Harriet Tubman (née Araminta « Minty » Ross), abolitionniste, « chef de train » du Chemin de fer Clandestin (née dans le comté de Dorchester, Maryland, vers 1820 – décédée à Auburn, New York, le 10 mars 1913). Elle s’échappe de l’esclavage dans le sud des États-Unis et devient abolitionniste de premier plan jusqu’à la Guerre de Sécession. Elle conduit de nombreux esclaves vers la liberté dans les états « libres » du nord et jusqu’au Canada par le « chemin de fer » clandestin, un réseau secret de trajets et de maisons sûres qui aide les esclaves à s’enfuir de l’asservissement du sud.

Enfance

Esclave née dans l’État du Maryland, Harriet Tubman passe son enfance à travailler au profit de ses propriétaires sans percevoir de rémunération. Préférant travailler dans les champs, elle arrive à apprendre, de sa famille ainsi que d’autres esclaves, à suivre des indications géographiques et à utiliser des herbes médicinales à des fins thérapeutiques. Ces compétences de survie sont inestimables lorsque Harriet Tubman constate que le seul moyen de se libérer est de s’enfuir.

En 1834, elle est témoin de la tentative d’un jeune homme de s’enfuir vers la liberté. Elle se tient à proximité et reçoit un coup à la tête lorsque le propriétaire lance un objet lourd vers l’évadé. Cela lui inflige une grave blessure à la tête qui lui cause des convulsions, des hallucinations et des crises de sommeil pour le reste de sa vie.

En 1844, elle épouse John Tubman, un homme noir libre. Cependant, le mariage n’est pas reconnu par la loi et elle reste esclave. Elle tente de convaincre son mari de s’enfuir avec elle vers le nord, où ils pourraient vivre en liberté tous les deux, mais il refuse.

Chemin de fer clandestin

Après le décès de son propriétaire en mars 1849, Harriet Tubman se trouve dans une situation difficile. En effet, pour régler leurs dettes, les propriétaires ou leurs familles vendent souvent leurs esclaves afin de réduire leurs actifs. Elle craint qu’elle soit vendue à un nouveau propriétaire. Elle s’enfuit donc vers le nord, jusqu’à Philadelphie, à l’aide de plusieurs Quakers qui sont actifs dans le Chemin de fer Clandestin. Elle travaille à Philadelphie pendant une année afin de réunir suffisamment de fonds pour sa première mission de sauvetage. En décembre 1850, en apprenant que sa nièce Kessiah et ses deux filles seront vendues aux enchères, Harriet Tubman retourne secrètement dans le Maryland, où elle les aide à s’évader. Ensuite, elle les reconduit jusqu’à Philadelphie. C’est le début de sa carrière de « chef de train ».

Afin d’aider ceux qui recherchent la liberté à être en sécurité le long du réseau secret, Harriet Tubman reçoit l’aide d’abolitionnistes comme Jermaine Loguen, Frederick Douglass, Thomas Garrett Jr. et William Still. Ces hommes dirigent des stations du chemin de fer clandestin, où les évadés peuvent trouver nourriture, vêtements et soutien financier. Au début, Harriet Tubman et ses charges sont en sécurité dès qu’ils arrivent dans le nord des États-Unis. Cependant, lorsque la loi des esclaves fugitifs, qui stipule que tout esclave ayant trouvé refuge dans les États libres du Nord pourrait retrouver l’asservissement dans le Sud une fois capturé, est adoptée en 1850, elle modifie son trajet de fuite pour se rendre jusqu’au Canada. Alors, elle commence et termine ses missions de sauvetage à St. Catharines, Ouest canadien (Ontario), et y déménage en 1851. Plus tard, elle affirme : « En ce qui concernait mon peuple, je ne pouvais plus faire confiance à l’oncle Sam. J’ai donc amené mon peuple jusqu’au Canada. »

Vie à St. Catharines

St. Catharines est l’un de plusieurs « terminus » du Chemin de fer Clandestin. Lorsque Harriet Tubman y arrive en décembre 1851, elle trouve rapidement un emploi et loue une maison dans la North Street. À ce moment-là, il y a déjà une petite communauté de Noirs qui grandit rapidement dans la ville en raison de l’arrivée des esclaves en fuite. Selon un journal local, vers la fin de 1855, la population noire vivant à St. Catharines compte 500 personnes, alors que la population de la ville au complet est de 7 060 âmes. À peine six ans plus tard, l’abolitionniste américain William Wells Brown rapporte qu’on dénombre 800 personnes dans la communauté et qu’à peu près « sept cents parmi eux sont d’anciens esclaves. » On retrouve parmi les voisins et voisines d’Harriet Tubman des tonneliers, des cordonniers, des bûcherons, des domestiques et des fermiers. Le centre des habitations noires de St. Catharines se situe à 100 mètres à peine de la résidence de Harriet Tubman, à l’intersection des rues North et Geneva. Deux églises y sont situées : la Zion Baptist Church, dirigée plus tard par le fameux fugitif Anthony Burns, et l’église African Methodist Episcopal (AME). De nos jours, l’église AME constitue un site de patrimoine et est connue sous le nom de Salem Chapel, British Methodist Episcopal Church. Les deux églises offrent le soutien spirituel et social à la communauté libre grandissante.

