L'astrophysicien canadien renommé, Hubert Reeves, récemment décrit par un admirateur comme «un géant intellectuel de cinq pieds quatre» et «le plus grand spécialiste du monde de la théorie du Big Bang», a consacré sa vie à révéler l'histoire de l'univers et à partager ses connaissances avec un large public dans le monde. En fait, Hubert Reeves considère le partage des connaissances comme l'une des principales responsabilités du scientifique, car les implications des découvertes scientifiques «vont au-delà de la science, changer notre vision du monde». Il écrit : «La science remet en question la manière de penser au sujet de la signification de la vie, car non seulement elle nous explique comment le monde est fait, mais procure les éléments indispensables au dossier qui nous aidera à prendre des décisions d'ordre moral tout en enrichissant le contexte.» À cet égard, comme d'autres astronomes, Hubert Reeves n'est pas différent d'Albert Einstein dont le sens passionné de justice et de responsabilité sociale peut être comparé au souci profond d'Hubert Reeves concernant le futur de l'humanité et la santé de la planète.

Hubert Reeves

Les nombreux prix et récompenses littéraires ou scientifiques qu'il a reçus internationalement reflètent aussi bien ses réalisations dans sa spécialité, l'astrophysique nucléaire, que sa réussite à communiquer dans des termes simples la relation intime entre le cosmos et la vie humaine. Pour Hubert Reeves, un scientifique de cœur et d'esprit, «nous sommes tous les enfants du cosmos, fils et filles des étoiles qui ont engendré les atomes de nos corps, car l'existence même du cerveau humain, comme produit de l'évolution cosmique, est liée à des développements qui s'étirent sur quinze milliards d'années». Pour Hubert Reeves, c'est à la fois la cause d'un émerveillement sans limite et une raison de sa responsabilisation profonde.

Né à Montréal en 1932, Hubert Reeves est attiré par les sciences dès son plus jeune âge, mais sa famille lui a aussi transmis une grande passion pour l'art et la musique. Ses explications sur l'évolution cosmique sont pleines d'analogies avec la démarche créatrice et, plus particulièrement, avec l'œuvre des compositeurs. Il écrit : «Il y a de surprenantes analogies entre l'activité de la nature et celle de l'artiste. Non seulement les deux jouent aux mêmes jeux, mais ils y jouent pratiquement dans les mêmes conditions.» (Malicorne) En art, le résultat change, mais les buts demeurent constants, «pour fournir une trame qui favorisera la création et permettra à l'œuvre d'art de prendre forme». Ainsi, «les jeux de la nature ont engendré une variété quasi illimitée de structures complexes» qui sont le signe d'un ordre implicite aussi bien que du hasard ou de la nécessité.

Tout au long de sa vie, l'œuvre d'Hubert Reeves se distingue par la recherche du compromis entre les différentes manières dont la science et l'art révèlent et interprètent le monde. Dans son livre, Malicorne, du nom d'un village en Bourgogne où il passe la majeure partie de l'année, il décrit le tournant le plus important de sa vie : sa découverte, à l'âge de 18 ans, que les connaissances scientifiques pourraient avoir un prix à payer. Il écrit : «C'est un moment encore gravé dans ma mémoire, après quarante ans.» Cela m'a forcé à me poser la question sur la connaissance : Comment pouvons-nous prétendre ne pas connaître ce que nous connaissons? Est-ce que cette connaissance limite notre capacité de comprendre le monde, même si elle nous ouvre de nouveaux horizons?

À l'époque où Hubert Reeves était en stage d'été au Dominion Astrophysical Observatory, alors qu'il médite sur la beauté d'un coucher de soleil sur l'océan, l'idée lui vient que cette beauté éblouissante peut très bien s'expliquer mathématiquement par le comportement de la lumière. Les équations viennent des travaux du physicien écossais du XIXe siècle, Maxwell. Hubert Reeves déclare que «l'étude de sa théorie est l'un des grands moments de l’apprentissage de la physique». Il écrit : «La théorie elle-même est superbe, mathématiquement élégante et physiquement efficace.» Cependant, Hubert Reeves a eu peur que cette possibilité de réduire le jeu de la lumière et des couleurs à un «résultat parfaitement prévisible et calculable à partir des solutions mathématiques limite pour toujours sa réponse instinctive à la nature du monde». À partir de ce moment, il s'engage «à retrouver le droit de jouir paisiblement du spectacle des vagues roses», et, pendant toute sa vie, sa quête l'entraîne vers d'autres domaines que sa propre spécialité : biologie, biochimie, philosophie, psychologie et écologie.

