Le 25 juin 2014, l’écrivain Jeremy Freeborn a interviewé Anne Heggtveit d’Ottawa, Ontario au Temple de la renommée des sports du Canada à Calgary pour l’Encyclopédie canadienne. Anne Heggtveit a gagné une médaille d’or dans le slalom féminin au cours des Jeux Olympiques d’hiver de 1960 à Squaw Valley et elle a été la première skieuse canadienne à décrocher une médaille d’or en ski alpin aux Jeux Olympiques d’hiver.

JF : Racontez-moi quand et comment vous vous êtes initiée au ski alpin pour la première fois.

AH : Je pense que je dois dire que c’était dans ma cour arrière où j’ai commencé à me balader au ski quand j’avais trois ans. En ce qui concerne les compétitions, j’avais six ans lors de ma première course. C’était une descente de ski.

JF : Quels étaient les défis à surmonter pour une femme qui participait aux compétitions de ski alpin?

AH : Bon, comme femme, je bénéficiais même d’un avantage parce que je n’ai pas été poussée d’aller à l’Université comme mon frère, par exemple. Cela m’a aidée en quelque sorte. C’est une bonne façon d’y penser.

JF : Je sais que vous avez eu plusieurs blessures dans les années 1950. Comment avez-vous réussi à les surmonter et pourquoi avez-vous décidé de continuer à faire du ski alpin?

AH : J’ai eu ma première blessure sérieuse à l’âge de 16 ans. J’ai déjà participé au Championnat mondial l’année d’avance avant de casser ma jambe. À partir de l’âge de huit ans, j’avais toujours rêvé de gagner la première médaille d’or en ski alpin aux Olympiques. C’était le principal moteur de ma réhabilitation et de mon désir de continuer que j’ai poursuivi. L’année d’après (1956), j’ai été membre de l’équipe olympique à Cortina d’Ampezzo, malgré que j’aie été à peine rétablie. Je n’ai pas obtenu de bons résultats, mais vers la fin d’hiver j’ai fait du progrès.

JF : Il est bien connu que votre coéquipière Lucile Wheeler croyait avoir besoin de skier régulièrement en Europe pour être concurrentielle par rapport aux meilleures skieuses au monde. Est-ce que vous avez eu la même opinion ou vous vous êtes entrainée surtout en Amérique du Nord?

AH : J’ai bénéficié de la sagesse de Lucile. Elle a prouvé que l’entrainement en Europe fonctionnerait. En 1957, elle a payé son billet pour participer à une course européenne avec de meilleures skieuses au monde. Je suis restée chez moi et j’ai terminé l’école secondaire cette année. Ensuite, toutes les deux, nous avons participé au Championnat mondial à Bad Gastein en Autriche. À ce moment-là, j’ai été en arrière figurant parmi les dix premières, tandis que Lucile a décroché deux médailles d’or. Elle a ouvert la voie en Europe et en 1959 (l’année de relâche), le Canada a envoyé une équipe pour s’y entrainer. Ils ont envoyé des jeunes filles engagées comme moi. C’était une expérience absolument cruciale qui m’a aidée à gagner une médaille olympique en 1960.

JF : Comment vous sentiez-vous lorsque vous vous étiez rendu compte que vous étiez la première skieuse canadienne à gagner une médaille d’or aux Jeux Olympiques d’hiver?

AH : J’ai été follement heureuse, car d’abord c’était mon objectif de gagner la première médaille. C’était difficile d’y croire au début. De plus, comme une prime certainement, j’ai gagné une médaille d’or pour le combiné [le meilleur temps cumulé au slalom, au slalom géant et à la descente], ainsi que pour le slalom qui m’a procuré une deuxième médaille d’or au Championnat mondial du FIS [Fédération Internationale de Ski]. C’était un magnifique point culminant de ma carrière. J’ai été heureuse de prendre la retraite à ce moment-là.

JF : Aujourd’hui aux Jeux Olympiques, on voit beaucoup d’athlètes canadiens qui assistent aux autres évènements sportifs et applaudissent leurs collègues, autres athlètes canadiens. Est-ce que vous aviez des contacts forts avec d’autres athlètes canadiens au cours des Jeux Olympique d’hiver de 1960 à Squaw Valley?

AH : On était en contact avec les autres dans le sens qu’on pouvait rencontrer des gens comme Barbara Wagner et Robert Paul, les premiers Canadiens médaillés d’or aux Jeux Olympiques en patinage artistique dans l’épreuve en couple. Barb et moi ont parlé beaucoup. C’était aussi une possibilité de rencontrer d’autres athlètes et de les connaître. C’était de bons Jeux Olympiques à participer, car ils se passaient dans une petite station de sports, la presse se logeait à Reno et nous – à Squaw Valley. Donc, c’était une bonne ambiance.

JF : À quel point, c’était important pour vous de voir d’autres skieuses canadiennes, comme Nancy Greene, Karen Percy et Kerrin Lee-Gartner, réussir à l’échelle internationale après votre grand succès?

AH : Cela avait une grande importance. Et vous savez, et c’est très intéressant, si vous regardez le calendrier de toutes les neuf championnes, il y avait un chevauchement entre nous toutes. Je viens en parler avec Kerrin Lee-Gartner, avec Melanie Turgeon qui était la dernière championne du monde en 2003 et avec Lucile Wheeler qui était la première en 1958. Il y avait un chevauchement entre nous toutes. D’abord, c’était entre moi et Lucile, après entre Nancy Greene et moi, ensuite entre Betsy Clifford (championne du monde en 1970) et Nancy, etc. Cela montre pour de vrai qu’avoir la chance de skier avec quelqu’un d’autre et d’essayer d’égaler son succès aide beaucoup.

JF : Dans les 15 dernières années, les femmes canadiennes ont eu plus de succès en ski acrobatique qu’en ski alpin. Quelles en sont les raisons, qu’en pensez-vous?

AH : Pour être honnête, je ne sais pas. Cela me fait plaisir de voir [le succès des skieuses acrobatiques]. Je voudrais évidemment voir plus de femmes en ski alpin à ce stade de la partie. Peut-être, cela est lié aux attirances de nouveaux sports acrobatiques fantastiques comme le slopstyle ou le ski sur bosses. Personnellement, je ne voudrais participer à aucune [de ces épreuves], mais il paraît que les jeunes filles [les trouvent attirantes].

JF : Que diriez-vous aux jeunes Canadiens qui ont des aspirations internationales?

AH : Je leur dirais de viser le meilleur résultat. Foncer vers l’or. Cela oblige d’être déterminé et de travailler fort. Mais vous pouvez le faire. Si c’est ce que vous voulez vraiment et vous avez du talent, vous pourrez l’avoir grâce au travail fort.

Voir aussi : Anne Heggtveit; Canadiennes aux Jeux olympiques d’hiver; Ski alpin