Tortue

Les tortues sont des REPTILES ovipares et sans dents, dont la ceinture pelvienne est recouverte d'une grande cage thoracique et est fusionnée à des plaques osseuses dans la peau. Le revêtement cutané externe est constitué d'écailles épidermiques cornées faites de kératine (protéines fibreuses contenant du soufre). Cette structure corporelle générale est une cage thoracique en trois couches munie de plaques osseuses et d'écailles d'apparence cornée. Elle est demeurée inchangée depuis plus de 200 millions d'années et s'est adaptée, avec des modifications mineures, à la vie dans les océans, les cours d'eau, les lacs, les tourbières, les forêts, les prairies et les déserts. L'ordre des testudinés, ou chéloniens, compte 285 espèces.

Répartition et habitat

Lorsque le Canada était couvert de glace et qu'aucun Reptile n'y vivait, c'est probablement dans le sud-est du continent, où on compte actuellement 16 espèces de tortues, que se trouvait la plus grande diversité de tortues nord-américaines. Après l'ÉPOQUE GLACIAIRE, la plus importante invasion de ces animaux au Canada s'est faite dans le Sud de l'Ontario par les rivières Mississippi et Ohio. Quelques espèces ont ensuite migré au Québec et même dans le climat froid de la Nouvelle-Écosse. D'autres se sont aventurées vers l'ouest, mais ont été rebutées par le froid et la sécheresse des Prairies. Sur les deux côtes, les migrations vers le nord signifiaient la traversée de plusieurs cours d'eau. Seulement une espèce s'est répandue vers le nord-ouest jusqu'en Colombie-Britannique et quatre espèces ont avancé vers l'est ou le nord jusqu'au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

Au cours des 3000 ou 4000 dernières années, un refroidissement continental progressif a forcé les Reptiles à se déplacer vers le sud ou à limiter leur distribution à une seule vallée fluviale, un lac, une tourbière ou un étang où les conditions sont encore propices à la survie. Ainsi, la situation des tortues dans la bordure méridionale du Canada est précaire, et, pour les herpétologistes professionnels autant que pour les naturalistes amateurs, c'est un véritable défi de localiser les sites isolés où elles vivent.

Espèces d'eau douce

Les huit espèces de tortues d'eau douce indigènes au Canada habitent toutes dans le Sud de l'Ontario. De plus, trois espèces introduites ont été recensées. La seule espèce que l'on n'y rencontre pas est la tortue de l'Ouest (Clemmys marmorata), un animal de 14 cm de longueur que l'on trouve uniquement en Colombie-Britannique, où elle a probablement été introduite. Dans cette province, on rencontre également une sous-espèce de la tortue peinte (Chrysemys picta belli), qui fait 23 cm de longueur. Cet envahisseur est arrivé des Prairies et se répartit depuis la Colombie-Britannique jusque dans le Sud des Prairies et l'Ouest de l'Ontario. Une deuxième sous-espèce de la tortue peinte (C. p. marginata), vit dans le Sud de l'Ontario et du Québec et une troisième, C. p. picta, qui mesure 18 cm, habite le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. La plupart des principales catégories d'organismes contiennent une ou deux espèces qui peuvent s'adapter à presque n'importe quelles conditions naturelles ou non naturelles, et la tortue peinte est l'une d'entre elles. Une bille flottante couverte de tortues peintes qui se font chauffer au soleil est une image familière dans plusieurs localités du sud du Canada, sauf à Terre-Neuve et à l'Île-du-Prince-Édouard, où il n'y a pas de tortues. La Chélydre serpentine (Chelydra serpentina), de 43 cm de longueur, est bonne seconde et se distribue depuis la Nouvelle-Écosse jusqu'en Saskatchewan. La chélydre serpentine est au contraire discrète. Ces espèces n'occupent pas seulement chaque étendue d'eau naturelle, que ce soit un lac ou un marais, mais elles envahissent l'eau stagnante des fossés, les réservoirs, les étangs piscicoles et les points d'eau des fermes. Ce monstre menaçant de 18 kg se nourrit de presque tout ce qu'elle rencontre, que ce soit mort ou vivant. Ses populations peuvent parfois atteindre des densités surprenantes comme peuvent en témoigner les chasseurs professionnels. La viande de cette tortue grosse et musclée est au menu dans les restaurants.

Le terrapin à oreilles rouges (Trachemys scripta elegans), une autre espèce qui aime s'exposer au soleil, a été introduite dans le sud de la Colombie-Britanique, en Ontario et au Québec. Les adultes ont la taille des tortues peintes, mais s'en distinguent par la présence d'une ligne rouge caractéristique de chaque côté de la tête, leur carapace vert foncé et des marques jaunes sur la carapace, les membres, la queue et le cou. Des gens bien intentionnés ont relâché dans la nature des spécimens matures devenus trop gros pour leur aquarium. Au Canada, hors de leur aire naturelle aux États-Unis, il est peu probable qu'ils aient un bon taux de reproduction bien que l'espèce puisse, à l'occasion, semble-il, hiverner avec succès. L'espèce peut transmettre des maladies aux espèces indigènes.

La tortue tabatière (Terrapene carolina carolina), reptile terrestre, et la tortue des bois (Glyptemys insculpta), espèce semi-terrestre, peuvent être toxiques si elles ont récemment mangé des champignons toxiques et ne devraient pas être consommées. Au Canada, la tortue tabatière, animal de 15 cm, se rencontre uniquement dans le sud-ouest de l'Ontario, particulièrement à POINTE-PELÉE, et dans le sud du Québec. Il s'agit fort probablement de tortues qui se sont échappées ou ont été relâchées, bien que des habitats convenables existent manifestement. Des carapaces ont été trouvées dans des sites archéologiques de l'époque pré-européenne, mais leur présence s'explique vraisemblablement par les déplacements de tribus vers le nord ou par des échanges avec des populations vivant au sud des Grands Lacs.

