Ultramontanisme

Au Canada comme en Europe, où cette doctrine apparaît pendant la Révolution française, ses adeptes rejettent tout compromis entre le CATHOLICISME et la pensée moderne et réclament la priorité de la société religieuse sur la société civile. Son dogme principal est l'attachement à la personne du pape et la croyance en son infaillibilité.

L'ultramontanisme s'implante au Canada entre 1820 et 1830, d'abord au Séminaire de Saint-Hyacinthe, fortement influencé par les idées de Félicité de Lamennais, puis à Montréal sous l'influence de son premier évêque catholique, Jean-Jacques LARTIGUE. Celui-ci s'oppose aux idées gallicanes (voir GALLICANISME) et lutte pour la liberté de l'Église ainsi que pour la suprématie religieuse en matière d'éducation. Son successeur, Mgr Ignace BOURGET, fait triompher les idées ultramontaines dans tous les domaines (théologie, éducation, relations entre l'Église et l'État, etc.) à Montréal et dans la majeure partie du monde catholique au Canada. L'ultramontanisme, très puissant dans les années 1860, se scinde en deux groupes. Les extrémistes luttent pour l'application immédiate des principes ultramontains : exercice du pouvoir sur l'éducation, réforme des lois pour qu'elles soient conformes au droit canonique, surveillance de la législation civile par l'épiscopat, etc. Les ultramontains modérés, qualifiés de libéraux par les extrémistes, souhaitent une application plus prudente des principes et le recours au compromis si nécessaire. Les extrémistes, dirigés d'abord par Mgr Bourget, puis par Mgr Louis-François LAFLÈCHE, mobilisent des journalistes et des politiciens conservateurs, qui préconisent un programme catholique visant à garantir la suprématie de l'Église dans la vie politique. Au cours des années suivantes, les extrémistes et les partisans du « programme » mènent une croisade antilibérale, dont l'une des conséquences est la naissance des CASTORS en 1882. Même si les ultramontains croient en l'importance de l'État, l'ultramontanisme se rapproche grandement des idéaux du NATIONALISME CANADIEN-FRANÇAIS qui aspire à une société autosuffisante et dominée par l'Église.

L'intervention politique directe des ultramontains extrémistes est un échec, mais la pensée ultramontaine, à peine modifiée, domine l'enseignement philosophique et théologique des petits et des grands séminaires, la DOCTRINE SOCIALE de l'Église catholique au Canada et beaucoup de directives des évêques de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu'aux années 50. Il faut attendre la RÉVOLUTION TRANQUILLE et le concile Vatican II pour voir cet édifice idéologique s'effondrer.