Lawrence Hill, O.C., romancier, journaliste, formateur, auteur de documentaires (né en 1957 à Newmarket, en Ontario). Lawrence Hill est l’un des plus importants contributeurs à la culture noire au Canada. En 2007, il devient, avec la publication de son roman The Book of Negroes (trad. Aminata, 2011) qui remporte un immense succès sur la scène internationale, l’un des écrivains canadiens les plus populaires. Il est officier de l’Ordre du Canada.

Éducation et contexte familial

Lawrence Hill est né d’un mariage mixte — son père est afro-américain et sa mère blanche — entre deux immigrés américains au Canada. Son père, Daniel Grafton Hill, est le premier directeur de la Commission ontarienne des droits de la personne et l’auteur, en 1981, de The Freedom Seekers: Blacks in Early Canada. Sa mère, Donna M. Hill, milite pour les droits de la personne auprès du Toronto Labour Committee For Human Rights au début des années 1950. Donna joue un rôle important dans la promotion et l’adoption par le gouvernement ontarien de lois antidiscriminatoires. Elle est l’auteur, en 1980, de A Black Man’s Toronto, 1914–1980: The Reminiscences of Harry Gairey. Donna et Daniel confondent, en 1978, l’Ontario Black History Society. Le frère de Lawrence, Dan Hill, est un auteur-compositeur-interprète à succès. Le jeune Lawrence grandit à Don Mills, en Ontario, dans le nord-est de Toronto avant d’obtenir un baccalauréat en économie de l’Université Laval à Québec et une maîtrise d’écriture de la Johns Hopkins University de Baltimore.

Œuvres de fiction

Les romans de Lawrence Hill tendent à se situer à l’intersection de la fiction et de l’histoire. Le protagoniste de son premier roman, Some Great Thing (1992; trad. Un grand destin, 2012), Mahatma Grafton, un journaliste noir ainsi appelé en l’honneur du Mahatma Gandhi et du propre père de l’auteur, revient à Winnipeg où, embauché dans un journal, il doit faire face aux enjeux des droits de la minorité francophone, des pratiques politiques des journaux conservateurs, de la pauvreté, des discriminations et des questions de race. Le héros examine également sa relation avec son père, un militant particulièrement déterminé de l’histoire et de l’identité des Noirs. Un journaliste originaire du Cameroun, un personnage qui apparaîtra à nouveau dans le deuxième roman de Lawrence Hill paru en 1997, Any Known Blood, enrichit le roman d’un aspect de satire sociale et d’un point de vue extérieur au Canada.

Le titre de l’œuvre, Any Known Blood, annonce le thème du multiracialisme qu’évoque également le nom du personnage principal, Langston Cane V, qui fait référence à l’interprétation proposée par Langston Hughes et Jean Toomer, l’auteur de Cane, membres du mouvement « Renaissance de Harlem », de la mixité raciale. S’ouvrant sur le thème du « passing », c’est-à-dire sur la capacité à être perçu par les autres comme appartenant à une autre race que la sienne ou comme étant neutre d’un point de vue racial, Any Known Blood présente le voyage dans l’espace, des deux côtés de la frontière entre le Canada et les États-Unis, et dans le temps, sur de nombreuses générations, du héros qui, à la recherche de sa propre identité raciale et familiale, va remonter jusqu’au raid lancé par le militant américain abolitionniste radical John Brown contre l’arsenal fédéral à Harpers Ferry, en Virginie, en 1859. En 2001, Lawrence Hill explore à nouveau la mixité raciale dans Black Berry, Sweet Juice: On Being Black and White in Canada, un ouvrage autobiographique dont il dit qu’il constitue « un examen de ma propre vie à travers le prisme de la mixité raciale » et dans lequel il s’appuie également sur ses conversations avec d’autres Canadiens d’ascendance noire et blanche.