La tortue des bois, qui mesure 20 cm de longueur, est une espèce véritablement nordique et se répartit depuis le lac Supérieur jusqu'à l'ÎLE DU CAP BRETON. Elle hante les rives des cours d'eau, les prés herbeux et les forêts des plaines inondables et est friande de baies sauvages et de vers de terre.

Lorsqu'elle grandit, la tortue peinte perd ses vieilles écailles. Par contre, la tortue des bois les conserve et chaque année, des anneaux de croissance s'ajoutent sur chacune des écailles. On utilise ces anneaux pour déterminer l'âge de l'animal, d'une manière très semblable à celle utilisée pour déterminer l'âge des arbres en comptant les anneaux. Toutes les autres espèces, sauf une, vivent uniquement dans l'extrême sud de l'Ontario, mais quelques-unes sont parfois observées au Québec.

Les tortues sont plus facilement repérables à l'aide de jumelles lorsqu'elles se font chauffer au soleil ou lorsque seule leur tête apparaît à la surface de l'eau. La plus caractéristique est la Tortue mouchetée (Emydoidea blandingii), une espèce de 25 cm dont la tête et le cou portent deux tons de noir en dessus et du jaune en dessous. Elle affectionne les baies herbeuses, les tourbières et les marais et se nourrit de Poissons, de têtards, d'Insectes et d'écrevisses, À l'est de la frontière de l'Ontario et du Québec, on ne la trouve que dans le Sud de la Nouvelle-Écosse, dans le PARC NATIONAL KEJIMKUJIK, où vit une population relique très isolée et florissante.

Deux petites espèces de tortues, la tortue musquée (Sternotherus odoratus), de 10 cm de longueur, et la tortue ponctuée (Clemmys guttata), de 13 cm, ont une répartition irrégulière dans le Sud de l'Ontario et du Québec.

Ces deux espèces peuvent facilement passer inaperçues. La première, de couleur brun foncé, se promène dans le fond des lacs, des tourbières et des marais à la recherche de matière animale vivante ou en décomposition. Parce qu'elle s'expose rarement au soleil, elle devient ainsi couverte d'algues et est difficile à repérer. Au printemps, la tortue ponctuée prend des bains de soleil en groupe, mais elle est extrêmement timide. Elle fréquente les marécages herbeux des milieux boisés ainsi que les étangs des marais et des tourbières.

Dans les GRANDS LACS et certains de leurs affluents du sud de l'Ontario, de même que dans les rivières des OUTAOUAIS et du RICHELIEU et dans le FLEUVE SAINT-LAURENT, on trouve deux grandes espèces assez spécialisées : la tortue géographique (Graptemys geographica) de 27 cm et la tortue-molle à épines, (Apalone spinifera spinifera) de 54 cm. La première doit son nom aux dessins de sa carapace qui rappellent des cartes géographiques. Elle est pourvue de puissantes mâchoires qui peuvent écraser les clams et autres petits crustacés.

La tortue-molle fréquente les étendues d'eau à fond mou où, grâce à sa forme de poisson plat, elle attend, à moitié enterrée, prête à se jeter sur un poisson ou une écrevisse. Elle possède l'enveloppe osseuse caractéristique, mais sa peau externe épaisse et caoutchouteuse s'étend au-delà de son corps aplati. Ses narines s'étirent d'une façon particulière en un long tube qui permet à l'animal de rester enterré tout en atteignant la surface pour respirer occasionnellement.

Espèces marines

Cinq des sept espèces de tortues marines du monde ont été observées au Canada, mais ces reptiles, essentiellement tropicaux et subtropicaux, ne nichent jamais sur les plages canadiennes. Des tortues vertes (Chelonia mydas) ont été observées à l'occasion dans les eaux côtières canadiennes de l'Atlantique et du Pacifique, de même que quelques caouanes (Caretta caretta) au large de la côte est.

Les observation de la tortue bâtarde (Lepidochelys kempii) sont rares. La Ridley olivacée (L. olivacea) a été observée au large de l'Oregon et de l'Alaska et fréquente sans doute occasionnellement les eaux canadiennes au large de la Colombie-Britannique. Contrairement aux autres espèces, la tortue luth (Dermochelys coriacea) est régulièrement observée près des HAIDA GWAII et de l'ÎLE DE VANCOUVER, sur les côtes du Labrador et de Terre-Neuve, et elle s'emmêle fréquemment dans les filets de pêche au large des provinces Maritimes.

Avec ses quelque 2,5 m, du museau à la queue, et son poids qui dépasse parfois 550 kg, la tortue luth est l'un des plus grands reptiles vivants. L'été, elle envahit régulièrement les eaux froides des côtes de l'Atlantique et du Pacifique (ainsi qu'en Écosse, en Norvège, en Alaska et en Russie), où elle chasse sa nourriture préférée, la Cyanée, une méduse géante. À Halifax, en 1971, on a découvert que sa température corporelle atteignait près de 28oC (18oC de plus que l'eau de mer environnante). Sa peau épaisse (5 cm à 7 cm) semblable à du cuir et saturée d'huile constitue une sorte de couche de graisse qui retient la chaleur générée par les contractions musculaires.