On s'adonne au trappage des animaux pour leur fourrure dans presque tous les pays du monde. Au Canada, le trappage est essentiellement pratiqué pour le prélèvement de la fourrure des animaux mais quelques chasseurs trappent encore à des fins alimentaires. Les peaux peuvent être prélevées après avoir tué l’animal au fusil ou à l’arc, mais la grande majorité des animaux sauvages à fourrure sont capturés avec des pièges. Le trappage des animaux à fourrure est une pratique ancestrale chez les Autochtones et les peuples européens du Canada. Il fut un des principaux vecteurs des activités coloniales. Les facteurs économiques et culturels ainsi que les préoccupations concernant le bien-être des animaux font aujourd’hui que le trappage est devenu une activité controversée.

Aspects traditionnels et culturels

Avant l'arrivée des Européens en Amérique du Nord, le trappage fait partie intégrante de la vie de divers Autochtones et fournit nourriture, vêtements et abri. Par la suite, la traite des fourrures bouleverse profondément l'économie. Le trappage devient alors une fin en soi, à tel point que le trappage à grande échelle menace la survie de certaines espèces. Le déclin de l'industrie de la fourrure et la préoccupation croissante du public à l’égard de la souffrance des animaux ont non seulement entraîné des difficultés économiques et sociales parmi les groupes autochtones mais aussi affecté leur mode de vie.

En vertu de la Proclamation royale de 1763 et les amendements constitutionnels subséquents, les droits de chasse, de trappage et de pêche autochtones visant l'apport de nourriture en toute saison sur des terres inoccupées sont garantis et peuvent avoir préséance sur les lois provinciales en matière de gibier.

Économie du trappage des animaux à fourrure

Au cours de la saison 2009-2010, 730 915 peaux d’animaux sauvages ont été vendues au Canada, dont 55 pour cent provenaient de castors et de rats musqués. La part des animaux sauvage dans le marché des peaux au Canada représente 28 pour cent, le reste provenant d’animaux d’élevage. Parmi les espèces les plus communément piégées, suivant les régions, on peut citer le blaireau, le castor, le lynx roux, le couguar, le coyote, le pékan, le renard, le lièvre, le lynx, la martre, le vison, le rat musqué, la loutre, le lapin, le raton laveur, le putois, l’écureuil, la belette, le loup et le carcajou. Les ours sont également piégés dans certaines provinces.

Au Canada, quelque 70 000 personnes travaillent directement dans le secteur de la traite de fourrure. On compte environ 60 000 trappeurs actifs au Canada, dont 25 000 Autochtones. Le nombre de trappeurs titulaires de permis varie d'année en année et dépasse 80 000 depuis le milieu des années 1990. Beaucoup de trappeurs occupent des emplois à temps plein ou à temps partiel et pratiquent le trappage dans leurs temps libres. L’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 montre que seulement 465 personnes au Canada ont déclaré que la chasse et le trappage constituaient leur seule occupation. Le trappage commercial est une activité saisonnière en raison de la qualité supérieure de la fourrure en hiver et des restrictions provinciales, territoriales et fédérales en matière de trappage. C'est au Québec, en Ontario et en Alberta que la plupart du trappage d'animaux à fourrure s’effectue, mais on trouve aussi des territoires de trappage enregistrés, dont certains couvrent une vaste étendue, en Colombie-Britannique, au Yukon et au Manitoba. Plus de 85 pour cent de la fabrication de vêtements de fourrure se fait à Montréal.

Le trappage d'animaux à fourrure exige un permis et est réglementé par les gouvernements provinciaux et territoriaux, dont les biologistes de la faune sont responsables d'établir des plans de gestion régionaux pour garantir des populations saines d'animaux à fourrure. Les activités de trappage doivent respecter des accords internationaux comme la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), la Convention sur la diversité biologique (CDB) et l'Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN).

Justification biologique du trappage

En plus des raisons s’appuyant sur la tradition, la pratique du trappage peut se justifier par le fait qu’elle pourrait contribuer à gérer certains phénomènes biologiques. La justification biologique du trappage se fonde sur la nécessité d'un contrôle de la taille des populations pour éviter la famine et la destruction des habitats : le danger de maladies parmi les populations fauniques (comme la gale sarcoptique et la maladie de Carré) et le danger de transmission de maladies (comme la rage et la tularémie) aux animaux domestiques ou à l'humain. Toute tentative pour atténuer de telles préoccupations fait intervenir des facteurs qu’il est difficile d’évaluer.

