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Le 18 juin 1812, à l'apogée des GUERRES NAPOLÉONIENNES, les États-Unis déclarent la guerre à l'Angleterre et s'attaquent à la seule possession britannique sur le continent, le Canada. La plupart des combats qui s'ensuivent ont lieu le long de la frontière. Le conflit prend fin dans l'impasse. Le TRAITÉ DE GAND, signé le 24 décembre 1814, ne règle rien, puisque les motifs de la guerre (mainmise britannique sur les mers, fouille des navires américains pendant le blocus napoléonien, enrôlement obligatoire des marins américains par les Britanniques) ne tiennent plus à la suite de la défaite de Napoléon. Toutefois, le Canada doit sa configuration actuelle aux négociations issues de cette guerre, et la guerre elle-même, ou les mythes qu'elle a créés, a donné pour la première fois aux Canadiens l'impression de former une communauté.


Mots-clés
Guerres

Les forces canadiennes et britanniques étaient beaucoup moins nombreuses, mais beaucoup mieux préparées, grâce au génie du major général Isaac BROCK, gouverneur du HAUT-CANADA. Si, disait-il, l'ennemi peut emprunter la voie traditionnelle d'invasion (Champlain-Richelieu), s'emparer de Montréal et couper le lien vital entre le Haut-Canada et le Bas-Canada, la guerre sera pour ainsi dire terminée. Toutefois, Brock croit cette tactique impossible, car ses alliés autochtones dirigés par TECUMSEH, chef de guerre shawnee, tiennent la frontière Nord-Ouest américaine en effervescence. Les Américains essaieront donc d'abord d'assurer leur flanc gauche. La prise sans effusion de sang d'un poste clé américain dans l'île Michilimakinac (au lac Huron) le 17 juillet et celle de Détroit le 16 août font avorter cette stratégie. Les Britanniques ont ainsi la mainmise sur la région du Michigan et du haut Mississippi.

La remarque de Thomas Jefferson selon laquelle la conquête du Canada ne serait qu'une « simple promenade » revient dès lors hanter Washington. Après avoir perdu une armée à Détroit, les Américains en perdent une autre le 13 octobre à Queenston Heights (voir BATAILLE DE QUEENSTON HEIGHTS), lorsque leur milice, forte de sa garantie constitutionnelle, refuse de pénétrer au Canada. Cependant, Brock meurt au combat, une perte irréparable. Une nouvelle armée américaine conduite par William Henry Harrison monte, non sans peine, depuis le Kentucky et tente de reprendre Détroit. Le 22 janvier 1813, une aile de cette armée est décimée à Frenchtown par un détachement britannique, canadien et amérindien sous les ordres du lieutenant-colonel Henry PROCTOR, de sorte que toute autre tentative d'invasion est abandonnée cet hiver-là. D'Américains au Canada, il ne reste plus que des prisonniers de guerre.

Les Britanniques restent sur la défensive, comptant sur les erreurs des envahisseurs. Le gouverneur, sir George PREVOST, ménage soigneusement ses maigres troupes, sage précaution vu la forte supériorité numérique des Américains. Dès la reprise de la campagne en 1813, les envahisseurs veulent s'emparer de Kingston et séparer ainsi les deux Canadas, mais un manque d'esprit de décision détourne l'attaque vers York (Toronto), objectif plus facile. L'occupation de la ville est de courte durée. On incendie les édifices publics et on saisit le matériel naval de valeur destiné au lac Érié. Toutefois, les Britanniques, en brûlant leur navire de guerre inachevé, empêchent l'ennemi de s'en emparer et d'exercer leur emprise sur le lac Ontario. Jusqu'à la fin de la guerre, ni l'un ni l'autre n'arrivera à se rendre maître du lac Ontario.

Les Américains abandonnent York, et, le 27 mai 1813, leur flotte s'empare de FORT GEORGE à l'embouchure du Niagara. Cependant, l'armée britannique réussit à s'enfuir et ses victoires de Stoney Creek et de Beaver Dams (voir BATAILLE DE BEAVER DAMS; BATAILLE DE STONEY CREEK) repoussent l'avance de l'ennemi dans la péninsule de Niagara, le confinant dans l'enclave du fort. Pendant toute cette campagne, la péninsule devient une zone mal définie, propice aux incursions des maraudeurs. Miné par la maladie, la désertion et le départ des soldats engagés pour une courte période, le commandement américain abandonne finalement Fort George le 10 décembre et quitte le Canada. En partant, les miliciens incendient Newark (NIAGARA-ON-THE LAKE), geste qui incite les Britanniques à une brutale revanche à Buffalo. Ces représailles se poursuivent jusqu'en août avec l'incendie de Washington.

