William McDougall, C.R., avocat, journaliste, politicien, lieutenant-gouverneur de la Terre de Rupert et des Territoires du Nord-Ouest (né le 25 janvier 1822 près de York, dans le Haut-Canada; décédé le 29 mai 1905 à Ottawa, en Ontario). William McDougall est l’un des premiers partisans du mouvement des Clear Grits, et croit en l’expansion vers l’Ouest canadien, le gouvernement responsable et la représentation proportionnelle. Il assiste aux trois conférences de la Confédération et se trouve entraîné dans la Rébellion de la rivière Rouge.

Début de carrière

Les parents de William McDougall sont Daniel McDougall et Hannah Matthews, descendants de loyalistes de l’Empire britannique. Ils l’élèvent sur leur ferme au nord de York, dans le Haut-Canada. À l’âge de 15 ans, il est témoin de l’incendie de la taverne Montgomery lors de la Rébellion du Haut-Canada, le 7 décembre 1837. Trois ans plus tard, il est admis à l’académie du Haut-Canada, à Cobourg, qui deviendrait en 1841 le Victoria College. Il suit une formation avec un avocat de Toronto, James Hervey Price, qui est également un réformiste radical, et commence sa carrière d’avocat en 1847. Il rejoint le Barreau en 1862 et est élu au Conseil de la Reine en 1881.

Le journalisme l’intéresse toutefois davantage que le droit. En 1847, il crée le Canadian Farmer, un journal hebdomadaire consacré à l’agriculture, qui évoluera pour devenir le Canadian Agriculturalist. Ses opinions politiques sont publiées surtout dans le North American, un journal qu’il crée en 1850 et qu’il vend à George Brown en 1855. Il se met alors à écrire pour le Globe, que dirige George Brown (le journal qui deviendrait plus tard le Globe and Mail).

Carrière politique

Les opinions politiques de William McDougall sont influencées par le mouvement des Clear Grits tout en y apportant des éléments nouveaux; le mouvement mène les partis politiques contestataires du Canada-Ouest au cours des années 1850. Les Clear Grits prônent une simplification de la loi, la vente des terres de la Couronne, et la cessation des privilèges accordés à l’Église d’Angleterre et à ses institutions. William McDougall est également en faveur de la création d’un système de monnaie décimale, d’améliorations subventionnées par l’État dans le domaine agricole et de dépenses appropriées pour les affaires publiques. À l’instar de plusieurs de ses collègues, il croit que le gouvernement présente une tendance à la corruption; il milite donc pour des institutions honnêtes et démocratiquement élues, fondées sur le principe de la représentation proportionnelle.

Un élément-clé du programme des Clear Grits et du Parti réformiste, plus modéré, est l’acquisition des terres appartenant à la Compagnie de la Baie d’Hudson, dont William McDougall fait la promotion dans le North American. L’expansion vers l’Ouest canadien, considérant l’importance qu’a pour William McDougall la représentation proportionnelle, est alors perçue comme un moyen de marginaliser l’influence du Canada-Est dans la législature paralysée de l’union. En avril 1861, par exemple, un William McDougall à bout de nerfs déclare qu’il « se tournerait vers Washington » pour sauver le Canada-Ouest du « contrôle d’une race étrangère et d’une religion qui n’est pas celle de l’Empire ».

William McDougall est d’avis qu’il vaut mieux ignorer la discipline de parti si celle-ci est contraire à un « accord » avantageux; cet opportunisme politique lui vaut le surnom de « Wandering Willie ». En 1854, il soumet sa candidature aux élections, sans succès, en tant que réformiste. Il est finalement élu en 1858 à North Oxford, soit l’ancienne circonscription de George Brown. Membre du cabinet, il se joint à toutes sortes de coalitions avant la Confédération d’abord en tant que commissaire des terres de la couronne (1862-1864), puis comme secrétaire provincial (1864). Fervent partisan de l’expansion vers l’Ouest canadien, indispensable selon lui à la survie du Canada britannique, William McDougall voit les peuples autochtones comme des éléments perturbateurs, notamment à cause de leur refus de pratiquer l’agriculture sur leurs réserves. En tant que commissaire des terres de la couronne, il parvient à faire ressaisir la plus grande partie de l’île Manitoulin, qui avait été un refuge pour les Premières Nations depuis 1836, sous prétexte qu’il s’agit d’un obstacle au développement économique et à l’établissement. L’île avait été le centre de l’administration autochtone dans ce qui est aujourd’hui le Nord de l’Ontario, ainsi qu’un endroit où de nombreuses Premières Nations, originaires de la région, avaient pu s’établir.