Des cycles de population s’étalant sur 10 ans – durant lesquels les populations augmentent puis chutent selon un mode spécifique couvrant une certaine durée – ont été observés pour les prises canadiennes de coyote, de lièvre d'Amérique, de vison, de pékan et de martre. Les cycles du lynx du Canada et des renards roux s'étendent respectivement sur les 200 et les 100 dernières années, mais les causes de ces changements cycliques sont mal connues. Il se peut que les taux de reproduction (notamment chez le castor et le rat musqué) s'accroissent en réaction au trappage. Le trappage d'espèces particulières peut être dicté par le marché de la mode ou l'engouement du moment. Les espèces les plus rares peuvent ainsi devenir les plus recherchées. Les prises non visées (y compris d'animaux domestiques) peuvent compter pour au moins 10 pour cent du total des animaux piégés sur terre, mais ce pourcentage baisse pour les animaux semi-aquatiques. Réduire une population peut ou non réduire l'incidence de maladies. Dans certaines régions où l'on a banni le piège à ressort, on n'a observé aucune augmentation notable de maladies.

Considérations morales

L’évolution continue des mentalités à l’égard des animaux au Canada a fait intervenir le concept de traitement humain des animaux dans le cadre du trappage. On s’est aussi opposé au trappage en invoquant des principes purement philosophiques. Les partisans du traitement humain des animaux ont ciblé en particulier la chasse des phoques, qui a parfois fait intervenir l’écorchage à vif des animaux, le piégeage, qui peut faire souffrir les animaux durant de longues périodes, et l’industrie alimentaire qui soutient un système d’élevage où les animaux sont parfois parqués dans des conditions inhumaines et à l’issue duquel l’abattage peut causer un état d’angoisse, de stress, de souffrance ou de panique chez les animaux. L’opposition philosophique est basée sur des principes moraux et éthiques cohérents qui veulent qu’aucun animal ne devrait faire l’objet d’abus ou d’une exploitation inutile.

La base conceptuelle du mouvement en faveur des droits des animaux va directement à l'encontre de l'activité du trappage. De plus, comme dans le cas de la chasse au phoque, l'objection croissante que suscite en Europe et ailleurs le manque de compassion du trappage en Amérique du Nord pourrait exercer une influence déterminante sur la poursuite du trappage au Canada, étant donné sa grande dépendance à l'égard des marchés d'exportation. Lorsque les groupes de défense des droits des animaux ont commencé à médiatiser leurs inquiétudes concernant les pratiques de l’industrie de la fourrure, la production des peaux a chuté de 62 pour cent au début des années 1990. L’industrie a continué à subir des difficultés dans les années 2000 avant de voir un renouveau au début des années 2010.

Méthodes de trappage et politiques

Il existe des pièges pour retenir (à lacet, à ressort, boîte) et des pièges pour tuer (assommoir, collet, piège en X, piège sous-marin). Les boîtes servant de pièges pour retenir sont encombrantes à transporter et peuvent occasionner du stress, mais elles n'entraînent généralement pas de blessures. Certaines espèces, quand elles sont prises dans un piège à ressort, vont se mutiler pour y échapper, à moins que le piège ne soit muni d'un dispositif qui l'en empêche. Les pièges à mâchoires d'acier sont toujours fabriqués aux États-Unis (1986), mais sont interdits en Colombie-Britannique, en Alberta, en Ontario et en Nouvelle-Écosse.

Le collet peut lentement étrangler l'animal, qui se débat pour s'échapper, ou l'attraper par une autre partie du corps, ce qui peut provoquer des blessures importantes et prolonger sa souffrance. Le piège en X ne tue pas toujours rapidement si l'animal n'y entre pas correctement ou que la force d'impact du piège à la fermeture est insuffisante. Si l'on ne visite pas régulièrement les pièges, les animaux capturés peuvent souffrir de froid, de stress, de soif, de faim et de gangrène ou être à la merci des prédateurs. Seuls la Colombie-Britannique, l'Ontario, l'Alberta, le Nouveau-Brunswick et l'Île-du-Prince-Édouard exigent une inspection des pièges à intervalles de un à trois jours. Pour éviter des trous de balle dans la fourrure, le trappeur achève l'animal en l'assommant, en l'étranglant à l'aide d'un lacet ou en lui écrasant la poitrine.