Les Américains ont plus de succès sur leur flanc ouest. Les Britanniques tentent en vain de s'emparer de la forteresse de Harrison au Fort Meigs, sur la rivière Maumee. Une lutte s'engage pour la maîtrise du lac Érié. Les deux flottes rivales, toutes deux construites de bois vert sur les lieux mêmes, se rencontrent le 10 septembre à Put-in-Bay (voir BATAILLE DE PUT-IN-BAY). Les Britanniques sont affaiblis par la saisie de matériel naval par les Américains, à York le printemps dernier, et par la perte au début du combat de plusieurs officiers supérieurs.

Le commodore américain Oliver Hazard Perry, marin audacieux, emploie des tactiques peu orthodoxes qui changent la défaite en victoire, et il devient le premier homme de l'histoire à capturer une flotte britannique complète. Le lac Érié devient un lac américain, Détroit est abandonné et les Britanniques se retirent au-delà de la rivière Thames. Harrison vainc Proctor à Moraviantown (voir BATAILLE DE MORAVIANTOWN). Tecumseh est tué au combat, ce qui met un terme à l'alliance amérindienne du Nord-Ouest. Toutefois, Harrison ne peut poursuivre sa marche victorieuse. Ses soldats du Kentucky ont hâte de rentrer dans leurs fermes pour s'occuper des récoltes.

Pendant ce temps, les Américains préparent une attaque sur deux fronts dans le but de s'emparer de Montréal, mais ils y apportent si peu d'enthousiasme que l'échec est inévitable. Le 26 octobre, sur la rivière Châteauguay, une poignée de VOLTIGEURS canadiens-français, sous le commandement du lieutenant-colonel Charles de SALABERRY, repousse une armée américaine de 4000 hommes de l'autre côté de la frontière (voir BATAILLE DE CHÂTEAUGUAY). Le 11 novembre, à CRYSLER'S FARM (près de Morrisburg, en Ontario), la troupe de métier du lieutenant-colonel Joseph Wanton Morrison remporte une éclatante victoire sur l'armée supérieure en nombre de James Wilkinson qui, à son tour, quitte le Canada. Ainsi, lorsque la campagne de 1813 prend fin, les Américains possèdent Fort AMHERSTBURG sur la rivière Détroit, et les Britanniques conservent les deux forts américains de Niagara et de Michilimakinac.

L'année suivante, les Américains traversent à nouveau le Niagara, s'emparent de Fort Érié le 3 juillet, battent les Britanniques à Chippawa le 5 juillet, mais ne peuvent reprendre Fort George. Une bataille acharnée a lieu le 25 juillet à LUNDY'S LANE, à peu de distance des chutes du Niagara. Menée par une nuit noire et suffocante qui empêche les soldats épuisés de distinguer l'ami de l'ennemi, la bataille se termine dans l'impasse totale. Les Américains se retirent à Fort Érié, et c'est là qu'ils infligent une cuisante défaite aux soldats du nouveau commandant britannique, le lieutenant-général Gordon Drummond, quand celui-ci tente une attaque dans la nuit du 14 au 15 août. Avec des troupes de part et d'autre complètement exténuées, une trêve de trois mois s'ensuit. Enfin, le 5 novembre, les Américains se retirent de nouveau. Pendant ce temps, une armée partie de Halifax sous la conduite du lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse, sir John SHERBROOKE, pénètre dans le Maine et s'empare de Castine le 3 septembre. Au milieu du mois, les troupes britanniques possèdent une bonne partie du Maine, qui ne reviendra aux États-Unis qu'à la signature du traité de paix.

À l'Ouest, les coureurs des bois canadiens s'emparent de Prairie du Chien sur le haut Mississippi, repoussent une attaque américaine à l'île Michilimakinac et capturent deux bateaux de guerre sur le lac Huron. À l'Est, c'est une tout autre histoire. Après la défaite de Napoléon, une armée britannique désormais supérieure en nombre fait face à la maigre troupe américaine à Plattsburgh, sur le lac Champlain. Prevost marche vers le sud à la tête de 11 000 anciens combattants de Wellington, mais son hésitation à passer à l'attaque (il n'est pas Brock) ajoutée à la défaite d'une flotte britannique hâtivement construite aux mains du commodore américain Thomas Macdonough, le 11 septembre dans la baie de Plattsburgh, le force à se retirer sans avoir combattu (voir BATAILLE DE PLATTSBURGH).

Il n'en faut pas plus pour faire pencher la balance en faveur des Américains et obliger les négociateurs britanniques à Gand à restreindre leurs exigences et à accepter le statu quo. Si Prevost avait réussi, une bonne partie du Nord de l'État de New York serait aujourd'hui canadienne. Par ailleurs, si les Américains avaient remporté la victoire à Stoney Creek ou s'étaient emparés de Montréal, l'Ontario et le Québec, en entier ou en partie, seraient maintenant sous la bannière étoilée.

