Jeunesse

En 1932, à l’âge de quatre ans, John Turner perd son père, Leonard Hugh Turner, et quitte l’Angleterre pour le Canada avec sa mère Phyllis [née Gregory], canadienne de naissance. La famille s’installe à Ottawa où Phyllis, qui est économiste, devient haute-fonctionnaire fédérale. John fréquente les écoles privées d’Ottawa, puis déménage en Colombie-Britannique avec sa mère et son beau-père, Frank Ross, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. (Frank Ross deviendra lieutenant-gouverneur de Colombie-Britannique en 1955, et Phyllis sera chancelière de l’Université de Colombie-Britannique [UBC]).

John Turner étudie en sciences politiques à l’UBC, où il excelle en athlétisme. En 1947, il devient l’homme le plus rapide au Canada, établissant un record canadien pour la course de 100 yards (9,8 secondes). L’année suivante, il établit son record personnel (9,6 secondes) et se qualifie pour les jeux olympiques de 1948 – mais ne peut y participer, s’étant blessé au genou dans un accident de voiture.

John poursuit ses études à l’Université de Paris et à l’Université d’Oxford, où il complète son diplôme en droit en 1952 en tant que boursier Rhodes. Il retourne au Canada et se joint à un cabinet d’avocats de Montréal, après avoir reçu le titre d’avocat au Québec en 1954.

John épouse Geills Kilgour en 1963. Ils ont quatre enfants.

Politique fédérale 1962–1974

Recruté par le premier ministre Lester Pearson comme candidat libéral à Montréal, John Turner est élu à la Chambre des communes en 1962, puis réélu en 1963 et 1965. En 1968, son siège ayant été aboli par le redécoupage de la carte électorale fédérale, il déménage dans la circonscription d’Ottawa.

Il entre au cabinet pour la première fois en décembre 1965, à l’occasion d’un remaniement post électoral de Lester Pearson, et il occupe des postes mineurs avant de devenir ministre de la Consommation et des Affaires commerciales en décembre 1967.

En 1968, après la démission de Lester Pearson, John Turner se présente à la chefferie du Parti libéral. Bien qu’il doive s’incliner devant Pierre Trudeau, il obtient un succès respectable, se présentant comme un candidat « anti-establishment » et comme le jeune ministre anglophone le plus en vue. En juillet 1968, Pierre Trudeau le nomme ministre de la Justice, un poste qu’il conservera jusqu’en janvier 1972. En tant que ministre de la Justice, John Turner pilote la réforme du code criminel et la loi spéciale qui suit la crise d’octobre 1970.

En 1972, Pierre Trudeau déplace John Turner au ministère des Finances. Quand le gouvernement Trudeau perd sa majorité au Parlement en novembre 1972, John Turner se voit contraint d’ajuster les politiques aux exigences de l’électorat, et il s’ensuit des réductions d’impôts et des augmentations de pensions. Le gouvernement jouit encore de surplus budgétaires en 1973 et 1974, mais l’effet d’ensemble de cette politique est de stimuler l’inflation.

Quand le gouvernement Trudeau retrouve sa majorité – dans une élection qui suit le rejet du budget de Turner par la Chambre des communes, en mai 1974 – John Turner se concentre sur la lutte contre l’inflation. Cependant, il demande à quitter le portefeuille des Finances.

Rupture avec Pierre Trudeau

En 1975, on rapporte dans la presse que John Turner envisage de quitter à la fois le gouvernement Trudeau et la politique fédérale. Il en discute avec le premier ministre en juillet, et Pierre Trudeau lui suggère de prendre un autre poste au cabinet, ou de demeurer dans le gouvernement pendant au moins une autre année. La réunion se termine sans qu’une décision claire ait été prise.

Les deux se rencontrent à nouveau au début de septembre. À ce moment, John Turner considère que le gouvernement Trudeau a évalué de manière irréaliste la situation économique du pays et l’humeur de l’électorat. Il juge que le premier ministre n’a pas suffisamment appuyé ses politiques économiques et n’a pas fait preuve d’un bon leadership. Surtout, John Turner ne voit aucune possibilité d’accéder au leadership du Parti libéral dans un avenir proche. Le 9 septembre, il présente sa lettre de démission au cabinet du premier ministre.

La démission soudaine de John Turner est une bombe qui fait la une des journaux. Des partisans de Pierre Trudeau présentent ce départ comme un acte déloyal de John Turner, mais d’autres perçoivent celui-ci comme l’offensé. Les médias encensent son travail aux ministères de la Justice et des Finances. On s’entend à croire qu’il a démissionné parce qu’il n’avait pu convaincre ses collègues de la nécessité de réduire les dépenses.

La démission de John Turner fait mal au Parti libéral fédéral et contribue peut-être à la défaite du libéral Robert Nixon à l’élection provinciale de septembre en Ontario, devant le progressiste-conservateur Bill Davis. Certains spéculent que John Turner pourrait briguer le leadership du Parti libéral de l’Ontario, ou même changer de couleurs politiques et tenter sa chance à la tête du Parti progressiste-conservateur fédéral après la démission de Robert Stanfield. Cependant, en février 1976, John Turner quitte entièrement la politique. Il se joint à un cabinet d’avocats de Toronto et siège au conseil d’administration de plusieurs entreprises canadiennes.

