Début de carrière maritime

John Franklin entre dans la Marine royale en 1800 à l’âge de 14 ans. Très tôt dans sa carrière, il développe des compétences en arpentage et un intérêt certain pour les sciences naturelles, ce qui fera de lui un de plus grands explorateurs de l’Arctique canadien. Dans la Marine royale, chef de file dans la promotion des voyages d’exploration et de recherche scientifique tout au long du 18e et du 19e siècle, John Franklin a l’occasion de prendre part, de 1801 à 1803, à une expédition conduite par son oncle, le navigateur Matthew Flinders, qui arpente la majeure partie de la côte australienne. Il est aussi témoin d’importantes actions navales durant les guerres napoléoniennes et la Guerre de 1812. En effet, il participe, sous le commandement de lord Horatio Nelson, aux batailles de Copenhague (1801) et de Trafalgar (1805), et est même blessé lors de l’offensive britannique contre La Nouvelle-Orléans (1814).

Arpentage du Nord canadien

Au retour de la paix, l’Amirauté britannique reprend ses activités d’exploration, notamment sa quête du quasi mythique passage du Nord-Ouest qui lie l’Atlantique au Pacifique. L’expérience de John Franklin, en particulier ses talents d’arpenteur, fait de lui un atout précieux pour ce genre d’expédition. Ainsi, en 1818, il commande un baleinier modifié, le Trent, dans une expédition menée par David Buchan pour trouver un passage à travers les glaces polaires au nord-ouest de Spitsbergen (île norvégienne dans l’océan Arctique). Après des mois à lutter contre les solides couches de glace, la mission est annulée.

L’année suivante, John Franklin reçoit le mandat de cartographier le rivage nord du continent américain. Son groupe et lui voyagent de longues distances à pied et en canot le long de la rivière Coppermine, pour rejoindre la mer le 18 juillet 1821. Même si elle rencontre de nombreux problèmes graves, l’expédition devient la première à cartographier de larges portions du rivage arctique. Lors de sa deuxième expédition dans l’Arctique (1825-1827), John Franklin conduit ses navires au delta du fleuve Mackenzie. À destination, le groupe se sépare en deux : le premier explore l’est pour cartographier le territoire qui s’étend jusqu’à la rivière Coppermine, alors que John Franklin dirige le second à l’ouest, vers l’Alaska. À son retour en Angleterre, l’explorateur est accueilli en héros. Il publie les journaux de bord de ses deux expéditions et est promu capitaine dans la marine, élu membre de la Société royale et même nommé chevalier. Malgré les honneurs, on raconte qu’il demeure humble et secret.

Tragédie du passage du Nord-Ouest

Ironiquement, la carrière d’explorateur de John Franklin connaît un point mort après ses exploits des années 1820; l’Amirauté perd en effet son intérêt pour l’exploration du Nord pendant plus de vingt ans. Ainsi, de 1836 à 1843, John Franklin sert en tant que lieutenant-gouverneur de la terre de Van Diemen (Tasmanie), une colonie pénitentiaire britannique, où il tente d’instaurer d’importantes réformes sociales et politiques. Malheureusement, il a déjà perdu la cote auprès du ministère des Colonies, qui décide de ne pas reconduire son mandat. Par chance, son retour en Angleterre coïncide avec un regain de l’intérêt de l’Amirauté pour compléter l’arpentage du passage du Nord-Ouest. Depuis les dernières explorations de John Franklin, de nombreuses découvertes et travaux d’arpentage ont été réalisés; il ne reste ainsi qu’une portion d’environ 500 km à explorer, entre le détroit de Barrow et le continent. Bien qu’il soit dans la cinquantaine avancée, John Franklin se bat vigoureusement pour mener cette expédition. Aidé par ses amis et collègues explorateurs, il convainc finalement l’Amirauté de lui céder, en février 1845, le mandat de cette expédition qui se veut la mieux équipée et la plus avancée au plan technologique de l’histoire des expéditions arctiques à l’époque.

Le 19 mai 1845, l’expédition Franklin quitte la Tamise pour trouver le passage du Nord-Ouest. On compte, à bord du NSM Erebus et du NSM Terror, plus de 134 officiers et marins (cinq seront plus tard débarqués au Groenland car jugés inaptes au service). Les bateaux portent aussi des provisions pour trois ans, soit environ 60 000 kilos de farine, 30 000 kilos de bœuf et de porc salés, 8 000 conserves de viandes, de légumes et de soupes, 500 kilos de pemmican en boîte, 4 000 kilos de jus de citron, 90 kilos de poivre, 3 000 kilos de tabac, 4 000 kilos de chocolat et des milliers de litres de vin et de spiritueux. Les navires transportent aussi des instruments de recherche pour la botanique, la zoologie et la géologie, ainsi que de l’équipement de photographie primitif, des orgues de Barbarie, et une bibliothèque d’environ 2 900 livres contenant des manuels techniques et des œuvres de Charles Dickens. Les vaisseaux sont modifiés pour servir dans l’Arctique : la proue est recouverte de tôle pour résister à la glace, et l’on installe des moteurs à vapeur additionnels pour les cas d’urgence. Les navires sont également équipés de matériel de dessalement, pour distiller l’eau potable de l’eau salée, et de chaudières. L’expédition, en d’autres termes, est aussi bien approvisionnée qu’équipée; le moral est bon et beaucoup croient que la mission peut être accomplie en une seule année. Malgré tout, après son passage dans la baie de Baffin le 26 juillet (selon les témoignages de chasseurs de baleines), l’expédition ne donne plus aucun signe de vie.

