Nommer un pays n'est pas chose facile. Le nom doit évoquer la fierté et la force, refléter la personnalité du territoire et du peuple qui l'habite. Bien que les légendes ne manquent pas, toutes suggèrent une dérivation du mot iroquoien "kanata", signifiant "village" ou "regroupement de huttes", une communauté. Il est difficile de trouver un nom plus approprié.

Canada - le pays qui forme une communauté. Ce pays consacre probablement plus d'efforts que tout autre à promouvoir un sentiment d'unité nationale en rassemblant les gens de différentes origines dans une même patrie. Pourtant, c'est par pur hasard, car l'appellation tient plus du malentendu que du choix éclairé.

En 1535, à son deuxième voyage vers le Nouveau Monde, Jacques Cartier remonte le Saint-Laurent ramenant avec lui deux fils du chef iroquoien Donnacona. En effet, Cartier avait emmené les jeunes hommes en France pour qu'ils reçoivent une formation d'interprète.

Lorsqu'ils se retrouvent en terrain familier, ils informent Cartier qu'il s'agit de la "route de kanata" - celle qui mène à leur village. À travers les claquements de voile et les craquements de cordage, Cartier entend "route de Canada".

Cartier consigne le nom Canada dans son journal. Il y décrit le "Royaume du Canada" en précisant que l'entrée de la rivière est la direction et le début de... la route de Canada.

Il nomme la zone de Donnacona la "Province du Canada". Le nom Canada apparaîtra sur la mappemonde Harleienne de 1547 pour identifier la terre au nord du golfe et du fleuve Saint-Laurent.

Cartier ne serait pas le premier à avoir utilisé le nom Canada. Les pêcheurs et les chasseurs de baleines de l'Espagne, du Portugal, de la France et de la Grande-Bretagne ont visité le Nouveau Monde avant lui. L'expérience espagnole au Mexique et au Pérou déclenche la recherche d'or et de richesses au-delà des mers. C'est ce qui motive le roi François 1er de France à mandater Cartier pour faire un premier voyage au Canada en 1534. Ne trouvant aucune richesse près de la baie des Chaleurs, les Espagnols signalent "aca nada" ou "cà nada" - "rien ici" - et surnomment la baie "Capa da Nada" ou "Cap Rien".

En 1809, à Londres, Hugh Gray avance que, ayant pris les arrivants français pour des Espagnols, les autochtones voulant les chasser de leur territoire leur crient "aca nada".

N'y comprenant rien, les Français auraient cru qu'il s'agissait du nom du pays et le nomment Canada.

Au fur et à mesure qu'elle s'installe, la population cherche à définir sa nouvelle communauté. Les habitants de la Nouvelle-France l'appellent Canada tandis que les Britanniques des 13 colonies sont plus portés à utiliser Québec, le nom que Samuel de Champlain donne au peuplement qu'il amorce en 1608 près du fleuve Saint-Laurent. Après la conquête britannique, les Anglais désignent la colonie Province de Québec. Bien des Français refusent cette appellation. Les Anglais finissent par abandonner la partie et adoptent officiellement le nom par le Canada Act (acte constitutionnel de 1791) et créent le Haut-Canada et le Bas-Canada. L'Acte d'Union de 1841 les réunifiera sous l'appellation de "Province britannique du Canada". À partir de ce moment, les Français commencent à apprécier le nom Québec.

Le débat entourant le nom perdure alors que les colonies envisagent une unification et que les Pères de la Confédération considèrent d'autres toponymes. Ils songent à honorer le défunt mari de la Reine Victoria par le vocable Albertsland ou la Reine elle-même avec

Victorialand. Les suggestions fusent : Albionara, Borealia, Britannia, Cabotia, Mesoplagia, Norland, Superior, Transatlantia et Tupona pour "The United Provinces of North America" (les provinces unies d'Amérique du Nord). Un autre acronyme, Efisga, est rejeté en raison de sa complexité - "England, France, Ireland, Scotland, Germany and Aborigines" (Angleterre, France, Irlande, Écosse, Allemagne et autochtones). Finalement, en 1867, les colonies deviennent le Dominion du Canada, plus de 300 ans après que les fils de Donnacona ont guidé Cartier vers leur "kanata".

Les habitants de cette contrée sont reconnus pour leur sens de l'humour. En voici un exemple : En 1811, la Kingston Gazette suggère que le nom Canada vient des habitants de la Nouvelle-France qui, n'ayant droit qu'à une canette de bière d'épinette par jour, marmonnaient à tout moment "can a day" (une canette par jour). Alors que nous serons nombreux à lever le coude pour célébrer la fête du Canada, cette dernière légende est sans doute aussi appropriée que les autres. Peu importe l'origine du nom de notre patrie, nous pouvons apprécier les histoires farfelues de notre passé et être fiers du Canada, le pays qui forme une communauté.