Sir John Franklin, officier de marine et explorateur de l’Arctique, est né le 16 avril 1786 à Splisby, en Angleterre, et est décédé le 11 juin 1847 à bord du Navire de sa Majesté (NSM) Erebus près de l’île du Roi‑Guillaume, au Nunavut. Son nom évoque l’exploration de l’Arctique et le passage du Nord‑Ouest. Officier de marine et gouverneur de colonie respecté, John Franklin a participé à plusieurs expéditions d’envergure qui ont permis de cartographier de larges portions de la côte arctique canadienne, jusqu’alors inconnue. Il est principalement connu pour avoir dirigé la tragique expédition de 1845 vers le passage du Nord-Ouest. L’expédition s’est rendue très près de la route maritime menant à leur objectif; malheureusement, l’équipage n’a pas survécu au voyage, faisant de l’expédition Franklin un des mystères les plus complets de l’histoire du Canada et de l’exploration de l’Arctique.

Début de carrière maritime

John Franklin entre dans la Marine royale en 1800 à 14 ans. Très tôt dans sa carrière, il développe des compétences d’arpentage et un intérêt certain envers les sciences naturelles, ce qui fera de lui un de plus grands explorateurs de l’Arctique canadien. Dans la Marine royale, chef de file dans la promotion des voyages d’exploration et de recherche scientifique tout au long du XVIIIe et du XIXe siècle, John Franklin a l’occasion de prendre part, de 1801 à 1803, à une expédition menée par son oncle, le navigateur Matthew Flinders, qui a arpenté la majeure partie de la côte australienne. Il est aussi témoin d’importantes actions navales durant les guerres napoléoniennes et la Guerre de 1812. En effet, il participe, sous le commandement de lord Horatio Nelson, aux batailles de Copenhague (1801) et de Trafalgar (1805), et est même blessé lors de l’offensive britannique contre La Nouvelle-Orléans (1814).

Arpentage du Nord canadien

Au retour de la paix, l’Amirauté britannique reprend ses activités d’exploration, notamment sa quête du quasi mythique passage du Nord-Ouest qui lie l’Atlantique au Pacifique. L’expérience de John Franklin, en particulier ses talents d’arpenteur, fait de lui un atout précieux pour ce genre d’expédition. Ainsi, en 1818, il commande un baleinier modifié, le Trent, dans une expédition menée par David Buchan pour trouver un passage à travers les glaces polaires au nord-ouest de Spitsbergen (île norvégienne dans l’océan Arctique). Après des mois à lutter contre les solides couches de glace, la mission est annulée.

L’année suivante, John Franklin reçoit le mandat de cartographier le rivage nord du continent américain. Son groupe et lui voyagent de longues distances à pied et en canot le long de la rivière Coppermine, pour rejoindre la mer le 18 juillet 1821. Même si elle rencontre de nombreux problèmes graves, l’expédition devient la première à cartographier de larges portions du rivage arctique. Lors de sa deuxième expédition dans l’Arctique (1825-1827), John Franklin conduit ses navires au delta du fleuve Mackenzie. À destination, le groupe se sépare en deux : le premier explore l’est pour cartographier le territoire qui s’étend jusqu’à la rivière Coppermine, alors que John Franklin dirige le second à l’ouest, vers l’Alaska. À son retour en Angleterre, l’explorateur est accueilli en héros. Il publie les journaux de bord de ses deux expéditions et est promu capitaine maritime, élu membre de la Société royale et même nommé chevalier. Malgré les honneurs, on raconte qu’il demeure humble et secret.

Tragédie du passage du Nord-Ouest

Ironiquement, la carrière d’explorateur de John Franklin connaît un point mort après ses exploits des années 1820; l’Amirauté perd en effet son intérêt pour l’exploration du Nord pendant plus de vingt ans. Ainsi, de 1836 à 1843, John Franklin sert en tant que lieutenant-gouverneur de la terre de Van Diemen (Tasmanie), une colonie pénitentiaire britannique, où il tentera d’y instaurer des réformes sociales et politiques d’envergure. Malheureusement, il a déjà perdu la cote auprès du ministère des Colonies, qui décide de ne pas reconduire son mandat. Par chance, son retour en Angleterre coïncide avec un regain de l’intérêt de l’Amirauté pour compléter l’arpentage du passage du Nord-Ouest. Depuis les dernières explorations de John Franklin, de nombreuses découvertes et travaux d’arpentage ont été réalisés; il ne reste ainsi qu’une portion d’environ 500 km à explorer, entre le détroit de Barrow et le continent. Malgré sa cinquantaine avancée, John Franklin se bat vigoureusement pour mener cette expédition. Aidé par ses amis et collègues explorateurs, il convainc finalement l’Amirauté de lui céder, en février 1845, le mandat de cette expédition qui se veut la mieux équipée et la plus avancée au plan technologique de l’histoire des expéditions arctiques à l’époque.

