Le 25 juin 2014, Jeremy Freeborn, écrivain, a interviewé Donovan Bailey au Temple de la renommée des sports du Canada, à Calgary, pour L'Encyclopédie canadienne. Bailey apporte une médaille d’or au Canada sur l’épreuve du 100 m lors des Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996, et une autre médaille d’or sur la même distance lors des championnats du monde d’athlétisme à Göteborg, en Suède, en 1995. Bailey aide également le Canada à remporter la médaille d’or du relais 4 fois 100 m messieurs lors de ces deux événements.

J. F. : Racontez-moi ce dont vous vous souvenez le mieux de votre déménagement au Canada, lorsque vous aviez 13 ans.

D. B. : Je suis venu au Canada à l’âge de sept ans et je m’y suis installé de manière permanente à cause de l’école lorsque j’avais 12 ans et demi. C’était fantastique. Nous formons une belle communauté sportive à Oakville. Mon frère (O’Neil) était l’un des grands champions [lycéens du saut en longueur en Ontario]. C’était superbe. Il faisait bon y être, et il faisait bon y vivre.

J. F. : Je crois savoir que vous vous êtes intéressé au sprint pendant un ou deux ans mais que vous n’avez pris cette discipline au sérieux qu’à partir de 1994. Pourquoi avez-vous décidé de vous concentrer sur l’athlétisme à ce moment précis?

D. B. : Le basketball est mon sport préféré. Ça l’a toujours été. En athlétisme, j’ai eu la chance et le privilège immenses de pouvoir courir vite. Ça explique tout.

J. F. : Vous êtes-vous orienté vers l’athlétisme pour une raison particulière?

D. B. : En Jamaïque, l’athlétisme, c’est comme le hockey au Canada. Alors tous les enfants là-bas, dès leur naissance, ils savent à peine marcher et ils font déjà de l’athlétisme. J’étais sprinter dès l’âge de cinq ans.

J. F. : Parlez-moi de la médaille d’or que vous avez gagnée lors du 100 m aux championnats du monde de Göteborg.

D. B. : Ma première médaille en individuelle fut spectaculaire. C’est une course pour laquelle je m’étais entraîné et que je voulais faire. J’avais compris que si je me préparais bien et que je me présentais sur la ligne de départ, tout ce qui me resterait à faire serait de gagner. Mon entraîneur savait que j’étais bien préparé. Nous y sommes allés, et nous avons plié l’affaire. J’étais le numéro un mondial en sprint et c’était une belle façon de terminer l’année.

J. F. : Qu’est-ce que ça vous a fait de vous retrouver sur le podium à côté Bruny Surin, médaille d’argent sur le 100 m messieurs?

D. B. : C’était presque comme si nous étions une même équipe. Nous courrions en individuel mais nous faisions tous les deux parties de l’équipe canadienne. C’était super de gagner, mais ce qui était encore mieux, c’était Bruny classé deuxième sprinter le plus rapide au monde. Nous nous sommes régalés en Suède. Des souvenirs fantastiques.

J. F. : Les Canadiens se souviendront probablement de vous, en premier lieu, pour votre médaille d’or sur le 100 m messieurs aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996. Comment le public a-t-il réagi lorsque vous avez gagné et comment vous êtes-vous senti en voyant cette joie chez les Canadiens?

D. B. : Le public a fort bien réagi à l’époque. Rétrospectivement, je pense que ce fut un grand moment pour le sport au Canada. C’est une grande victoire. Je suis très content de m’être entraîné et de m’y être préparé. Le fait que les Canadiens ont apprécié le moment, c’était aussi magnifique.

J. F. : Quel est votre meilleur souvenir au sein de l’équipe canadienne masculine de relais, qui a aussi gagné une médaille d’or aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996?

D. B. : Mon meilleur souvenir c’est d’avoir aidé mon équipe à obtenir quelque chose que j’avais réussi à obtenir individuellement.

J’ai senti que je voulais rejouer le programme du relais de 1993 (voir note ci-dessous). Nous étions la meilleure équipe du monde et nous avons gagné la médaille d’or.

Note : Aux championnats du monde d’athlétisme de Stuttgart, en Allemagne, en 1993, l’équipe canadienne de relais 4 fois 100 m messieurs, composée de Bruny Surin, Glenroy Gilbert, Robert Esmie et Atlee Mahorn, remporte la médaille de bronze. Deux ans plus tard, lors des championnats du monde d’athlétisme de Göteborg, en Suède, en 1995, Bailey remplace Mahorn, qui a pris sa retraite, et le Canada s’octroie la médaille d’or. L’équipe (qui comptait dans ses rangs Carlton Chambers, qui a participé aux qualificatifs mais n’a pas pu courir la finale à cause d’une blessure aux adducteurs)élimine ensuite les favoris, l’équipe des États-Unis, et gagne la médaille d’or aux Jeux olympiques d’Atlanta, en 1996. Commentant leur performance, Don Wittman, de la CBC, déclare que « Rien ne vaut les samedis soir en Georgie ». Surin, Bailey, Gilbert et Esmie gagneront ensuite une troisième médaille d’or aux championnats de monde d’athlétisme à Athènes, en Grèce, en 1997. Gilbert, Esmie, Surin et Bailey ont formé l’équipe canadienne masculine de relais la plus performante de tous les temps.

J. F. : Je sais que vous êtes resté très actif dans le monde de l’athlétisme canadien. Vous avez ainsi été très actif lors de la Classique internationale d'athlétisme d’Edmonton. Qu’est-ce que cet événement signifie pour les jeunes athlètes canadiens?

D. B. : J’essaie de rester actif au sein d’Athlétisme Canada. C’est avec eux que je travaille. C’est très important pour moi de servir de modèle de référence pour la prochaine génération d’athlètes et de sprinters.

J. F. : Quel conseil donneriez-vous aux jeunes Canadiens qui rêvent de devenir des vedettes mondiales de l’athlétisme?

D. B. : Tout d’abord, je leur dirais de ne poser aucune limite à ce qu’ils peuvent accomplir. Aujourd’hui, lorsque je regarde l’équipe canadienne, ils sont probablement plus rapides et possèdent plus de talents à tous les niveaux que ce qu’on a jamais eu, et nous avons été l’équipe numéro un au niveau mondial, pendant sept ans. Tout ce que je dis aux jeunes et aux équipes, aujourd’hui, c’est : décrochez la lune! Vous avez un potentiel illimité, des ressources énormes, de superbes installations, un bon soutien et un public fantastique. Alors ce qu’il faut qu’ils fassent, c’est qu’ils y aillent, qu’ils s’entraînent dur, et qu’ils se préparent.