Lillian Allen, poète, vocaliste, parolière, militante communautaire, enseignante (née le 5 avril 1951 à Kingston, en Jamaïque). Lillian Allen est la plus réputée des poètes dub du Canada. Elle déclame ses vers à teneur sociale et politique dans un style rythmé soutenu par un accompagnement de
reggae. Elle s’est produite lors de festivals littéraires, musicaux et féministes au Canada, aux États-Unis, dans les Caraïbes, en Angleterre et en Europe et on l’a entendue lors de l’Expo 86.

Jeunesse et formation

Lillian Allen est la cinquième d’une fratrie de dix enfants. Elle est élevée et grandit dans Spanish Town, une ville historique située à 17 km à l’ouest de Kingston, en Jamaïque. Son père est alors fonctionnaire et un leader de l’église locale. Sa mère est également active dans la communauté et joue un rôle important dans l’éducation de ses enfants. En 1969, à l’âge de 17 ans, Lillian Allen quitte Spanish Town pour suivre des cours à l’Université de Waterloo, à Kitchener, en Ontario. Cette même année, elle déménage à New York, où elle trouve du travail au Caribbean Daily. C’est dans les pages de ce journal qu’elle publie pour la première fois « I Fight Back », un poème dub qui deviendra bien connu. Toujours à New York, elle étudie les communications et les Noirs au City College de New York, ainsi que l’écriture créative à l’Université de New York. Durant cette période, elle s’investit sérieusement dans le milieu de la poésie dub.

Lillian Allen revient en Jamaïque en 1973, puis repart au Canada l’année suivante pour s’installer à Toronto. Elle s’inscrit alors à l’Université York pour suivre les cours du nouveau programme d’anglais et d’écriture créative. Elle fait partie des premiers étudiants à sortir diplômés de ce programme avec un baccalauréat ès arts en 1978. Tout en poursuivant ses études, Lillian Allen occupe un poste de travailleuse juridique communautaire à Regent Park, un ensemble de logements sociaux à Toronto qui abrite une importante population d’immigrants antillais. Elle travaille également comme coordinatrice de l’éducation dans le cadre du projet Immi-Can, pour les jeunes, et collabore avec le groupe de reggae Truths and Rights en effectuant des recherches et en écrivant des paroles.

Mi-carrière et au-delà

Lillian Allen publie en 1982 son premier recueil de poèmes, Rhythm an’ Hardtimes, et enregistre dans la foulée Dub Poet: The Poetry of Lillian Allen (1983) ainsi que De Dub Poets (1984), ce denier en collaboration avec les poètes torontois Clifton Joseph et Devon Haughton. Elle écrit les paroles de Riddim, de Kristi Allik, en 1984, un morceau qui sera pour la première fois présenté au public par le Canadian Electronic Ensemble le 23 novembre 1984, dans la salle du Winchester Street Theatre à Toronto. En collaboration avec le percussionniste Billy Bryans et le guitariste Dave Gray du Parachute Club, le bassiste Terry Lewis et d’autres musiciens, elle enregistre Revolutionary Tea Party (1986) et Conditions Critical (1988). Revolutionary Tea Party offre plusieurs morceaux réputés tels que « I Fight Back », « Riddim an’ Hardtimes » et « Birth Poem ». Les deux disques sont produits et distribués par sa propre maison de disques, Verse to Vinyl, et reçoivent chacun un Prix Juno du meilleur album reggae-calypsoen 1986 et 1989 respectivement. Au cours des années 1980 et 1990, Lillian Allen écrit et publie des livres de poésie, de nouvelles et des pièces de théâtre. En 1993, Women’s Press publie Women Do This Every Day, une sélection de poèmes dub écrits par Lillian Allen.

En 1989, le poème « Unnatural Causes » de Lillian Allen est le sujet d’un film produit par l’Office national du film. D’une durée de seulement six minutes, le film montre des politiciens qui se prélassent dans des lieux luxueux et confortables, ces scènes étant entrecoupées d’images de femmes sans abri et d’images d’archives de mouvements de protestation au Canada. En 1993, Lillian Allen coproduit et codirige le documentaire Blak Wi Blakk qui porte sur la vie et l’œuvre du poète dub Mutabaruka. En 1999, elle sort son troisième album, Freedom and Dance. Elle s’investit en 2003 dans la création du Dub Poets Collective, avec Afua Cooper, Klyde Broox, Chet Singh, Clifton Joseph, di’b young et Sankofa Juba, puis anime en 2004 Wordbeat, une émission de radio de la CBC consacrée à la poésie et à la création parlée.

Lillian Allen a conseillé de nombreux gouvernements et groupes communautaires sur les questions liées à la culture et à la diversité. Elle a joué un rôle central lors de plusieurs événements culturels tels que Fresh Arts et l’International Spoken Word Program au Banff Centre. En 2006, Lillian Allen est le sujet d’un épisode de Heart of a Poet,une série télévisée produite par la cinéaste canadienne Maureen Judge.

Prix et projets à venir

Depuis 1992, Lillian Allen enseigne l’écriture créative en tant que professeur au sein de la faculté des Arts libéraux et des Sciences de l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario. Elle est lauréate du prix Margo Bindhardt, du prix Cultural Champion de la Ville de Toronto et du prix William P. Hubbard pour l’amélioration des relations interraciales. En 2006, elle était le premier écrivain résident du Conseil des Arts du Canada à l’Université Queen’s.

Écrits choisis

Rhythm an’ Hardtimes (1982)

The Teeth of the Whirlwind (avec Dionne Brand, Clifton Joseph et Charles C. Smith, 1984)

If You See Truth: Poems for Children and Young People (1990)

Why Me? (1991)

Women Do This Every Day: Selected Poems of Lillian Allen (1993)

Psychic Unrest (1999)

Discographie choisie

De Dub Poets (1984)

Dub Poet: The Poetry of Lillian Allen (1983)

Revolutionary Tea Party (1986)

Let the Heart See (1987)

Conditions Critical (1988)

Nothing But a Hero (1992)

Freedom and Dance (1999)

ANXIETY (2012)