Le 19 mai 1845, l’expédition Franklin quitte la Tamise pour trouver le passage du Nord-Ouest. On compte, à bord du NSM Erebus et du NSM Terror, plus de 129 officiers et marins, ainsi que des provisions pour trois ans, soit environ 60 000 kilos de farine, 30 000 kilos de bœuf et de porc salés, 8 000 conserves de viandes, de légumes et de soupes, 500 kilos de pemmican en boîte, 4 000 kilos de jus de citron, 90 kilos de poivre, 3 000 kilos de tabac, 4 000 kilos de chocolat et des milliers de litres de vin et de spiritueux. Les navires transportent aussi des instruments de recherche pour la botanique, la zoologie et la géologie, ainsi que de l’équipement de photographie primitif, des orgues de Barbarie, et une bibliothèque d’environ 2 900 livres contenant des manuels techniques et des œuvres de Charles Dickens. Les vaisseaux sont modifiés pour servir dans l’Arctique : la proue est recouverte de tôle pour résister à la glace, et l’on installe des moteurs à vapeur additionnels en cas d’urgence. Les navires sont également équipés de matériel de dessalement, pour distiller l’eau potable de l’eau salée, et de chaudières. L’expédition, en d’autres termes, est aussi bien approvisionnée qu’équipée; le moral est bon et beaucoup croient que la mission peut être accomplie en une seule année. Malgré tout, après son passage dans la baie de Baffin le 26 juillet (selon les témoignages de chasseurs de baleines), l’expédition ne donne plus aucun signe de vie.

À l’aide des preuves recueillies par les missions de sauvetage et les excavations archéologiques, les historiens ont retracé l’itinéraire de John Franklin et ses hommes lors de cette expédition fatidique. Arrivés dans le détroit de Lancaster, ils passent l’hiver sur l’île Beechey. À l’été 1846, ils naviguent vers le sud et traversent le détroit de Peel jusqu’au détroit de Victoria. C’est là que le navire s’arrête, coincé aux abords de l’île du Roi-Guillaume, où les radeaux de glace ne bougent pas de l’été. L’expédition passe tout l’hiver prisonnière de la région. Le 11 juin 1847, John Franklin décède de causes inconnues à bord de l’Erebus. D’autres membres de l’équipage périssent également. Selon les messages que l’on a découverts, on sait que les survivants ont abandonné les navires le 22 avril 1848 pour rejoindre la sûreté de la terre ferme. Le chemin en emporte plus d’un. Les autres rejoignent la péninsule d’Adélaïde, complétant sans le savoir la dernière étape du voyage vers le passage du Nord-Ouest. Les navires, abîmés par la glace, finissent par couler, quelque part près du littoral de l’île du Roi-Guillaume. Avec ses 129 victimes, l’expédition Franklin est la plus grande tragédie maritime de l’exploration de l’Arctique.

Recherche de l’expédition Franklin

Entre 1847 et 1859, plus de 30 expéditions, principalement commanditées par l’Amirauté et la femme de John Franklin, partent à la recherche des navires disparus. Les missions de recherche se poursuivent jusqu’à la fin du XIXe siècle et le début du XXe, même si l’on a abandonné tout espoir de sauvetage. Avec le temps, les missions ont trouvé certaines preuves permettant de reconstituer la majorité de l’expédition, sans toutefois répondre aux plus grandes questions. Les découvertes de John Rae, selon lesquelles des actes de cannibalisme auraient eu lieu sur l’île du Roi-Guillaume, horrifient l’Angleterre victorienne, poussant Charles Dickens, parmi tant d’autres, à réfuter catégoriquement que les hommes de John Franklin aient pu agir de la sorte. Les missions de recherche, bien qu’infructueuses, permettent toutefois de mieux comprendre l’Arctique, de le cartographier et de compléter la quête vers le passage du Nord-Ouest entreprise par John Franklin.

Au cours des décennies qui suivent, certains archéologues continuent à se pencher sur l’expédition Franklin, avec l’aide de l’expertise des Inuit et de leurs légendes orales. Dans les années 1980, une équipe menée par l’anthropologue légiste Owen Beattie a examiné les corps de trois marins trouvés sur l’île Beechey. De hauts taux de plomb dans les dépouilles suggèrent que le résidu de soudage des conserves aurait pu être la source d’une contamination, menant à la théorie selon laquelle les effets physiologiques et neurologiques de l’empoisonnement au plomb auraient contribué au sort de l’expédition Franklin. En 2013, toutefois, une étude menée par des chimistes de la Western University remet en doute le rôle des conserves dans l’empoisonnement au plomb des victimes.

En 1992, le gouvernement canadien fait de l’Erebus et du Terror des lieux historiques nationaux, même si l’on ignore où ils se trouvent. Depuis 2008, Parcs Canada mène une recherche d’envergure très publicisée pour retrouver les navires disparus. À bord d’un des navires de recherche sous-marine postés dans la baie de Cambridge en 2012, le premier ministre Stephen Harper déclare le soutien de son gouvernement : « Il est vraiment très excitant de lancer cette nouvelle initiative pour continuer la recherche des navires disparus de l’expédition Franklin. » Le 9 septembre 2014, Stephen Harper annonce qu’un des deux navires a été retrouvé, même si l’on ignore toujours s’il s’agit du NSM Erebus ou du NSM Terror. (Voir Recherche de l’expédition Franklin.)

Patrimoine

Renommé explorateur de l’Arctique, John Franklin est surtout connu pour sa tragique expédition de 1845 vers le passage du Nord-Ouest. Ce voyage mystérieux, qui a déconcerté de nombreux explorateurs et experts pendant plus de 150 ans, fait oublier le fait que John Franklin est un de ceux qui ont le plus contribué à la cartographie du Canada, après George Vancouver.

Voir aussi :Exploration de l’Arctique,Exploration et Recherche de l’expédition Franklin