Le 25 juin 2014, l’auteur Jeremy Freeborn s’est entretenu avec Marlene Stewart Streit au Temple de la renommée des sports du Canada, à Calgary. L’une des golfeuses canadiennes les plus accomplies de tous les temps, Mme Stewart Streit a remporté 11 fois le Championnat canadien féminin du golf amateur, la première fois en 1951 et la dernière fois en 1973. Elle a aussi décroché les championnats U.S. Women’s Amateur, British Ladies Amateur et Australian Women’s Amateur, en plus d’être trois fois la championne du U.S. Senior Women’s Amateur, la dernière fois en 2003, à 69 ans.

JF : Quelle est votre réaction lorsque vous entendez quelqu’un dire que vous êtes la plus grande golfeuse canadienne qu’on ait jamais vue?

MSS : Eh bien, je l’ignore, mais j’ai eu beaucoup de plaisir à jouer au golf. J’ai fait un parcours fabuleux. J’entends tout le monde parler d’être athlète olympique et de représenter son pays. J’ai représenté mon pays dans le golf beaucoup, beaucoup de fois et c’était vraiment mon plus grand bonheur. Le golf ne faisait pas partie des Jeux olympiques quand j’ai joué, mais cela importait peu. Nous avions le Championnat du monde par équipe et le Championnat du Commonwealth. J’ai représenté le Canada. J’ai joué pour l’Association canadienne des golfeuses. C’était mon ultime plaisir. Je suis restée amateur pendant toute ma vie; je ne suis jamais devenue golfeuse professionnelle. J’avais une famille et une vie ordinaires, mais j’ai tout de même beaucoup joué au golf. Je pense que les golfeurs sont aussi comme les athlètes olympiques parce que nous jouons partout dans le monde et nous représentons le Canada. Ce ne sont pas uniquement les athlètes olympiques qui font ça. Je pense que je fais la promotion du golf.

JF : Que considérez-vous comme étant votre première victoire importante au golf?

MSS : J’avais 17 ans la première fois que j’ai remporté le championnat canadien amateur (en 1951); 19 ans quand j’ai gagné le British Amateur (en 1953). Cependant, je crois que le championnat amateur le plus important était l’U.S. Amateur Championship (en 1956). Si l’on peut remporter celui-là, cela sert de tremplin vers beaucoup de grandes réalisations merveilleuses.

JF : À quel point était-ce significatif pour vous de gagner quatre fois le prix Bobbie Rosenfeld?

MSS : C’était vraiment bien. [Cependant,] je crois qu’il était plus significatif pour moi de gagner deux fois le trophée Lou Marsh (en 1951 et 1956). Gagner le trophée Lou Marsh était extraordinaire pour moi parce qu’il était destiné aux amateurs et aux professionnels, aux hommes comme aux femmes, et je l’ai gagné deux fois. C’était pas mal spécial pour moi.

JF : D’après vous, quelles étaient vos plus grandes forces en tant que golfeuse?

MSS : Probablement le petit jeu : le coup roulé et le coup roulé en approche. Je ne frappais pas très loin parce que je suis petite, mais je frappais quand même assez loin. Mon petit jeu a toujours été fort. J’adorais pratiquer. Vraiment, j’aimais plus pratiquer que jouer. J’ai beaucoup travaillé mon petit jeu et cela a porté ses fruits.

JF : Au début, vous avez joué au golf à une époque où le golf amateur jouissait de plus de prestige que de nos jours. Vous auriez pu devenir professionnelle, mais vous avez décidé de maintenir votre statut d’amateur. Quelles étaient les grandes raisons de cette décision?

MSS : J’étais golfeuse amateur parce que le circuit professionnel n’en était qu’à ses débuts (1950) quand j’ai obtenu mon diplôme universitaire (1956). J’ai participé à beaucoup d’événements professionnels. J’étais premier amateur lors du U.S. Women’s Open en 1961 et j’ai joué plusieurs fois dans ce championnat. Je ne l’ai pas remporté, mais j’avais une vraie vie à mener, à l’extérieur du sport. J’avais deux filles merveilleuses et je pouvais participer à autant de championnats qu’il me plaisait. À cette époque, nous ne jouions pas beaucoup. J’ai peut-être participé à six championnats nationaux (par année). Je pense aussi qu’à ce moment-là, dans les années 1950, les bons joueurs amateurs demeuraient amateurs et l’on jouait du bon golf amateur. J’ai passé de bons moments et j’ai remporté des championnats nationaux pendant soixante ans; d’après moi, ce n’est pas si pire.