Harriet Tubman habite dans sa résidence dans la rue North avec des membres de sa famille. Elle poursuit ses efforts humanitaires à St. Catharines et ouvre souvent ses portes à d’autres esclaves en fuite nouvellement arrivés. Elle offre également nourriture et vêtements à ceux qui en ont besoin. Elle s’implique dans un organisme de bienfaisance fondé pour les esclaves nouvellement arrivés par le révérend Hiram Wilson. En 1861, elle fonde, avec son frère William Henry, une organisation bienfaisante appelée Fugitive Aid Society of St. Catharines pour assister ces mêmes esclaves. Elle accueille même les enfants orphelins de la région. En 1858, elle rencontre John Brown, le leader révolutionnaire de l’attaque sur Harper’s Ferry, Virginie de l’Ouest. Dans le but de soutenir son plan de rébellion contre l’esclavage dans le sud des États-Unis, Harriet Tubman organise une réunion dans sa propre résidence pour lui trouver des recrues et pour partager toute information qui serait utile à son complot. John Brown désire aussi que le « général Tubman » l’accompagne lors de la rébellion. Toutefois, sa santé l’empêche de se joindre à lui.

Harriet Tubman réside dans cette ville de la région du Niagara entre 1851 et 1861, pendant des durées variées, tout en continuant ses missions de sauvetage dans le Maryland.

Missions de sauvetage

Ses incursions de sauvetage audacieuses sont très bien organisées. Harriet Tubman trace ses propres chemins à travers marécages et forêts, parcourant différents États en naviguant par l’étoile du Nord. Elle voyage seulement la nuit et cache ses passagers en sécurité dans des endroits discrets pendant le jour. Elle crée son propre réseau de maisons sûres et emploie plusieurs stratégies pour cacher ses charges et leur identité. Par exemple, elle débute plusieurs de ses missions le samedi soir pour gagner du temps avant que les annonces d’esclaves en fuite apparaissent dans le journal du lundi. En tout, Harriet Tubman accomplit au moins 10 voyages et « transporte » au moins 70 personnes, y compris sa propre famille, vers la liberté au Canada. Admirablement, elle échappe toujours à ses poursuivants et ne perd jamais de passagers.

Retour aux États-Unis

Harriet Tubman déménage ses parents et son frère John à Auburn, New York, en 1859. Les deux hivers qui ont précédé étaient trop rigoureux pour ses parents âgés, qui sont malheureux à St. Catharines. Le sénateur new-yorkais William Seward lui offre une maison et un terrain qui sont à vendre selon des modalités très raisonnables à Auburn, où il y a une petite communauté d’esclaves en fuite venant du comté de Dorchester, dans le Maryland. Harriet Tubman commence à prononcer des discours lors de rassemblements contre l’esclavage pour ramasser de l’argent afin de soutenir sa famille et le mouvement abolitionniste. Elle partage ses histoires sur les maux de l’asservissement et sur ses angoissantes missions de sauvetage. Lorsqu’elle retourne aux États-Unis, elle développe son militantisme pour inclure les Droits de la Personne et s’implique dans le Mouvement pour le Droits des Femmes. Au début de 1862, après l’éclatement de la Guerre de Sécession, elle se rend en Caroline du Sud pour s’enrôler dans l’armée de l’Union. Elle sert en tant qu’infirmière, espionne, éclaireur, blanchisseuse et cuisinière jusqu’en 1864.

Après la guerre civile, Harriet Tubman retourne chez elle à Auburn. Elle s’y remarie et y adopte une petite fille. Au début des années 1900, elle construit et dirige une maison de retraite sur son terrain pour les Afro-Américains âgés. Elle poursuit ses efforts de lutter pour les droits des femmes et des Afro-Américains.

Héritage

Harriet Tubman meurt le 10 mars 1913 à Auburn. Elle a consacré sa vie au service des autres et à la lutte pour la liberté et l’égalité. Son activisme s’est étendu au-delà de ses missions audacieuses qui ont conduit les esclaves en fuite vers la liberté. Elle a voyagé aux États-Unis pour dénoncer l’esclavage et a lutté pour le vote universel. En l’honneur de son courage, de ses efforts humanitaires, de son héroïsme et de sa vie vouée au service des autres, on déclare le 10 mars la journée Harriet Tubman aux États-Unis, ainsi qu’à St. Catharines, en 1990. En 2005, elle est reconnue comme personne d’importance historique par le gouvernement canadien. Elle demeure aujourd’hui un symbole éminent de la liberté.