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« La lumière blanche et pure générée par le plus grand chef-d'œuvre de Dieu »
Avec l'actuelle croyance presque religieuse en la privatisation et le débat récent sur la vente
d'Ontario Hydro, il est opportun de jeter un coup d'œil sur une époque où on avait un point de
vue différent sur ce qui constitue le bien public. Au tournant du XXe siècle, les espoirs d'un avenir prospère en Ontario résident dans la
puissance fascinante des chutes Niagara. L'énergie hydroélectrique est le « charbon blanc » qui va
ravitailler la nouvelle économie. Le journaliste de Toronto Hector Charlesworth se souvient
d'avoir appris avec euphorie qu'« une source d'énergie aussi vaste que l'ensemble des gisements
de houille de la Pennsylvanie avait, par quelque procédé miraculeux, été transférée en sol
canadien ». En 1902, une grève qui sévit dans une mine de charbon en Pennsylvanie fait prendre
conscience à toute la population de l'Ontario du danger qu'il y a à dépendre de sources d'énergie
étrangères et de la frustration que cela peut engendrer. Ils appréhendent un hiver glacial.
 | Sir Adam Beck a permis à l'Ontario de se doter d'un réseau électrique et a présidé l'entreprise qui allait devenir Ontario Hydro (avec la permission de la Galerie du patrimoine canadien). |
| Oui, les Chutes doivent être aménagées. Cependant qu'est-ce qui pousse une province
canadienne, parmi tous les États de l'Amérique du Nord, à se lancer dans l'expérience inédite de
la propriété de l'État? La voie qu'emprunte l'Ontario est sans précédent en Grande-Bretagne ou en
Amérique mais, comme le décrit l'historien Viv Nelles, « elle est le produit de l'environnement
social et politique unique de l'Ontario du début du XXe siècle ». Et pour diriger ces forces
s'impose la personnalité d'Adam Beck. Le mouvement pour l'électricité publique voit le jour modestement à Waterloo (Ont.) le 11
février 1902 lorsqu'un groupe d'hommes d'affaires se réunissent pour discuter de la création d'un
marché combiné pour l'électricité. Beck fait ses débuts lors d'une réunion semblable à Berlin
(Kitchener) en février 1903. Énergique et agressif dans tout ce qu'il fait, que ce soit au tennis, à la
crosse, en équitation ou en politique, Beck est à la fois maire de London et représentant du Parti
conservateur à l'Assemblée législative. Il prêche pour une énergie peu coûteuse et illimitée avec
un zèle évangélique. Pour Beck et ses partisans, l'« Évangile civique » est tel que si un service
public est un monopole naturel qui est exploité à des fins personnelles, le résultat est inévitable :
un service inadéquat et des tarifs exorbitants. C'est ainsi que débute la croisade en faveur de l'«
électricité du peuple ». La position totalement inadéquate des compagnies privées, en majorité propriétés des
Américains, qui prévoient vendre la plus grande partie de l'électricité provenant des chutes à
l'État de New York en n'en laissant que le surplus à l'Ontario est un argument de taille. En 1905,
l'électricité publique pénètre dans la politique provinciale, et le nouveau premier ministre
conservateur, James Whitney, déclare : « l'énergie hydroélectrique des chutes Niagara devrait être
aussi libre que l'air et disponible... pour chaque citoyen ». En 1906, la commission d'enquête de
Beck fournit sa recommandation pour un service de propriété publique. L'idée reçoit un soutien
généralisé. Le journal Toronto World publie : « La lumière la plus impressionnante que Dieu ait
donné à l'homme est une lumière blanche et pure générée par son plus grand chef d'œuvre - les
chutes Niagara. Gardons-la éternellement pour tout le peuple. » Des obstacles considérables se dressent, tels que les grandes entreprises et la procrastination
du premier ministre, mais Adam Beck est l'homme de l'heure. Lorsque, en 1910, lors de
célébrations enthousiastes, la Commission d'énergie hydro-électrique de propriété publique
commence ses opérations, elle constitue un véritable témoignage de l'énergie de Beck. Dans les
conflits d'intérêts entre le capitalisme financier d'une part et les consommateurs d'électricité
d'autre part, Beck a persuadé le public que ceux qui détiennent l'argent et l'électricité sont
totalement indifférents au bien-être de l'ensemble de la communauté. Au moment où Ontario Hydro commence à distribuer de l'électricité, les prix chutent de 87
% et ils resteront inférieurs d'un tiers à ceux des États-Unis. « L'électricité publique a été une cause démocratique radicale classique », écrit Viv Nelles, «
une mesure défensive contre l'un des abus les plus évidents du capitalisme ». À la question
classique, « qui parle pour le bien public? », la réponse en Ontario au tournant du XXe siècle était
claire, Adam Beck. C'est une question qu'il faut toujours se poser. James H. Marsh est rédacteur en chef de L'Encyclopédie canadienne.
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