The Book of Negroes

Le troisième roman de Lawrence Hill,The Book of Negroes (2007; publié aux États-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande sous le titre Someone Knows My Name et traduit en français sous le titre d’Aminata), remporte le Commonwealth Writers’ Prize, le Rogers Writers’ Trust Fiction Prize et le concours radiophonique Canada Reads organisé par CBC Radio, un concours qu’il remporte également quelques années plus tard dans sa version francophone diffusée à la radio de Radio-Canada, le Combat des livres, avec la traduction de son roman parue sous le titre d’Aminata. Le roman suit la vie d’Aminata Diallo, enlevée lorsqu’elle était encore une enfant en Afrique et asservie dans une plantation d’indigo en Caroline du Sud. Elle réussit à s’échapper pour servir avec les Britanniques durant la Guerre d’indépendance américaineet s’enfuit avec d’autres loyalistesde New York à Halifax en 1783. Comme de nombreux autres colons auxquels les Britanniques avaient promis des terres et de l’assistance, elle est déçue et quitte la Nouvelle-Écosse en 1792 avec 1 200 autres loyalistes noirs pour revenir en Afrique. Âgée, elle part de Sierra Leone pour rejoindre Londres en Angleterre où elle rédige l’histoire de sa vie.

En 2009, une édition illustrée du roman est publiée et Conquering Lion Pictures en acquiert les droits cinématographiques. Une minisérie télévisée en six parties, coécrite par Lawrence Hill et par le cinéaste Clement Virgo, est ensuite réalisée puis diffusée à la télévision de CBC en janvier 2015.

En 2011, Lawrence Hill reçoit un courriel d’un homme résidant aux Pays-Bas lui annonçant qu’il prévoit de brûler The Book of Negroes. Cet incident attire l’attention de la presse internationale. Lawrence Hill répond par une étude approfondie, publiée en 2013 sous la forme d’un livre, Dear Sir, I Intend to Burn Your Book: An Anatomy of a Book Burning, qui explore, dans le contexte historique plus large des livres interdits, des autodafés et de la censure, les motifs de ceux qui ont brûlé The Book of Negroes.

Inspiré des récits de réfugiés sans-papiers en provenance des quatre coins de la planète, le quatrième roman de Lawrence Hill, The Illegal, sera publié à l’automne 2015.

Œuvres non fictionnelles

Outre ses œuvres de fiction, Lawrence Hill est également l’auteur d’un important travail documentaire. Trials and Triumphs: The Story of African-Canadians, publié en 1993, visant essentiellement un jeune public, illustre les épisodes les plus importants de l’histoire des Afro-Canadiens ainsi que leur culture. Women of Vision: The Story of the Canadian Negro Women’s Association, 1951–1976, sorti en 1996, retrace les activités de cette association de femmes et ses interventions politiques. Lawrence Hill écrit le scénario du documentaire Seeking Salvation: A History of the Black Church in Canadadiffusé pour la première fois en 2004. Il conçoit et supervise une exposition en ligne sur son père Daniel G. Hill. Dans The Deserter’s Tale: The Story of an Ordinary Soldier Who Walked Away from the War in Iraq, sorti en 2007, il collabore avec Joshua Key, un déserteur américain demandeur du statut de réfugié au Canada, pour présenter les désillusions de ce jeune blanc par rapport à son engagement militaire. Ancien reporter attaché au journal ayant travaillé pour le Globe and Mail et pour le Winnipeg Free Press, Lawrence Hill introduit un certain nombre d’enjeux, notamment liés aux Afro-Canadiens, dans le Toronto Star et dans Maclean’s. Il remporte le Prix du magazine canadien en 2005 pour un essai publié dans The Walrus, « Is Africa’s Pain Black America’s Burden? »

Lawrence Hill est choisi pour animer les conférences Massey de 2013; données dans cinq villes canadiennes à l’automne 2013 puis diffusées sur CBC Radio, elles sont ensuite publiées sous le titre Blood: The Stuff of Life (trad. Le sang, essence de la vie, 2014). Cet ouvrage constitue une méditation hautement personnelle à la portée très ambitieuse s’intéressant notamment à l’histoire scientifique et sociale du sang ainsi qu’à la façon dont il unit le genre humain tout en étant régulièrement un facteur de division et dont il détermine souvent la manière dont l’identité d’une personne est définie.