Turner, John Napier

John Napier Turner, homme politique, avocat, premier ministre fédéral (Richmond, Angl., 7 juin 1929). Après la mort de son père, Turner accompagne sa mère, originaire du Canada, dans son pays en 1932. Après avoir fréquenté des écoles privées à Ottawa, Turner s'établit dans l'Ouest avec sa mère et son beau-père, Frank Ross, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il étudie à l'U. de la Colombie-Britannique, à Oxford et à l'U. de Paris, puis entre dans un cabinet d'avocats à Montréal et est admis au Barreau du Québec en 1954. Recruté par Lester PEARSON comme candidat libéral à Montréal, Turner est élu à la Chambre des communes en 1962 (réélu en 1963 et en 1965). Lorsque le remaniement électoral abolit son siège en 1968, il quitte sa circonscription et en choisit une autre à Ottawa. En décembre 1965, il entre au Cabinet pendant le remaniement post-électoral de Pearson. Il y occupe de petites fonctions avant de devenir ministre de la Consommation et des Affaires commerciales en décembre 1967. En 1968, il se porte candidat à la direction du Parti libéral et fait très bonne impression. Il apparaît comme le jeune ministre anglophone le plus en vue, peu conforme à l'image de la classe dominante, mais c'est Pierre TRUDEAU qui devient chef du parti. Trudeau le nomme ministre de la Justice en juillet 1968, poste qu'il occupera jusqu'en janvier 1972. Dans ce ministère, Turner appuie la réforme du Code criminel et une loi spéciale en réponse à la CRISE D'OCTOBRE de 1970.

En 1972, Trudeau lui confie le ministère des Finances. Lorsque le gouvernement de Trudeau perd sa majorité en novembre 1972, Turner croit nécessaire d'adapter les décisions politiques aux exigences populaires, d'où une réduction des impôts et une augmentation des pensions. Le gouvernement continue à être excédentaire en 1973 tout comme en 1974, mais l'effet global de sa politique stimule l'inflation. Quand le gouvernement Trudeau retrouve sa majorité aux élections provoquées par l'échec du budget de Turner de mai 1974 à la Chambre des communes, Turner met toute son énergie à juguler l'inflation. Cependant, aucune option politique n'a encore été adoptée lorsqu'il démissionne soudainement du Cabinet, sans aucune explication, en septembre 1975. Il abandonne ses activités politiques en février 1976, pour se joindre à un grand cabinet d'avocats de Toronto. Après la première démission de Trudeau en 1979, il refuse de se présenter aux élections pour la direction du Parti libéral (qui n'ont jamais eu lieu). En revanche, quand Trudeau annonce sa démission en février 1984, Turner décide de se lancer dans la course pour la direction du parti. Il gagne au second tour du scrutin, le 16 juin 1984, face à Jean Chrétien. Devenu premier ministre le 30 juin, Turner dissout le Parlement le 9 juillet. À l'occasion des élections du mois de septembre suivant, Turner mène une campagne désorganisée et ne parvient pas à changer l'image déjà très impopulaire des libéraux. Leur défaite est désastreuse : seulement 40 sièges aux Communes. Sans parvenir à convaincre les électeurs de ses capacités de diriger et d'innover, il conserve néanmoins son propre siège de Vancouver-Quadra. Il abandonne son poste le 17 septembre 1984 pour devenir chef de l'Opposition. C'est le début de deux années de conflits au sein de son parti. Ces dissensions sont temporairement dissipées avec la confirmation de Turner à la direction du parti par le congrès libéral d'Ottawa en novembre 1986. Tandis que Turner essaye toujours d'obtenir une plus grande approbation, les libéraux parviennent à se hisser dans les sondages jusqu'à la fin de l'année 1987. Aux élections de 1988, Turner est à la tête d'un parti revitalisé qui mène une campagne efficace contre la politique de libre-échange des conservateurs. Les libéraux doublent leur nombre de sièges, passant de 40 à 82, mais restent loin derrière les conservateurs. Turner démissionne en tant que chef du parti en 1990. Il est remplacé par Jean Chrétien, mais il garde son siège jusqu'à la dissolution de 1993. Il renoue alors avec la pratique du droit.