Zacharias Kunuk, Zack ou Sak, réalisateur vidéo et sculpteur (Kaupivik, Nunavut, 27 nov. 1957). Personnage médiatique de renommée internationale, Kunuk joue un rôle crucial dans la redéfinition du cinéma ethnographique au Canada et est à l'avant-garde de l'utilisation innovatrice par les Inuits des technologies de radiodiffusion. Il établit sa réputation de sculpteur de pierre de savon (ses œuvres sont exposées au Musée canadien des civilisations) avant de se lancer dans la réalisation vidéo au début des années 1980 avec une petite caméra achetée à Montréal à l'occasion d'un voyage dans une galerie d'art inuit. Il travaille comme réalisateur vidéo indépendant à Igloolik, avant de devenir réalisateur principal et directeur de station pour l'Inuit Broadcasting Corporation (IBC) à Igloolik. Après sept années, il quitte son poste pour devenir un critique véhément pour l'IBC, dénonçant la trop grande autorité accordée aux bureaucrates du Sud.

En 1988, avec Norman Cohn, new-yorkais d'origine et Pauloosie Qulitalik, présentateur unilingue de langue inuktitut, Kunuk fonde la maison de production indépendante Igloolik Isuma Productions, basée à Igloolik (Nunavut). Paul Apak Angilirq, vétéran de l'IBC, se joint au groupe un peu plus tard, mais meurt d'un cancer en décembre 1998. Igloolik Usuma produit plusieurs vidéos largement acclamées, notamment Qaggiq (Gathering Place, 1989) et Saputi (Fish Traps, 1993), portraits détaillés de la vie traditionnelle mettant en scène les autochtones de la région d'Igloolik et filmés dans un style mariant le documentaire et la fiction. Avec Iglolik Isuma, Kunuk réalise aussi la série Nunavut (13 épisodes d'une demi-heure, 1992-1995), produite dans un style docu-fiction semblable et qui dépeint aussi différents aspects de la vie traditionnelle. Ces productions totalement en inuktitut se situent dans les années 1930 ou 1940, toutefois il arrive parfois que les publics du Sud ne remarquent pas les titres faisant mention de dates et en concluent à tort que la plupart des Inuits vivent encore ainsi. On pourrait considérer la préférence de Kunuk pour les vidéos sur le passé du Nunavut plutôt que sur son présent comme étant sentimentale et nostalgique, mais son travail comporte un aspect résolument activiste. Ses vidéos constituent une tentative pour intervenir dans la crise culturelle que vivent les Inuits d'après-guerre. Elles représentent un moyen de conjurer l'oubli collectif en combinant la technologie moderne à l'histoire traditionnelle transmise par voie orale.

En 1998, Kunuk commence à travailler sur Atanarjuat, la légende de l'homme rapide, qui est le premier long métrage de fiction écrit, joué, produit et réalisé par des Inuits en inuktitut. C'est un film d'action et de suspens haletant qui se déroule sur l'ancien site d'Igloolik et où s'affrontent de puissants personnages tant humains que surnaturels dans un combat acharné marqué par l'amour, la jalousie, le meurtre et la vengeance. La production est retardée par des problèmes de financement et de logistique, mais Kunuk termine son film en 2000. Il est primé au Festival de Cannes en 2001 et lui vaut de recevoir la Caméra d'or (pour un premier long métrage). C'est la première fois qu'un Canadien remporte ce prix très convoité.

Bien que Kunuk éprouve initialement certaines difficultés à conclure une entente de distribution de ses films au pays, Atanarjuat se classe deuxième parmi les films canadiens ayant fait les plus grosses recettes en 2002 et reçoit cinq prix Génie dans les catégories du meilleur long-métrage, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario, du meilleur montage et de la meilleure musique originale. Kunuk est aussi honoré d'un prix Claude Jutra qui récompense un réalisateur ou une réalisatrice pour son premier long-métrage.

Igloolik Isuma Productions collabore avec deux ateliers, Arnait Video Productions/Women's Video Workship of Igloolik et Tarriaksuk Video Centre, qui forment la population locale aux principes de base de la réalisation vidéo pour lui permettre de produire des œuvres médiatiques sur son quotidien. C'est pour ce leadership dans la mise en valeur du style unique du conte inuit que Kunuk est nommé Officier de l'Ordre du Canada en 2002.

Kunuk continue de réaliser des courts-métrages documentaires et de présenter ses films sur la scène internationale, notamment Angakkuiit (Shaman Stories, 2003) et Kiviaq Versus Canada (présenté à l'échelle nationale en 2006). Il réalise un deuxième long-métrage, The Journals of Knud Rasmussen (2006; v.f. Le journal de Knud Rasmussen) avec son collaborateur de longue date Norman Cohn. Cette production canado-danoise raconte l'histoire de gens qui, en 1912, en Arctique, combattent la famine causée par les conditions climatiques. Selon certains, le film est inspiré de faits vécus décrits dans le journal de l'anthropologue culturel groenlandais Knud Rasmussen. Ce film est une lamentation sur l'apparition des effets dévastateurs de l'influence européenne sur la culture des Inuits, particulièrement le chamanisme, quelques décennies avant que les villages gouvernementaux deviennent leur milieu de vie dominant. Le journal de Knud Rasmussen reçoit un accueil enthousiaste dans le circuit international des festivals de film après sa première mondiale au Festival international du film de Toronto en 2006.

En 2008, Igloolik Isuma Productions termine son troisième long métrage intitulé Before Tomorrow (v.f. Le jour avant le lendemain), un film réalisé par Marie-Helene Cousineau et Madeline Ivalu sous la direction de Cohn et Kunuk en tant que chefs de production.

Il a tourné des dizaines de vidéos (téléchargeables depuis le site d'Isuma Productions, service de radiodiffusion en ligne cofondé par Kunuk) allant d'entrevues assez directes avec des dirigeants communautaires à des films tournés avec des téléphones cellulaires documentant les traditions inuites encore vivantes aujourd'hui dans l'Igloolik contemporain. Il ne ménage pas ses efforts pour que l'équipement de production et de réception multimédia utilisé par les vidéastes inuits et par le grand public restent à jour et que les sociétés de médias tout particulièrement dans la région d'Igloolik continuent d'être parmi les plus en pointe en matière de vidéo dans le monde occidental.