Orphelins de Duplessis

À l'origine, ce sont des enfants illégitimes (nés hors des liens du mariage) ou abandonnés qui vécurent, entre les années 30 et le début des années 60, dans certaines institutions québécoises comme les crèches, les orphelinats et les hôpitaux psychiatriques. À cette époque, la plupart des institutions de ce genre étaient tenues par des communautés religieuses.

En tant que groupe, les orphelins de Duplessis font leur entrée sur la scène publique, au début des années 90, en exigeant réparation pour des actes illégaux commis à leur endroit: internement arbitraire en milieu psychiatrique, faux diagnostics de maladie mentale, sévices corporels et agressions sexuelles, etc. On estime leur nombre à 2 ou 3000. Regroupés au sein d'un comité et dirigés par l'écrivain Bruno Roy, ils accusent en outre certaines communautés religieuses, l'État et le corps médical de leur avoir fait subir une institutionnalisation prolongée pour des motifs essentiellement financiers. Cette affaire se retrouve rapidement devant les tribunaux, mais les orphelins ne connaissent que des échecs successifs (tentatives de recours collectifs et de poursuites criminelles déboutées). Cependant, avec le dépôt d'un rapport du Protecteur du citoyen favorable à leur cause, en janvier 1997, le débat prend une tournure plus politique. On y demande des excuses officielles des trois principaux groupes mis en cause (gouvernement, corps médical et communautés religieuses) de même que des indemnisations personnelles. Le gouvernement Bouchard attend jusqu'en mars 1999 pour offrir des excuses et un très modeste fonds d'aide de trois millions de dollars, non assorti de compensations individuelles. L'offre est rejetée par les orphelins. Pour leur part, en septembre 1999, les évêques du Québec opposent une fin de non-recevoir à leurs demandes d'excuses et écartent l'idée de verser quelque argent que ce soit en leur faveur. Apparemment toujours dans l'impasse, le mouvement a cependant, au printemps 2000, la faveur d'un comité de personnalités appuyant les orphelins, de la population (d'après un sondage) et d'une partie de la députation péquiste, ainsi que de certains membres de l'Église critiques à l'égard de l'attitude adoptée par les évêques; on y retrouve entre autres, l'ex- sénateur Jacques Hébert et l'ex- ministre péquiste Denis Lazure, qui présidera le combat. Sous la gouverne du premier ministre Landry, le 30 juin 2001, le Comité des orphelins de Duplessis accepte l'offre d'indemnisation. Ils reçoivent une somme de 25 000$ en moyenne par personne en dédommagement, sous le titre de Programme national de réconciliation, ce qui mettra un terme au différend et au combat des orphelins pour obtenir justice à leur cause. En contrepartie, le Comité des orphelins renonce à toute poursuite contre l'Église.