Définition de premier amateur : Dans le golf, le premier amateur, c’est le golfeur amateur avec le meilleur score. Cependant, étant donné qu’il s’agit d’amateurs, il n’est pas permis à ces personnes de percevoir de l’argent. Lors de l’U.S. Open de 1961, Marlene Stewart Streit a partagé la septième place, toutes catégories confondues, parmi tous les golfeurs (y compris les professionnels), mais elle obtient le meilleur score parmi tous les golfeurs amateurs.

JF : En 1968, Sandra Post remporte le championnat de la LPGA et devient ainsi la première Canadienne à remporter un événement majeur sur le circuit LPGA. En pensant à votre carrière, est-ce que vous auriez aimé participer à plus d’événements majeurs?

MSS : Non. Je pense qu’à cette époque-là, nous ne pensions pas tellement à ça. En ce qui me concernait, les événements majeurs, c’étaient le Canadian Amateur et l'U.S. Amateur. Dans mon temps, les majeurs, c’étaient les championnats des amateurs. Je me débrouillais bien dans ces événements-là. L’U.S. Open était un grand tournoi qui rassemblait des amateurs doués.

JF : Vous êtes également connue pour la longévité de votre carrière. Que retenez-vous en particulier de votre victoire au United States Senior Women’s Open de 2003, à 69 ans?

MSS : Ça, c’était pas mal spécial. Je jouais à Austin, au Texas, où la température était presque 43 °C. Il faisait très chaud. Je pouvais me déplacer en voiturette, ce qui a beaucoup aidé. Je restais tranquille et j’attendais mon heure. Aux demi-finales, j’ai joué six trous de plus. Puis, aux finales, qui ont eu lieu le même jour qui les demi-finales, j’ai joué cinq trous de plus. Bref, j’ai joué beaucoup de golf ce jour-là, dans des températures entre 38 °C et 43 °C.

JF : Le golf fera de nouveau partie des Jeux olympiques en 2006, à Rio de Janeiro. Est-ce que cela vous remplit d’enthousiasme de voir le golf retourner sur la scène olympique?

MSS : Oui, je trouve cela intéressant. Je crois que nous avons toujours considéré les Olympiques comme nos Championnats du monde par équipe. J’étais la personne qui s’était placée première parmi les amateurs au World Amateur Team Championship (1966 et 1970) et Gary Cowan était premier amateur dans ce même championnat (en 1962). Dans un sens, c’était comme nos Olympiques à nous. Je trouve cela génial que le golf fasse de nouveau partie des Olympiques. Nous défendons la médaille d’or, puisque George S. Lyon a gagné aux Olympiques de 1904 à Saint-Louis. C’était il y a longtemps. Son merveilleux trophée se trouve dans le Temple canadien de la renommée du golf, à Glen Abbey. C’est pas mal palpitant pour le Canada que le golf fasse de nouveau partie des Olympiques.

JF : En juin, Brooke Henderson, 16 ans, de Smiths Falls, en Ontario, a partagé la dixième place et était premier amateur du U.S. Women’s Open. Qu’est-ce qui vous impressionne le plus dans le jeu de Brooke Henderson?

MSS : Cette petite est vraiment une grande golfeuse. Je l’ai à l’œil depuis trois ou quatre ans. J’essaie d’aller voir autant de ses parties que possible. C’est une bonne golfeuse et c’est pas mal fantastique qu’elle partage la dixième place et qu’elle soit le premier amateur à l’U.S. Open. J’étais premier amateur en 1961 à Baltusrol. Aucun Canadien n’avait atteint ce niveau depuis. C’est pas mal sensationnel. Elle est une personne vraiment fabuleuse et une grande golfeuse. Je crois que son avenir sera fantastique.

JF : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes canadiennes qui rêvent de devenir golfeuses?

MSS : Poursuivez vos rêves, comme dans n’importe quel autre sport. Si c’est vraiment ce que vous voulez faire, allez-y! Ça prend beaucoup de pratique. Je ne pourrais vous dire combien de balles de golf j’ai frappées. Des milliers de milliards. J’aimais mieux pratiquer que jouer. C’est de la pratique, encore de la pratique, puis encore plus de pratique. Poursuivez vos rêves. Suivez les bons conseils. Trouvez-vous de bons entraîneurs et n’abandonnez jamais.