Premier ministre

John Turner omet de présenter sa candidature à la chefferie du Parti libéral en 1979, après la première démissionde Pierre Trudeau, de courte durée. La course à la chefferie n’a jamais lieu puisque Pierre Trudeau revient brusquement avant l’élection de 1980.

Quatre ans plus tard, à l’annonce de la démission de Pierre Trudeau, John Turner décide de se présenter à la chefferie, qu’il remporte au second tour, le 16 juin 1984, défaisant son collègue Jean Chrétien. Le Parti libéral étant au pouvoir, John Turner devient automatiquement le 17e premier ministre du Canada le 30 juin. Il n’est pas obligé de déclencher une élection avant 1985, mais puisque les libéraux mènent dans les sondages, il décide de dissoudre le parlement le 9 juillet. Une élection fédérale est déclenchée pour le 4 septembre.

Élection de 1984

L’avance du Parti libéral s’effrite à la suite de graves bévues de John Turner durant la campagne de l’été. On lui reproche de vouloir créer des emplois à court terme, une approche des années 1970, révélatrice d’une conduite et d’un style de campagne d’une autre époque. On le filme en train de donner une tape sur la fesse de la présidente du Parti libéral Iona Campagnolo. Il tente de présenter la chose comme un geste amical, ne comprenant pas que beaucoup de femmes y voient de la condescendance.

Mais la campagne de John Turner souffre surtout du patronage que le Parti lui laisse en héritage. Avant de quitter son poste, Pierre Trudeau a recommandé que la gouverneure générale Jeanne Sauvé nomme plus de 200 libéraux à des postes du gouvernement. Devenu premier ministre, John Turner non seulement n’annule pas ces nominations, mais il en ajoute 70 de plus. Les Canadiens sont outragés. Dans un débat télévisé en anglais, le chef progressiste-conservateur Brian Mulroney met fin à toute possibilité de réélection des libéraux quand il a déclare à un John Turner visiblement troublé :

« Vous aviez une possibilité, monsieur. Vous pouviez dire “Je ne le ferai pas. Ce n’est pas bon pour le Canada, et je ne demanderai pas aux Canadiens de payer le prix.” Vous aviez une possibilité, monsieur, de dire “non”, et vous avez choisi de dire “oui” aux vieilles attitudes et aux vieilles histoires du Parti libéral. Ceci, monsieur, je vous le dis respectueusement, ceci n’est pas assez bon pour les Canadiens. »

Les libéraux subissent une défaite magistrale, ne conservant que 40 sièges aux Communes après avoir perdu de nombreuses circonscriptions dans leur château-fort traditionnel du Québec. John Turner conserve son propre siège dans Vancouver Quadra. Il quitte ses fonctions de premier ministre le 17 septembre et devient, pour quatre années, chef de l’opposition.

Élection de 1988

Au milieu des dissensions internes, John Turner reconstruit et revitalise le Parti libéral. Il est reconduit à la chefferie du parti au congrès de 1985, et les libéraux mènent à nouveau dans les sondages en 1987.

L’enjeu central de l’élection de 1988 est l’entente de libre-échange que le gouvernement du premier ministre Brian Mulroney a négociée avec les États-Unis. L’entente abolirait la plupart des droits à la frontière canado-américaine et établirait un nouveau processus pour régler les différends commerciaux. L’establishment d’affaires soutient fermement l’entente ; les syndicats, la communauté artistique et les Canadiens qui craignent pour la souveraineté du pays s’y opposent.

John Turner accuse Brian Mulroney de vendre le Canada aux États-Unis et déclare que la lutte contre l’entente sera « la bataille de [sa] vie ». Les libéraux parviennent à doubler leur nombre de députés durant cette élection, prenant 83 sièges, mais Mulroney obtient un second gouvernement majoritaire et l’entente de libre-échange est ratifiée. En 1990, John Turner démissionne de la chefferie du Parti libéral, où il est remplacé par Jean Chrétien.

Après la carrière politique

John Turner conserve son siège au parlement jusqu’en 1993, mais on le voit rarement aux Communes. En 1990, il retourne à la pratique privée, cette fois comme avocat chez Miller Thomson LLP. Il devient plus tard chef du programme de bourses du cabinet. Il siège aussi au conseil d’administration de plusieurs entreprises.

En 1994, il est fait Compagnons de l’Ordre du Canada.

En 2004, John Turner est membre de la délégation canadienne qui observe le déroulement de l’élection présidentielle ukrainienne. En 2008, il participe, avec d’autres anciens premiers ministres, à la série télévisée de téléréalité Canada’s Next Great Prime Minister. En 2012, il reçoit la médaille du jubilé de la reine Elizabeth II pour le Canada.