Confédération

William McDougall défend farouchement le projet de la Confédération. Tout comme John A. Macdonald, il rêve d’une nation transcontinentale. Il croit fermement que le seul moyen de se sortir de l’impasse politique dans laquelle se trouvent le Canada-Est et le Canada-Ouest, et d’éviter ainsi que le Canada devienne négligeable en Amérique du Nord, est d’unir les deux colonies britanniques et de poursuivre l’expansion vers l’Ouest canadien. Il se rend aux trois conférences de la Confédération, celles de Charlottetown, Québec et Londres, et décrit la Conférence de Québec de 1864 comme le plus beau moment de sa vie. Il s’agit pour lui d’un moment grandiose où l’on abandonne les lignes de parti pour créer une vision nouvelle du Canada.

Rébellion de la rivière Rouge

En tant que ministre des Affaires publiques sous l’administration de sir John A. Macdonald (1867), William McDougall obtient finalement que le gouvernement fasse l’acquisition de la Terre de Rupert. Il est également présent à Londres pour en négocier l’achat en 1868, mais se trouve malade pendant la plus grande partie de son séjour et d’humeur maussade le reste du temps, laissant à sir George-Étienne Cartier une lourde charge de travail.

Le 28 septembre 1869, William McDougall est nommé lieutenant-gouverneur de la Terre de Rupert et des Territoires du Nord-Ouest, titre qu’il conserve jusqu’au 12 mai 1870, moment où le Manitoba devient une province. Le 30 octobre 1869, William McDougall et ses proches, parmi lesquels quatre de ses neuf enfants (leur mère, Amelia Caroline Easton, est alors décédée depuis peu), font leur entrée dans les Territoires du Nord-Ouest par les États-Unis. Ils sont cependant renvoyés par le comité national des Métis de la rivière Rouge le 2 novembre, avant que William McDougall n’ait le temps d’asseoir son autorité à Fort Garry. Les Métis sont en colère, William McDougall ayant envoyé une équipe d’arpenteurs dans les Territoires du Nord-Ouest avant qu’un accord avec la Compagnie de la Baie d’Hudson ne soit finalisé. C’est l’un des événements qui mènent à l’éclatement de la Rébellion de la rivière Rouge.

William McDougall s’oppose vivement à l’entrée du Manitoba dans la Confédération, arguant que son taux de population n’est pas assez élevé.

Fin de carrière politique

William McDougall fait partie de la Commission de la frontière Ontario-Manitoba (1871-1872), puis se rend en Europe et en Grande-Bretagne, où il exerce la fonction de commissaire des pêcheries et de l’immigration. En 1872, il épouse Mary Adelaide Betty, qui lui donne trois autres fils. Il met fin à sa pratique juridique, aurait décliné un poste de juge et de celui de lieutenant-gouverneur de la Colombie-Britannique en 1881, et continue de se mêler à la politique tantôt en tant que libéral, tantôt en tant que conservateur, au grand agacement des deux partis. En 1890, il tombe d’un train en mouvement, ce qui lui occasionne une sévère blessure à la colonne vertébrale et l’écarte de la sphère publique. Il meurt à Ottawa le 29 mai 1905.

Héritage

Que ce soit avec ou sans l’apport de William McDougall, les terres de l’Ouest canadien auraient été acquises et le Canada se serait étendu. Ses opinions sont inébranlables, souvent en accord avec celles du groupe Canada First, représenté par Charles Mair. Ceux qui espéraient un avenir national inclusif se rendent alors compte que les Métis et les habitants de l’Ouest canadien n’ont guère le choix que de résister. S’il est considéré comme un brillant orateur et un réformiste politique, William McDougall ne trouve finalement que peu d’alliés; on se souvient de lui comme un personnage froid et un politicien au service de ses intérêts.

Voir aussi Pères de la Confédération.