Famille et vie personnelle

Né en Jamaïque, Denham Jolly connaît une enfance idyllique passée à s’amuser sur la vaste et luxuriante propriété de sa famille, d’une superficie de plus de 300 acres et bordée d’une longue plage naturelle. Son père est un homme d’affaires prospère; sa mère est la juge de paix de la localité. Après ses études secondaires, Denham Jolly devient, en 1953, commis de bureau auprès de la West Indies Sugar Company.

Denham Jolly est admis au Ontario Agricultural College de l’Université de Guelph, où il commence ses études en septembre 1955. À son arrivée au Canada, il est contraint de signer un document stipulant qu’il devra quitter le pays aussitôt son visa étudiant échu. Il apprendra plus tard que seuls les étudiants noirs sont soumis à une telle exigence; c’est ainsi qu’il prend connaissance du racisme subtil, mais bien réel, dont est empreinte la bureaucratie canadienne. Denham Jolly étudie pendant deux ans au Nova Scotia Agricultural College de Truro avant de terminer son baccalauréat en sciences à l’Université McGill. Bien qu’il souhaite demeurer au Canada, les règles en matière d’immigration l’obligent à rentrer en Jamaïque après sa graduation en 1960.

Denham Jolly devient enseignant au secondaire, puis nutritionniste. En 1961, il parvient enfin à obtenir les documents nécessaires pour revenir au Canada. Il travaille pendant quelques mois comme chercheur spécialisé en pollution de l’air pour la Ville de Toronto, puis trouve un emploi d’enseignant de biologie à Sault Ste. Marie, en Ontario. Il fait la connaissance de sa future épouse, Carol Casselman, au printemps 1963. Au bout d’une année passée à Sault Ste. Marie, Denham Jolly accepte un poste d’enseignant de physique et de chimie au Forest Hill Collegiate de Toronto. Carol déménage à Toronto pour y poursuivre sa carrière d’infirmière. Le couple se marie en 1965 et aura plus tard trois enfants.

Esprit d’entreprise

Denham Jolly, afin de supplémenter son salaire d’enseignant, fait l’acquisition d’une maison de chambres à Toronto (voir Immobilier). Il en achète rapidement une deuxième. En 1968, il inaugure la maison de soins infirmiers Donview, puis, six mois plus tard, celle de Tyndall. Ses entreprises en plein essor l’amènent à quitter le monde de l’enseignement et à construire une maison de soins infirmiers à la fine pointe qui comptera bientôt 151 lits. Il fait preuve d’un sens des affaires aiguisé lorsque, constatant l’importante somme dépensée pour les examens de laboratoire de ses résidents, il prend des dispositions pour la consolidation de deux laboratoires privés et l’achat de 51 % de la nouvelle entreprise. En 1990, Denham Jolly remarque que les membres de la famille de ses résidents, au moment de rendre visite à ces derniers, ont de la difficulté à trouver de l’hébergement à proximité. Il décide donc d’acheter des terres, sur lesquelles il construit un hôtel de 65 chambres qu’il appelle le Jolly Inn. Un an plus tard, il verse les droits requis pour enregistrer son hôtel sous la bannière Day’s Inn. Les entreprises de Denham Jolly s’internationalisent lorsque celui-ci fait l’acquisition d’une maison de soins infirmiers de 120 lits à Dallas, au Texas, et qu’il démarre une entreprise d’affrètement de bateaux à Montego Bay, en Jamaïque. Au bout de deux ans toutefois, les bénéfices réalisés par ces deux entreprises ne compensant pas suffisamment la difficulté que pose leur gestion à distance, l’homme d’affaires décide de s’en départir.

Engagement communautaire

Homme d’affaires de plus en plus prospère, Denham Jolly ne digère toujours pas l’affront qu’on lui a fait subir en le forçant à signer un document discriminatoire pour obtenir son visa étudiant. Il est également outré de la ségrégation raciale qui sévit en Nouvelle-Écosse, où, en raison de la couleur de sa peau, on lui a refusé l’entrée dans une église réservée aux Blancs (voir Racisme). Plus tard, Denham Jolly se rend à Toronto pour rencontrer des propriétaires qui lui assurent au téléphone qu’un appartement est disponible. Pourtant, celui-ci devient soudainement indisponible lorsqu’il se présente pour le visiter. Lorsque Denham Jolly envoie un ami blanc le visiter, il est, comme par magie, de nouveau disponible à la location. À l’achat de sa première maison, les règles non écrites quant aux quartiers torontois ouverts aux Noirs obligent encore une fois Denham Jolly à user d’un subterfuge, se faisant passer pour un entrepreneur tandis qu’un ami blanc se présente en tant qu’acheteur. Il remarque également que les conditions qu’imposent certaines banques aux entrepreneurs noirs demandeurs de prêts sont plus strictes que pour les autres clients, tandis que dans d’autres institutions, on refuse carrément d’octroyer des prêts aux entreprises détenues par des Noirs. Denham Jolly entend faire tout ce qu’il peut pour lutter contre les inégalités raciales et promouvoir la justice sociale.