L'Association for the Protection of Fur-Bearing Animals (APFA) et l'Association canadienne du piégeage humanitaire (ACPH) jouent un rôle important en informant la population et les représentants gouvernementaux sur les questions d'ordre moral que soulève le trappage et sur la souffrance des animaux piégés en finançant la recherche sur la mise au point de pièges moins cruels et en exerçant des pressions pour que soient retirés les pièges cruels. Les pièges à ressort qui retiennent l'animal par une patte sont maintenant interdits pour le trappage sur terre de certaines espèces en Colombie-Britannique et en Ontario.

L'ACPH se joint à la Fédération des sociétés canadiennes d'assistance aux animaux pour former le Programme de recherche et de développement portant sur les pièges non cruels. La définition d'une mort sans cruauté selon le Programme est une mort où l'animal ne subit ni panique, ni douleur. L'Institut de la fourrure du Canada (IFC), fondé en 1983, est une société privée financée en majeure partie par le gouvernement fédéral. Elle a pour objectif d'informer la population au nom de l'industrie de la fourrure et du programme de recherche et de développement des pièges.

Dès 1986, plusieurs comités et ministères du gouvernement fédéral parrainent des articles décrivant des moyens possibles de défendre l'industrie de la fourrure contre les activistes anti-fourrure, invoquant souvent comme principal argument la question des droits des Autochtones, soulignant la dépendance historique du Canada à l'égard de la traite des fourrures et déclarant que le trappage contribue à maintenir l'équilibre naturel. Des organisations telles que l’Aboriginal Trappers Federation of Canada (ATFC), fondée en 1985, ont de même fait pression aux niveaux national et international pour faire du trappage un aspect essentiel des droits autochtones.

L'alinéa (402(1)a) du Code criminel du Canada stipule que : « Commet une infraction quiconque, selon le cas, volontairement cause ou, s'il en est propriétaire, volontairement permet que soit causée à un animal ou un oiseau, une douleur, souffrance ou blessure, sans nécessité ». Il n'existe cependant aucun précédent de l'application de cette disposition aux animaux sauvages piégés. Un projet de loi d'initiative parlementaire (le projet de loi C-208) visant à modifier le Code criminel en faveur de pièges non cruels mène à la présentation de preuves en 1977, mais est rejeté.

Avancées de la technologie du trappage

De 1985 à 1993, en coopération avec l'Alberta Environmental Centre et l'Alberta Research Council, l'Institut de la fourrure du Canada finance un vaste programme de recherche qui mène à la formulation de protocoles de recherche efficaces et à l'élaboration de dispositifs de piégeage sans douleur pour plusieurs animaux à fourrure. Un bon nombre de ces pièges sont utilisés pour remplacer les cruels étriers d'acier. Depuis 1993, Alpha Wildlife Research & Management Ltd effectue de la recherche et du développement dans ce domaine. Cette société de recherche impartiale organise aussi en 1997 un symposium international unique sur le trappage des mammifères et, depuis, publie de l'information sur la technologie et l'éthique dans ce domaine.

L'Accord sur les normes internationales de piégeage sans cruauté, signé par le Canada et l'Union européenne en décembre 1997, est en vigueur au Canada depuis l'automne 2007. Selon cet accord, les animaux à fourrure sauvages doivent être piégés à l'aide de systèmes sans cruauté reconnus scientifiquement et internationalement. Cependant, les normes internationales n'intègrent pas totalement les avancées technologiques, et les États-Unis appliquent leurs propres pratiques de gestion exemplaire fondées sur des critères techniques, économiques et sociaux. Néanmoins, des critères d'efficacité pour les pièges sans cruauté reflétant l'évolution technologique sont mis au point par les professionnels de la faune. Les pièges mortels sans cruauté devraient rendre au moins 70 pour cent des animaux ciblés inconscients en moins de trois minutes, puis les tuer, et que les pièges permettant de capturer les animaux vivants devraient contenir au moins 70 pour cent des animaux sans les blesser gravement.