or de se mettre au travail, car l’été est court dans le Nord. Chaque homme (au début, il y a très peu de femmes à Dawson City) doit se construire un abri pour l’hiver, et y endurer sept mois de froid, de noirceur, de maladie, d’isolation et de monotonie. Pour ceux qui ont la chance de trouver de l’or, rien n’est impossible. Beaucoup de chercheurs d’or ayant réussi vivent une vie extravagante. Par contre, la majorité d’entre eux doit lutter pour sa survie quotidienne, et l’existence est fastidieuse.

Les traînées payantes serpentent de façon imprévisible dans le gravier gelé du fond des vallées. Certains mineurs s’enrichissent, tandis que d’autres ne trouvent rien. Les derniers arrivés sont obligés de chercher l’or sur les bords des ruisseaux déjà jalonnés. Certains ont la chance d’obtenir des concessions sur les collines au-dessus des ruisseaux, que les Sourdoughs jugent sans valeur. Beaucoup de ces concessions s’avèrent aussi riches en or que les concessions plus bas, près des ruisseaux.

La population du Klondike diminue de plus de 25 000, à l’apogée de la ruée d’or, à quelques centaines, une décennie plus tard. Toutefois, après un siècle, l’extraction de l’or est encore le pilier économique de la région.

Effets

Si l’on divisait de façon égale les près de 29 millions de dollars en or (chiffre non corrigé) extrait pendant les années enivrantes de 1897 à 1899 parmi tous ceux qui ont participé à la ruée vers l’or, le montant n’atteindrait pas le total de ce qui avait été investi, en matière de temps et d’argent, pour arriver dans le Klondike. Par contre, l’économie continentale, qui avait été prise dans une dépression et marquée par le chômage, s’est ravivée grâce à l’argent dépensé pendant la ruée vers l’or.

La ruée vers l’or du Klondike amène rapidement la formation du Territoire du Yukon par le Parlement, le 13 juin 1898. Elle crée l’infrastructure pour le ravitaillement, le soutien et la gouvernance, qui ont mené au développement continu du territoire. Si l’on n’avait pas découvert l’or alluvionnaire dans la région, le développement de cette dernière aurait été lent et progressif.

La ruée vers l’or du Klondike bouleverse et prive de leurs droits les peuples indigènes de la région. Les Hans de la vallée du Yukon sont dépossédés de leurs terres et marginalisés. C’est seulement un siècle plus tard que ce peuple, aussi connu sous le nom de « Tr’ondëk Hwëch’in », reçoit, grâce à un règlement en matière de revendications territoriales, la réparation et l’autorégulation.

L’héritage le plus durable que la ruée vers l’or du Klondike a laissé est son impression dans l’esprit du public. La ruée est une expérience vécue partagée, où tous les participants, riches ou pauvres, sont sur un pied d’égalité, et qui s’inscrit de façon indélébile dans leurs mémoires. Les termes « Klondike » et « Chilkoot » évoquent les images de l’or, de l’aventure, du défi et du Nord. Il existe une barre glacée appelée « Klondike » et une automobile Chilkoot. Des villes, des rues et des écoles portent également le nom « Klondike ». Les aventures de la ruée vers l’or figurent aussi dans la littérature, grâce à l’œuvre des écrivains tels Jack London, Robert Service et Pierre Berton. Leurs écrits, et ceux de centaines d’autres auteurs, garantissent que la ruée vers l’or du Klondike ne sera pas vite oubliée.