À l’aide des preuves recueillies par les missions de sauvetage et les excavations archéologiques, les historiens ont retracé l’itinéraire de John Franklin et ses hommes lors de cette expédition tragique. Arrivés dans le détroit de Lancaster, ils passent l’hiver sur l’île Beechey. À l’été 1846, ils naviguent vers le sud et traversent le détroit de Peel jusqu’au détroit de Victoria. C’est là que le navire s’arrête, coincé aux abords de l’île du Roi-Guillaume, où les radeaux de glace ne bougent pas de l’été. L’expédition passe tout l’hiver prisonnière de la région. Le 11 juin 1847, John Franklin décède de causes inconnues à bord de l’Erebus. D’autres membres de l’équipage périssent également. Selon les messages que l’on a découverts, on sait que les survivants ont abandonné les navires le 22 avril 1848 pour rejoindre la sûreté de la terre ferme. Plusieurs meurent en cours de route. Les autres atteignent la péninsule d’Adélaïde, complétant sans le savoir la dernière étape du passage du Nord-Ouest. Les navires, abîmés par la glace, finissent par couler. En 2014, le HMS Erebus est localisé dans l’eau près de l’île du Roi-Guillaume, et en septembre 2016, une équipe de l’Arctic Research Foundation annonce qu’elle a trouvé le Terror dans la Baie Terror, au Nunavut. Avec ses 129 victimes, l’expédition Franklin est pire tragédie maritime de l’exploration de l’Arctique.

Recherche de l’expédition Franklin

Entre 1847 et 1859, plus de 30 expéditions, principalement commanditées par l’Amirauté et la femme de John Franklin, partent à la recherche des navires disparus. Les missions de recherche se poursuivent jusqu’à la fin du 19e et au début du 20e siècle, même si l’on a abandonné tout espoir de sauvetage. Avec le temps, ces missions trouvent des traces qui permettent de reconstituer la plus grande partie de l’expédition, sans toutefois répondre à toutes les questions. Les découvertes de John Rae, selon lesquelles des actes de cannibalisme auraient eu lieu sur l’île du Roi-Guillaume, horrifient l’Angleterre victorienne, poussant Charles Dickens et plusieurs autres à réfuter catégoriquement que les hommes de John Franklin aient pu agir de la sorte. Les missions de recherche, bien qu’infructueuses, permettent toutefois de mieux comprendre l’Arctique, de le cartographier et de compléter la quête vers le passage du Nord-Ouest entreprise par John Franklin (voir Histoire de la cartographie : l’Arctique).

Au cours des dernières décennies, certains archéologues ont continué à faire des recherches sur l’expédition Franklin, avec l’aide de l’expertise des Inuit et de leur histoire orale. (Voir Exploration de l’Arctique à travers l’histoire orale.)

Dans les années 1980, une équipe menée par l’anthropologue légiste Owen Beattie examine les corps de trois marins trouvés sur l’île Beechey. Des taux élevés de plomb dans les dépouilles suggèrent que la soudure utilisée pour les boîtes de conserve pourrait être à l’origine de la contamination. Ceci les conduit à la théorie selon laquelle les effets physiologiques et neurologiques de l’empoisonnement au plomb auraient contribué au sort de l’expédition Franklin. Toutefois, en 2013, une étude menée par des chimistes de la Western University remet en doute le rôle des conserves dans l’empoisonnement au plomb des victimes.

En 1992, le gouvernement canadien fait de l’Erebus et du Terror des lieux historiques nationaux, même si l’on ignore où ils se trouvent. Depuis 2008, Parcs Canada mène une recherche d’envergure très publicisée pour retrouver les navires disparus. À bord d’un des navires de recherche sous-marine postés dans la baie de Cambridge en 2012, le premier ministre Stephen Harper affirme le soutien de son gouvernement : « Il est vraiment très excitant de lancer cette nouvelle initiative pour continuer la recherche des navires disparus de l’expédition Franklin. » Le 9 septembre 2014, Stephen Harper annonce qu’un des deux navires a été retrouvé; plus tard ce mois-là, on l’identifie comme le NSM Erebus. Le 12 septembre 2016, une équipe de l’Arctic Research Foundation (une fondation de recherche établie par Jim Balsillie) annonce qu’elle a retrouvé le Terror dans la baie Terror au Nunavut, au nord de l’endroit où on a découvert l’Erebus en 2014. La découverte est confirmée par Parcs Canada le 26 septembre 2016. (Voir Recherche de l’expédition Franklin.)

En octobre 2017, le gouvernement britannique annonce qu’il transmettra la propriété des deux navires à Parcs Canada, tout en conservant une partie des artefacts. Selon la ministre de l’Environnement Catherine McKenna, les Inuits de la région, qui ont joué un rôle essentiel pour localiser les épaves, seront copropriétaires des bateaux.

Patrimoine

Explorateur célèbre de l’Arctique, John Franklin est surtout connu pour son expédition tragique de 1845 vers le passage du Nord-Ouest. Ce voyage mystérieux, qui a déconcerté de nombreux explorateurs et experts pendant plus de 150 ans, fait oublier le fait que John Franklin est un de ceux qui ont le plus contribué à la cartographie du Canada, après George Vancouver.

The Terror

L’écrivain américain Dan Simmons a publié en 2007 un récit romancé de l’expédition Franklin intitulé The Terror. Dans ce thriller très populaire, l’équipage connaît non seulement la faim, la maladie, les mutineries et le cannibalisme, mais doit aussi affronter un monstre qui harcèle les hommes dans cet environnement glacial. Une mini-série adaptée du livre a été diffusée en première sur le réseau AMC en mars 2018.