Washington avait misé sur l'hypothèse suivante : la forte population américaine installée dans le Haut-Canada allait rejeter le joug britannique dès le déclenchement de l'invasion. Ce n'est toutefois pas ce qui s'est produit. Attirés au nord par la gratuité des terres et les impôts peu élevés, les colons voulaient qu'on les laisse tranquilles. De plus, il était mal venu après une guerre d'une telle violence de faire appel aux idéaux politiques de démocratie et de républicanisme. Les Britanniques et l'élite LOYALISTE ont donc pu offrir aux Canadiens une voie différente de celle de leur ancien ennemi. Une opinion allait s'accréditant : c'étaient les combattants civils, et non les Amérindiens et les soldats de métier britanniques, qui avaient gagné la guerre. Plus mythique que juste, cette croyance a pourtant contribué à la naissance du nationalisme dans les deux Canadas.Voir aussi NIAGARA, FRONTIÈRE HISTORIQUE DU; FORT HENRY.


Guerre de 1812

Brock, Isaac
On se souvient d'Isaac Brock en tant que héros tombé au champ d'honneur et sauveur du Haut-Canada (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-36181).

Fort York
Les Américains ont pillé deux fois Fort York pendant la guerre de 1812 (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-40091).

Tecumseh
Tecumseh a rallié ses forces à celles des Britanniques pendant la guerre de 1812 et sa participation a été décisive. Peinture de W.B. Turner (avec la permission de la Metropolitan Toronto Library, J. Ross Robertson/T-16600).

Auteur PIERRE BERTON


Bibliographie
Pierre Berton, The Invasion of Canada (1980) et Flames Across the Border (1981); G.F.G. Stanley, The War of 1812 (1983).


Liens supplémentaires
Musée canadien de la guerre
Le Musée, dont la mission est de faire connaître l'histoire militaire du Canada, de la préserver et de la commémorer, sensibilise les visiteurs au rôle important qu'ont joué les activités militaires dans l'histoire du pays. À noter le portail éducatif qui offre des ressources académiques à l'intention des jeunes sur l'histoire militaire du Canada.

La guerre de 1812 dans le district de l'Ouest
Un site consacré à la guerre de 1812 dans le district de l'Ouest de Ontario.

Guerre de 1812
Ce site très complet, produit par Galafilm, s'intéresse tout particulièrement aux grandes batailles et aux principaux combattants de la Guerre de 1812.

Lieu historique national du Canada du Fort-George
Ce site de Parcs Canada propose une visite virtuelle du Lieu historique national du Fort-George. On y trouve aussi des informations complémentaires concernant la guerre de 1812.

Lieu historique national du Fort-Malden
Ce site web de Parcs Canada commémore le site historique national du Fort Malden, en Ontario.

Lieu historique national du Fort-Wellington
Remontez dans le temps afin de découvrir la riche histoire du fort et de prendre connaissance du rôle important qu'il a joué dans la défense du Canada.

Lieu historique national du Canada de la Tour-Martello-de-Carleton
Ce site de Parcs Canada est consacré à la tour construite pour assurer la défense de Saint John pendant la guerre de 1812.

Lieu historique national du Canada de la Bataille-de-la-Châteauguay
Ce site de Parcs Canada présente une chronologie détaillée de la bataille qui eut lieu en 1813 sur les berges de la rivière Châteauguay, résume les origines de la guerre de 1812 et brosse le portrait de Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry.

Lieu historique national du Canada du Fort-Lennox
Ce site de Parcs Canada est consacré au fort Lennox, situé au Québec, près de la frontière américaine. Comprend des notes historiques sur la Révolution américaine, la guerre de 1812 et autres sujets connexes.

La guerre de 1812
Ce site des Archives publiques de l’Ontario sur la guerre de 1812 survole les grandes batailles qui ont eu cours près de Detroit, Kingston, York et dans la région de Niagara. Glossaire, lettres, illustrations, cartes et autre matériel d’archive.

Passerelle Pour L'Histoire Militaire Canadienne
Le but de la passerelle est de « fournir à la population un accès gratuit aux ressources collectives sur l’histoire militaire canadienne provenant des Musées canadiens, bibliothèques, documents d'archives et autres organismes patrimoniaux et ce, sur une même passerelle dynamique et à interface intuitive ».

Le répertoire des lieux patrimoniaux du Canada
Les lieux patrimoniaux du Canada sont maintenant à porter de votre main! Recherchez et découvrez avec le Répertoire Canadien des lieux patrimoniaux.

Guerre de 1812
Site d'information sur la Guerre de 1812. Par Bibliothèque et Archives Canada.

DES LIVRES À PROFUSION SUR LA GUERRE DE 1812
Site de la «Revue militaire canadienne,» le journal professionnel officiel des Forces canadiennes et du ministère de la Défense nationale.

La guerre de 1812
Information sur La guerre de 1812, une série documentaire en quatre épisodes d'une heure. Par le site Internet de l'Office national du film du Canada.

Gordon Drummond
Une biographie de Gordon Drummond. Par le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

Henry Procter
Une biographie de Henry Procter. Par le Dictionnaire biographique du Canada en ligne.

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