Denham Jolly est nommé trésorier de la Jamaican Canadian Association (JCA). Il se renseigne alors sur les différentes organisations racistes présentes en Ontario (dont le Western Guard Party), qui, de concert avec la branche canadienne du Ku Klux Klan, harcèlent les personnes de couleur, diffusent de la propagande raciste et exhortent le gouvernement à restreindre l’immigration non blanche. En mai 1972, le siège de la JCA est rasé par les flammes lors d’un incendie qui, de l’avis de nombreux membres de la communauté noire, n’est pas accidentel. Toutefois, on ne parviendra jamais à prouver qu’un crime a effectivement été commis.

Contrast, journal fondé en 1969 comme « les yeux, les oreilles et la voix » de la population noire au Canada, se retrouve rapidement dans la mire des groupes et individus racistes au pays. Dans ses articles, on raconte l’expérience vécue par les Noirs à Toronto du point de vue des résidents de longue date comme de celui des Néo-Canadiens récemment arrivés des Antilles (voir Antillais). En 1983, Denham Jolly sauve la publication d’une mort certaine en y injectant les capitaux nécessaires. Il en devient le propriétaire et éditeur. Contrast est toujours distribué gratuitement à ses lecteurs, même après les améliorations apportées par Denham Jolly, qui l’allonge de 16 à 24 pages, lui donne une allure plus professionnelle grâce à un nouvel équipement de composition informatique, diversifie ses articles et en améliore la qualité d’écriture. Le nouveau propriétaire exploite le journal pendant trois ans avant de le vendre à Horace Gooden, un autre homme d’affaires jamaïcain.

Denham Jolly peut à peine retenir sa colère lorsque les athlètes canadiens noirs se voient encensés aux Jeux du Commonwealth de 1982, tandis que le reste de la population noire demeure victime de discrimination fondée sur la race. Avec quelques camarades, il réunit des dirigeants de la communauté noire torontoise pour former la Black Business and Professional Association (BBPA), dont il est le président fondateur. L’association appuie et fait connaître le succès des gens d’affaires et des professionnels noirs, en partie grâce à la remise annuelle des Prix et bourses Harry Jerome (voir Harry Jerome). Entre-temps, Denham Jolly finance à titre personnel encore plus de bourses destinées à la prochaine génération de jeunes Noirs de talent.

En août 1988, Denham Jolly est au nombre des membres fondateurs du Black Action Defence Committee (BADC), dont la mission consiste à mettre fin au harcèlement policier pratiqué à l’encontre des citoyens noirs, ainsi qu’à empêcher l’exonération des officiers qui tirent trop fréquemment sur de jeunes Noirs. Le BADC publie des articles, organise des manifestations, exerce des pressions auprès des politiciens et apporte un soutien aux familles des victimes. Au lendemain d’une émeute qui éclate en mai 1992 lors d’une manifestation pacifique du BADC, l’enquête menée par le gouvernement de l’Ontario révèle et confirme le racisme anti-noir généralisé qui existe à Toronto.

FLOW 93.5

Denham Jolly note, parmi les problèmes auxquels sont confrontés les jeunes Noirs à Toronto, les divisions qui existent au sein de la communauté noire et un sentiment d’isolement en tant que minorité appelée à vivre parmi une population majoritairement blanche. En réponse à cette situation, il fonde une station de radio pour la communauté noire, où l’on diffuse de la musique noire diversifiée tout en offrant un contenu destiné spécialement à la population afro-canadienne. Denham Jolly, s’entourant d’autres leaders et gens d’affaires noirs, devient en 1988 le fondateur, président et chef de la direction de Milestone Radio Inc. Deux ans plus tard, il mène les efforts en vue d’obtenir auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications (CRTC) la seule fréquence radio disponible à Toronto. La première question que posent les commissaires du CRTC – tous des Blancs – à Denham Jolly et ses collègues est la suivante : « Mais qu’est-ce que la musique noire? » On comprend rapidement que la race est en cause, et que, comme le dira plus tard Denham Jolly, « notre demande pourrait très bien être jetée à la poubelle aussitôt notre équipe sortie du bureau ». La licence est finalement accordée à un groupe proposant une station de musique country. Plusieurs années plus tard, une autre fréquence devient disponible; Denham Jolly déploie encore une fois beaucoup de ressources et d’énergie pour l’obtenir. Le gouvernement canadien sabote toutefois son propre processus en déclarant à l’avance que la fréquence sera attribuée à la CBC. Enfin, 12 ans après la première demande de Denham Jolly auprès du CRTC, une troisième demande est couronnée de succès.

