Barry, Frédéric

Frédéric Barry, dit Fred, comédien, chanteur et directeur de troupe (Montréal, 28 octobre 1887- id., 17 août 1964). Fils d'un modeste hôtelier du quartier Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Frédéric Barry s'est initié au théâtre dès l'enfance en jouant son premier rôle à 10 ans dans une production du LE CERCLE MOLIÈRE, l'un des nombreux groupes d'amateurs de l'époque. Il poursuivra sa formation sur le tas jusqu'à ses débuts professionnels en 1914, à 26 ans, au sein de la troupe du Théâtre Canadien-Français, alors sous la direction de Fernand Dhavrol.

Dès 1916, il devient directeur de la troupe du Théâtre Impérial à Québec, que l'on retrouve aussi au Family à Montréal. Connu sous le nom de « Fred » Barry, il y joue les rôles les plus divers, tant dramatiques que comiques, tirés du répertoire en vogue, constitué pour l'essentiel de mélodrames et de vaudevilles datant du XIXe s. français.

Acteur né, au naturel désarmant et à l'instinct sûr, Fred Barry traverse les difficiles années vingt en trouvant refuge à la radio, alors en plein essor, et en prenant part à de nombreuses revues et à des spectacles d'opérette - car il est aussi un bon chanteur. En 1929, il met sur pied, avec le comédien Albert Duquesne, la troupe Barry-Duquesne qui s'installe dès 1930 au cinéma Chanteclerc, renommé Stella, une salle de 443 places, située rue Saint-Denis, au nord de l'avenue Mont-Royal (où se trouve aujourd'hui le THÉÂTRE DU RIDEAU VERT). La troupe réunit les meilleurs éléments du théâtre montréalais : Antoine Godeau, à la mise en scène, et les comédiens réputés que sont les Pierre Durand, Bella Ouellette, Gaston Dauriac, Jeanne Demons, Antoinette Giroux, Jacques Auger, auxquels s'ajoutent périodiquement des comédiens appelés de France en renfort. Au rythme d'une nouvelle production par semaine, jouée une douzaine de fois en soirée et en matinée, durant 36 semaines par saison, la qualité ne pouvait qu'être inégale. Malgré un répertoire modernisé au goût parisien du jour et des changements à la direction artistique pour tenter d'y attirer la clientèle des beaux quartiers, le Stella doit déclarer forfait au terme de sa cinquième saison, à cause de la Crise certes, mais aussi en raison de la vive concurrence du cinéma, d'une sélection hasardeuse des pièces et d'un mode de production à la chaîne.

Au lendemain de cette tentative infructueuse d'implanter un théâtre permanent à Montréal, Fred Barry va pourtant amorcer un tournant majeur de sa carrière, alors que deux francs-tireurs font appel à lui pour soutenir leurs entreprises théâtrales. D'abord, Gratien GÉLINAS, qui l'engage pour le seconder à la mise en scène et pour jouer dans les Fridolinades (1938-1946), une revue annuelle qui obtient un succès soutenu et qui débouche sur la création acclamée de la pièce Tit-Coq en 1948 - Barry fut également de la distribution de la version cinématographique qu'en tira Gélinas en 1952. Puis, le tout jeune Pierre Dagenais qui lui réserve une place au sein de productions de L'Équipe (1943-1948), en saluant en lui un symbole vivant du théâtre canadien à son meilleur. Durant quarante ans, Fred Barry a ainsi exercé son métier de comédien dans des conditions matérielles souvent peu favorables, et qui n'ont commencé à changer qu'au moment où les pouvoirs publics finirent par comprendre que le théâtre, pour s'épanouir en tant que langage artistique, se devait d'être soustrait à la seule loi du marché.

Crédité avec raison du titre de pionnier du jeu « à la canadienne », Fred Barry a fait l'objet d'un documentaire de Claude Jutra (ONF, 1959). Il meurt à la suite d'une longue maladie le 17 août 1964 ; son décès est souligné par la publication d'une brochure d'hommages réalisée par le journaliste Philippe Laframboise qui lui consacrera plus tard un ouvrage, Fred Barry et la petite histoire du théâtre au Québec (Éditions Logiques, 1996). En 1976, la Ville de Montréal a donné son nom à une place derrière la Place des Arts et, l'année suivante, la Nouvelle Compagnie théâtrale a fait de même pour la petite salle qui jouxte le Théâtre Denise-Pelletier.