À 33 ans seulement, Hubert Reeves, professeur adjoint en physique à l'Université de Montréal et conseiller scientifique à la NASA ainsi qu'à l'Université Columbia, est nommé directeur de recherches au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), l'une des institutions les plus renommées de France. Il est reconnu très tôt dans sa carrière comme l'un des spécialistes au monde de l'origine des éléments légers : l'hélium, le deutérium, le lithium. En 1971, il avait déjà écrit trois livres sur l'évolution de l'univers. En 1976, il reçoit la première des nombreuses distinctions qu'il a accumulées lorsque le gouvernement français le fait Chevalier de l'Ordre du Mérite.

L'habileté à vulgariser des théories scientifiques complexes et souvent obscures, à les rendre accessibles même aux enfants, a fait d'Hubert Reeves un personnage célèbre dans toute la Francophonie. Bien qu'il affirme «je n'avais jamais imaginé que je deviendrai un vulgarisateur», son succès semble pourtant reposer essentiellement sur ses dons innés de communicateur. Toutefois, le premier de ses best-sellers, Patience dans l'azur L'évolution cosmique, a été refusé par trente éditeurs avant d'être finalement publié en 1981. Traduit en vingt-cinq langues, il a été vendu à plus d'un million d'exemplaires.

Hubert Reeves compare souvent son travail à celui d'un historien et, même dans l'un de ses livres les plus accessibles, l'histoire de l'évolution cosmique qu'il raconte suscite non seulement l'admiration, mais aussi des questions difficiles sur le passé et le futur de l'humanité. À partir de son tout début, «très chaud, très dense, très lumineux et absolument sans forme», l'univers contenait en lui-même tous les éléments complexes dont il avait besoin à maturité. Pour Hubert Reeves, le fait qu'il ait été possible il y a quinze milliards d'années de prédire non seulement l'apparence des atomes, mais aussi des molécules, des planètes, des océans et des premières formes de vie a des implications profondes. Aurait-il été possible de prédire l'apparence de la race humaine? À cela, Hubert Reeves répond prudemment en s'interrogeant, «si le but de l'univers était de développer la conscience, l'univers se serait développer exactement comme il l'a fait» et en citant le physicien Freeman Dyson, «quelque part à l'intérieur de lui-même, l'univers savait que l'humanité apparaîtrait».

Si l'univers contenait à son début les éléments qui formeraient le cerveau humain, est-ce que la conscience est aussi un produit de l'évolution? Hubert Reeves répond que, si les connaissances scientifiques s'accumulent, le sens moral ne suit pas le même modèle. Toutefois, les progrès scientifiques des cinquante dernières années a ses zones d'ombre. Hubert Reeves souligne l'ironie dans son propre champ d'activité : les nouvelles connaissances très vastes au sujet de la structure et des processus de l'univers n'auraient pas vu le jour s'il n'y avait eu la volonté de créer la bombe atomique en 1939.

Pendant nombre d'années, Hubert Reeves a été très actif au sein du mouvement écologiste, en étant le porte-parole de différentes causes, mais soutenant surtout celles qui s'intéressaient aux espèces en voie de disparition. Bien qu'il soit officiellement à la retraite depuis 1999, il continue son travail parallèlement en France et au Canada.


En se demandant si l'humanité est capable de trouver sa propre place dans l'ordre de la vie, il insiste sur le fait que les espèces qui survivent sont celles qui sont capables de s'adapter à l'écosystème de la planète. Le problème, croit-il, tient dans les relations complexes entre l’intelligence et la nature plutôt qu'entre l'humanité et la nature et dans le fait que, «sur notre planète, c'est l'intelligence de l'être humain qui a dépouillé celle des autres espèces». Comme de nombreux scientifiques, il est consterné par la manière dont les connaissances scientifiques ont été utilisées au service de l'humanité «qui poursuit ardemment son autodestruction». Cependant, Hubert Reeves ne considère pas l'humanité comme une erreur de l'évolution. Il trouve ses raisons d'être optimiste en l'avenir dans la nature même de l'optimisme «une énergie qui crée l'énergie et dans la force continuelle qu'il retire de son premier amour, admirer les étoiles et sa planète préférée, Vénus». Il écrit : «C'est un sentiment profond d'être seul devant le ciel, une sensation intense.»