En février 2001, FLOW 93.5 commence à diffuser un mélange dynamique de hip-hop, de reggae, de jazz, de R&B et de gospel. Pour la première fois, au lieu d’avoir à syntoniser des stations américaines, les jeunes Noirs peuvent écouter leurs chansons préférées et entendre formuler leurs opinions sur les ondes d’une station locale. Devant une popularité grandissante, Denham Jolly décide d’augmenter sa portée radio afin de rejoindre six millions d’auditeurs dans le sud de l’Ontario. La station, en plus de connaître un grand succès financier, maintient son engagement à promouvoir les nouveaux artistes noirs, à distribuer des bourses de journalisme aux jeunes Noirs, à organiser des concerts gratuits et à soutenir Caribana, célébration annuelle de la culture des Canadiens d’origine antillaise. Compte tenu de la composition raciale de la région, 60 % des auditeurs de FLOW sont en fait de couleur blanche. Cela a pour effet de sensibiliser un auditoire encore plus vaste à la présence et au dynamisme d’une culture noire diversifiée au sein de la mosaïque canadienne. Denham Jolly contribue activement à l’ouverture d’autres stations de musique noire, d’abord à Calgary, puis dans d’autres régions. FLOW 93.5, à son cinquième anniversaire, est choisie comme meilleure station de radio canadienne contemporaine.

Héritage et importance

Denham Jolly, septuagénaire satisfait de l’impact produit par sa station de radio et de la popularité désormais généralisée de la musique noire, vend FLOW 93.5 en 2011. Il vend aussi ses maisons de soins infirmiers. Le premier mariage de Denham Jolly se solde par un divorce. Il fera par la suite la rencontre de sa partenaire de longue date, Janice Williams. Le couple voyage beaucoup, notamment en Afrique du Sud, où Denham Jolly verse de généreux dons au parti de Nelson Mandela, l’African National Congress, en appui à ses efforts visant à mettre fin au système de discrimination institutionnalisée en place dans ce pays (du nom d’apartheid) (voir Nelson Mandela :un point faible pour le Canada).

Le sens aigu des affaires et l’engagement communautaire de Denham Jolly sont soulignés au fil des ans par de nombreuses récompenses locales et nationales. Chacune d’entre elles reconnaît son dévouement envers sa communauté et son pays, ainsi que sa vision d’un meilleur Canada grâce à la justice sociale pour tous, vision qu’il croit possible grâce à la création d’une nation plus équitable et exempte de toute discrimination raciale, dont la réalité correspond à son image internationale et aux principes qu’elle défend.

Prix et distinctions

  • Médaille du 125e anniversaire de la Confédération du Canada (1992)
  • Prix d’appréciation, YMCA Council of Advisory Governors (1993-1995)
  • Certificat d’appréciation de l’African National Congress (1995)
  • Prix du président, BBPA, Prix Harry Jerome (1996)
  • Prix remis à un Afro-Canadien pour l’excellence en affaires (1998)
  • Prix d’honneur, Black Action Defence Committee (1998)
  • Prix de reconnaissance et d’engagement, Jamaican Canadian Association (1999)
  • Prix d’excellence en reconnaissance de l’histoire des Noirs (2000)
  • Prix de réalisation spéciale, Canadian Urban Music Awards (2000)
  • Médaille du jubilé de la Reine (2002)
  • Prix d’appréciation, National Association of Black Female Executives in Music and Entertainment (2002)
  • Prix du président, Black Action Defence Committee (2003)
  • Prix remis aux anciens diplômés honoraires, Université de Toronto, Black Alumni Association (2005)
  • Prix d’appréciation, Consulat général de la Jamaïque (2007)
  • Prix Urban Leadership City Soul, Canadian Urban Institute (2008)
  • Prix de reconnaissance remis à la BBPA par Educational Foundation for Children’s Care Canada et MetroFay en reconnaissance d’un soutien continu aux célébrations annuelles de la journée de Martin Luther King (2009)
  • Prix de dévouement et de contribution, BBPA (2010)
  • Prix pour l’ensemble de la carrière, African Canadian Achievement Awards (2011)
  • Médaille du Jubilé de diamant de la Reine Elizabeth II (2012)
  • Prix d’excellence du Dr Anderson Abbott, Ontario Black History Society (2013)
  • Toronto Book Award (2017)