Charles Tupper fait entrer la Nouvelle-Écosse dans la Confédération pendant qu’il occupe le poste du premier ministre de la province. Pendant sa longue carrière politique, il occupe des postes suivants : ministre fédéral du Cabinet, diplomate et premier ministre du Canada pour une courte période, seulement dix semaines, la plus courte période de l’occupation du poste dans l’histoire du Canada. De tous les Pères de la Confédération, Charles Tupper est celui qui vit le plus longtemps.

Éducation et début de carrière

Charles Tupper est né dans une petite ferme appartenant à sa famille, pas loin d’Amherst, en Nouvelle-Écosse. Son père, qui s’appelle Charles, lui aussi, est un pasteur baptiste. Charles Tupper est éduqué à la maison, mais il suit des cours supplémentaires de grammaire à l’école. En 1837, il étudie à l’académie Horton (plus tard l’Université Acadia), à Wolfville, en Nouvelle-Écosse, en se concentrant sur le latin, le grec, le français et la science. Après avoir obtenu un diplôme en 1839, il enseigne au Nouveau-Brunswick avant d’aller étudier la médecine à Windsor, en Nouvelle-Écosse, en 1839-1840. Ensuite, il étudie à l’Université d’Edinburgh, en Écosse, où il obtient son diplôme en médecine en 1843. Il retourne à Amherst la même année, où il établit une pratique de médecine et ouvre une pharmacie.

Il se marie avec Frances Morse, une descendante des fondateurs d’Amherst, en 1846. Le couple a six enfants.

Carrière en politique

Charles Tupper est encouragé par un ami de la famille, chef du Parti conservateur de la Nouvelle-Écosse, James William Johnston, de briguer un siège dans l’Assemblée de la Nouvelle-Écosse en tant que conservateur. En 1855, Charles Tupper remporte une victoire spectaculaire dans le comté de Cumberland contre un homme politique populaire, le réformiste Joseph Howe. Les conservateurs ne réussissent pas aux élections, mais Charles Tupper invente une nouvelle stratégie du parti dans le caucus selon laquelle le parti cherche de l’appui auprès la minorité des catholiques de la Nouvelle-Écosse. Il soutient le projet de la construction des chemins de fer. Vers 1857, Charles Tupper persuade les libéraux catholiques romains désabusés de changer d’appartenance politique, ce qui met le gouvernement en position minoritaire. Par conséquent, les libéraux démissionnent et les conservateurs prennent le pouvoir le 14 février 1857. Alors, James William Johnston devient premier ministre, et Charles Tupper est secrétaire provincial.

Charles Tupper fait l’effort d’améliorer les chemins de fer de la Nouvelle-Écosse, car il croit que c’est l’essentiel pour l’exploitation des ressources naturelles. Il croit aussi que les chemins de fer contribueront à la transformation de la ville la plus importante de la province, Halifax, en « une ville marchande du secteur manufacturier de ce côté de l’Atlantique ». En juin 1857, il entame des discussions avec les représentants du Nouveau-Brunswick et de la Province du Canada au sujet d’un chemin de fer intercolonial. Il va à Londres pour assurer le soutien pour son projet, mais il rentre bredouille. Selon l’historien Phillip Buckner, cela « persuade Charles Tupper qu’il faut restructurer les relations impériales et chercher à se rapprocher d’autres colonies britanniques de l’Amérique du Nord ».

Le Parti conservateur perd les élections en 1859 dans des circonstances amères, mais Charles Tupper garde son siège. Quand son parti reprend le pouvoir, en 1863, il est nommé « secrétaire provincial ». Il devient premier ministre de la Nouvelle-Écosse en mai 1864.

Carrière en médecine

Bien que sa carrière en médecine soit marginalisée quand il entre en politique, Charles Tupper continue à pratiquer la médecine tout au long de sa carrière politique. Pendant la période qu’il est dans l’opposition, il établit une pratique de médecine à succès à Halifax en 1859. Il est chirurgien d’hôpital et officier de médecine de municipalité. Il est aussi impliqué au développement d’une école médicale. Il est élu président de la Medical Society of Nova Scotia en 1863. Étant député, il devient premier président de l’Association médicale canadienne (AMC) (1867-1870). Pendant la période qu’il est dans l’opposition (1874-1878), il retourne à la médecine, en s’y occupant jusqu’au retour de son parti au gouvernement. Ensuite, sa carrière médicale est en déclin.

Charles Tupper est commémoré par l’AMC au moyen du prix de sir Charles Tupper pour actions politiques, qui est décerné à un docteur « qui fait preuve de sa bonne gestion, de son engagement et de son dévouement dans l’avancement des buts et des énoncés d’AMC par ses mouvements populaires ».

Confédération

En tant que premier ministre, Charles Tupper préconise l’Union maritime et l’adhésion à l’Amérique du Nord britannique, qu’il ne considère pas comme des objectifs incompatibles. Il est délégué à la Conférence de Charlottetown, à la Conférence de Québec et à la Conférence de Londres, mais il ne réussit pas à faire approuver les Résolutions de Québec par l’Assemblée de la Nouvelle-Écosse. Il affirme que l’adhésion au Canada renforcera le secteur commercial de la Nouvelle-Écosse et assurera son influence au Canada et dans tout l’Empire britannique.

« Qu’est-ce qu’un Britanno-Américain, déclara-t-il, sinon un homme traité en simple subordonné par un Empire qui, aussi grand et glorieux soit-il, ne lui reconnaît nullement le droit d’avoir voix au chapitre dans son Sénat et ne lui concède aucun intérêt digne de la considération impériale? », dit-il dans son discours mémorable de 1860. « L’Amérique britannique, s’étendant de l’Atlantique au Pacifique, présenterait dans quelques années au monde le spectacle d’une grande et puissante organisation. »

Étayé par l’économie provinciale à succès, Charles Tupper fait développer le système de chemins de fer et améliore les conditions d’études avec le Free School Act, qui fait créer des écoles publiques subventionnées par l’État. Quand la guerre de Sécession éclate, il est convaincu que l’adhésion de la Nouvelle-Écosse à l’Union canadienne plus large est indispensable pour l’avenir sûr de la colonie.

En 1864, Charles Tupper se concentre sur des objectifs plus réels comme la création de l’Union maritime, qui peut être un pas vers la création de la fédération nationale. Les représentants canadiens se joignent à Charles Tupper lors de la Conférence de Charlottetown, où on discute plutôt de la Confédération que de l’Union maritime. Charles Tupper prévoit créer une union fédérale centralisée qui assurera l’indépendance significative des provinces. Après beaucoup de travail politique et contre le gré de l’opposition de Joseph Howe, une figure importante antifédéraliste, en 1866, l’Assemblée de la Nouvelle-Écosse vote la confiance à Charles Tupper en faveur de l’Union.

Voir aussi La Nouvelle-Écosse et la Confédération.

Politiques après la Confédération

En 1867, Charles Tupper quitte la politique provinciale et remporte un siège au Parlement fédéral, où il est le seul député néo-écossais à appuyer la Confédération. Il serait très bien placé pour revendiquer une place au Cabinet, mais il s’efface pour permettre à d’autres Néo-Écossais de devenir ministres (une stratégie pour atténuer les sentiments antifédéralistes dans la province). Il contribue à faire adopter l’entente des meilleures conditions avec Joseph Howe. L’entente stipule que Charles Tupper et Joseph Howe travaillent ensemble pour protéger les intérêts de la Nouvelle-Écosse au Parlement en échange de l’appui de Joseph Howe à la Confédération. Par conséquent, cela fait entrer Joseph Howe au Cabinet en 1870, et Charles Tupper commence une longue carrière de ministre. Il est successivement président du Conseil privé (1870-1872), ministre du Revenu intérieur (1872-1873) et ministre des Douanes (1873) pendant le premier mandat de sir John A. Macdonald.

Lorsque les conservateurs reprennent le pouvoir après le scandale du Pacifique, Charles Tupper est ministre des Travaux publics (1878-1879) et ministre des Chemins de fer et Canaux (1879-1884). C’est aussi la période de finalisation de la construction du chemin de fer Canadien Pacifique. En 1883, Charles Tupper devient haut-commissaire au Royaume-Uni, mais plus tard, il revient à Ottawa à titre de ministre des Finances (1887-1888). Il reprend ensuite ses fonctions à Londres et se fait connaître comme un défenseur éloquent de la fédération impériale en face du Royaume-Uni. Ses positions déplaisent à John A. Macdonald, mais son prestige politique le met à l’abri des blâmes.

En janvier 1896, Charles Tupper est rappelé à Ottawa et nommé « secrétaire d’État » du gouvernement de sir Mackenzie Bowell, qui périclite. Comme chef éventuel du parti, il est laissé pour compte, car on lui préfère John Abbott, John Thompson et Mackenzie Bowell, mais il devient enfin premier ministre le 1er mai 1896. Tentant désespérément d’éviter une défaite à la Chambre des communes, Charles Tupper et ses collègues déposent une loi réparatrice visant à protéger les droits scolaires de la minorité francophone du Manitoba (voir Question des écoles du Manitoba). Mais le projet de cette loi est bloqué dans la Chambre des communes.

Charles Tupper et les conservateurs subissent une étonnante défaite aux élections générales de juin, car le vote du Québec est décisif. Charles Tupper démissionne le 8 juillet, n’ayant été premier ministre que dix semaines, la plus courte période d’occupation du poste de l’histoire du Canada. Il continue de siéger au Parlement comme chef de l’opposition, mais il est défait aux élections de 1900.

Vie après la fin de sa carrière politique

Après avoir pris sa retraite, Charles Tupper est membre du Conseil privé britannique en 1907, où il siège au comité de l’Empire britannique. Sa femme, Frances, meurt en 1912, ce qui met la fin à leur mariage de 65 ans. Leur fils, Charles Hibbert Tupper, entre en politique et obtient un siège dans le Cabinet des ministres, où il demeure pendant les mandats de plusieurs premiers ministres.

Charles Tupper habite à Vancouver après sa retraite, puis, avec une de ses filles, il s’établit en Angleterre en 1913, où il meurt à la suite d’une crise cardiaque le 30 octobre 1915. Son corps est retourné au Canada, et il est enterré à Halifax.

Héritage

L’importance de Charles Tupper est décisive sur la scène politique canadienne. Sa victoire invraisemblable contre Joseph Howe dans les premières élections lui procure une possibilité de faire entrer la Nouvelle-Écosse dans la Confédération plus tard en 1867. L’un des principaux lieutenants de sir John A. Macdonald, il est administrateur très compétent tout en étant réputé pour son astuce parlementaire et ses tactiques d’intimidation. L’année de sa mort, en 1915, il est le dernier survivant des Pères de la Confédération.